LE FIL

Bordeaux 2017

Allan Sichel prend le pari de baisser les stocks pour approvisionner les marchés

Jeudi 12 octobre 2017 par Alexandre Abellan

Ayant touché à leur fin dans l'essentiel du vignoble bordelais, les vendanges 2017 déçoivent par leurs rendements encore plus faibles que prévu. 'Je comprends les inquiétudes. Moi-même j'ai fait des vendanges à 6 hectolitres/hectare à Margaux' glisse Allan Sichel.Ayant touché à leur fin dans l'essentiel du vignoble bordelais, les vendanges 2017 déçoivent par leurs rendements encore plus faibles que prévu. 'Je comprends les inquiétudes. Moi-même j'ai fait des vendanges à 6 hectolitres/hectare à Margaux' glisse Allan Sichel. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Face à l'une des vendanges les plus faibles, et précoces, des vingt dernières années, le vrac bordelais s’envole. En pariant sur les stocks 2015-2016 et une bonne récolte 2018, la campagne 2017 peut se négocier sans à-coups estime le président de l’interprofession.

Les millésimes se suivent et ne se ressemblent pas dans le vignoble bordelais. Après les vendanges 2016, où la place manquait dans les cuveries pour accueillir sa générosité, la récolte 2017 s’achève sur des demi-rendements. Estimée à 3,7 millions d'hectolitres par la dernière note de l'Agreste (soit -45 % par rapport à l'an passé), la production des AOC girondine devrait être encore plus réduite craint Allan Sichel, le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB). Tenant ce 12 octobre sa conférence de presse de rentrée, le négociant se garde bien d'avancer des chiffres (attendant les déclarations de récolte de décembre). Mais il ne peut cacher son inquiétude pour les opérateurs les plus touchés. Aux récoltes laminées par le gel, amputées par la sécheresse et pressées par Botrytis.

« Les difficultés liées à 2017 vont précipiter des projets de cessions et de fermage. Les concentrations vont s’accélérer. On voit déjà des viticulteurs qui sont prêts à vendre » analyse Allan Sichel. Malgré des situations individuelles dramatiques, le président du CIVB se veut optimiste pour la filière dans son ensemble. Il en veut pour preuve tous ses atouts conjoncturels : les bonnes réputations des millésimes en vente (2015 et 2016), les croissances soutenues de la commercialisation à l’export (en Chine et aux États-Unis) et sur le marché national (d’après les premiers retours de foires aux vins), ainsi qu’une prise de conscience environnementale des opérateurs (voir encadré).

1 450 euros/tonneau

Pour que cette confiance se concrétise, « il faut faire le pari de baisser très bas les stocks. Mais avec un prix soutenable pour la filière et acceptable pour les consommateurs, afin d’alimenter les marchés avec la plus faible disruption possible » annonce Allan Sichel. Soulignant que le but de Bordeaux n’est pas de végéter à 5 millions hl, mais de renouer avec des productions généreuses, il appelle au pilotage raisonnable des cours. « Pour que la pompe ne se désamorce pas » dès qu’un millésime généreux sera récolté (« on ne peut quand même pas avoir la malchance d’un petit millésime en 2018… »).

Craignant les effets de l’instabilité de l’offre sur les marchés, Allan Sichel reconnaît que le marché est déjà particulièrement tendu à Bordeaux. « Les cours sont déjà hauts, alors qu'il y a des stocks de 2015 et 2016… Les vignerons et négociants anticipent l’impact décalé du manque de récolte, 2017 » glisse-t-il. Alimentée par une forme de rétention des stocks, l’augmentation mécanique des cours conduit les transactions à 1 450 euros le tonneau à se généraliser. « 1 200 € le tonneau est un point d’équilibre. Au-delà on se coupe de marchés » prévient Allan Sichel. Ce qui, pour lui, n’est pas un mal tant qu’il s’agit des entrées de gamme (moins de trois euros la bouteille). Mais, il craint que la rapidité de cette hausse des cours ne permette pas à tous de se positionner sur une gamme de prix supérieurs. « La faible récolte 2013 nous avait déjà accompagnés dans l'amorçage de cette valorisation, mais 2017 nous y force trop violemment » résume le négociant.

"La régularité est difficile à organiser…"

Visant la consolidation des Bordeaux de cœur de gamme (5 à 15 €/col), le projet interprofessionnel Ambitions 2025 n’en est que plus pertinent pour Allan Sichel. Tout son objectif est de développer des outils organisant la stabilité de l’approvisionnement, en volume et valeur. Injectant cette année 380 000 hl, le Volume Complémentaire Individuel pourrait ainsi s'articuler avec une assurance récolte sur-mesure, pour couvrir une franchise équivalente à une perte de 15 à 20 hectolitres par hectare, imagine le président du CIVB. Tandis que les discussions avec les assureurs se poursuivent pour tenter de mettre au point une offre mutualisée qui attire davantage de vignerons.

La faible attractivité du Contrat interprofessionnel triennal est également étudiée par le groupe de travail. « Je suis persuadé qu'il faut encourager l’utilisation de ce contrat-cadre, cela donnerait de la stabilité de flux et de cours » estime Allan Sichel.

Devant prendre le relais de Bordeaux Demain, le plan Ambitions 2025 est reporté au premier trimestre 2018. Le gel du printemps aura décidément perturbé les projets interprofessionnels, le défi de commercialiser 5,3 millions hl en 2017 n’étant plus d’actualité. Faute de ressources disponibles pour envisager sereinement un bond de la commercialisation. Il semble que seul un généreux millésime 2018 permettrait de regagner sérénité et stabilité. Les millésimes se suivant et ne se ressemblant décidément pas à Bordeaux.

Cahier des charges : 80 % du vignoble bordelais intègre des mesures agroenvironnementales

Au-delà d’un point de conjoncture, la conférence de presse du CIVB est revenue sur la marche blanche des associations anti-phytos, qui s’est tenue ce 8 octobre dans le vignoble médocain. Interpellé sur l’absence d’engagement de l’interprofession pour bannir les pesticides Cancérigènes Mutagènes et Reprotoxiques, Allan Sichel a fait écho à la position de son prédécesseur, Bernard Farges : « le CIVB n'a pas vocation à légiférer, mais à jouer un rôle d'entraînement vertueux de la filière ». Précisant que le site professionnel de l’interprofession identifie les phytos CMR pour proposer des alternatives, Allan Sichel affirme sa volonté de responsabiliser les professionnels.

Et affiche des résultats : le déploiement du Système de Management Environnemental du vin de Bordeaux (SME) et l’ajout de mesures agroenvironnementales contraignantes dans les cahiers des charges d’appellations bordelaises. « Avec Bordeaux, Saint-Émilion, l’Entre-deux-Mers et les Côtes, déjà 80 % des surfaces d’appellations bordelaises sont engagées en faveur de l’environnement » souligne-t-il. « Notre objectif est de produire des vins sains et de qualité, sans causer de nuisances au voisinage et surtout sans mettre en danger les ouvriers viticoles » conclut-il.

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Christine Le 14 octobre 2017 à 11:17:45
A propos d'ajout de mesures agroenvironnementales contraignantes ...Quand allons-nous cesser de nous autoflageller ? Quant est-il des boissons industrielles ( Coca-Cola, sodas , ...,boissons trop sucrées ou avec aspartame) ne sont-elles pas cancérigènes ? ... et pourtant des milliards de personnes les consomment tous les jours. Connaissent -elles la fabrication et la composition de ces boissons ?... En ce qui concerne la viticulture, c'est très bien de vouloir améliorer sa façon de travailler pour le bien de tous mais faut-il toujours l'imposer à tous en augmentant les contraintes dans les cahiers des charges ? Est-on si stupide pour ne pas faire la part des choses en se prenant en main, sans que cela soit imposer par des règles ? Beaucoup de nos jeunes sont effrayés de voir toutes nos contraintes existantes et ne veulent pas reprendre le Domaine viticole de leurs parents même si celui-ci fonctionne bien ! Avec toutes ces règles,nous allons voir dans à peine 10 ans ...et cela a déjà commencé... un très grand nombre de vignobles à vendre. Et ce ne seront que des financiers qui reprendront nos domaines et non plus nos enfants ... avec des gérants et salariés venus des Pays de l'Est qui accepteront de travailler dur avec toutes ces contraintes parce que chez eux ,ils seront toujours moins payés ... Est-ce normal ? ...Par ailleurs, on voit de plus en plus apparaître des jeunes urbains qui se lancent dans la viticulture avec 1 à 3 hectares dans le but de faire du vin à leur image, libre et sans contraintes ! Allons nous vers une viticulture à 2 vitesses ?
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