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Vins en vrac
À Bordeaux, la campagne 2017 ne sera pas une redite de 1991

Après le gel et au début des vendanges, décryptage et prospective de la prochaine campagne de commercialisation avec le Monsieur Statistique de l'interprofession bordelaise.
Par Alexandre Abellan Le 01 septembre 2017
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À Bordeaux, la campagne 2017 ne sera pas une redite de 1991
La situation du millésime 2017 est également bien différente de celle du millésime 2013. Ne serait-ce que parce que cette année la baisse de production s’annonce beaucoup plus importante, et qu’il n’y a, pour l’instant, pas d’enjeu qualitatif. - crédit photo : CIVB
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as de chance pour le vignoble girondin, les gelées d’avril 2017 devraient enrayer l’embellie économique qui se dessinait. « La demande est en redressement à l’export (tiré par la Chine et les États-Unis, mais aussi l’Allemagne et la Belgique). Et alors que les récoltes 2015 et 2016 donnaient de bonnes bases, la vendange 2017 ne permettra pas de tout couvrir. C’est vraiment dommage… » ne peut s’empêcher de regretter Jean-Philippe Code, le directeur du service économie et études du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB). À l’heure des premières vendanges, il est déjà certain que les déséquilibres entre offre et demande vont poser problème pour la prochaine campagne. Mais si le gel de 2017 est sans cesse comparé à celui de 1991, ses conséquences économiques s’annoncent bien distinctes souligne Jean-Philippe Code.

Stocks

Se penchant dans les annales girondines, l’économiste souligne que les stocks étaient bien plus importants il y a 26 ans, avec deux récoltes abondantes en chais (celles de 1989 et 1990), pesant sur le prix du tonneau (alors à la baisse). Alors qu’en 2017, les réserves bordelaises ne reposent que sur une généreuse récolte (celle de 2016, à 5,8 millions hl, en hausse de 9 % par rapport à 2015), qui plus est qualitative (orientant les prix à la hausse, voir encadré). D’après les dernières données compilées par le CIVB à la fin mai 2017, les sorties sur la campagne 2016-20017 pourraient dégager une hausse des stocks de 550 à 600 000 hl. Même si à Bordeaux le Volume Complémentaire Individuel s’élève à 370 000 hl, le réservoir reste limité par rapport à la baisse de 3 millions hl annoncée par le Ministère de l’Agriculture (pour 3,2 millions hl récoltés, en repli de 51 % par rapport à 2016). « La ponction des stocks a de toute façon ses limites pour alimenter le marché du vrac » souligne Jean-Philippe Code.

La réduction du poids du vrac dans les transactions bordelaises pourrait cependant diluer l’impact commercial de cette petite récolte. Les vins en vrac comptaient pour les deux tiers des sorties à la propriété en 1991, alors qu’elles sont désormais de 45 %. Ces nouveaux équilibres devraient étaler les petits volumes à la fois sur campagne 2017-2018 pour le vrac et celle 2018-2019 pour la bouteille.

Bordeaux a appris à se limiter

Autre différence notable, en 2017 le souvenir de 1991 est encore vif et la filière a appris de ses erreurs veut croire Jean-Philippe Code. Selon lui, l’expérience des marchés se fermant face à peu de volumes et des prix trop élevés conduisant à la chute des cours a marqué les esprits et alimente les appels à la prudence pour éviter des hausses de cours trop fortes. « La propriété va attendre, dans la mesure où ce n’est pas dans son intérêt de se précipiter. Il va y avoir de l’anticipation, selon les estimations de vendanges les négociants vont plus ou moins se couvrir en 2016 » précise l’économiste.

« Le négoce attend de voir qu’elle sera exactement le niveau de récolte, et comment la hausse des rendements autorisés de manière exceptionnelle sur le millésime 2016 permettra de corriger les volumes » confirmait récemment Xavier Coumeau, le président du syndicat des courtiers de Bordeaux, à Vitisphere.

Tendances clés

Sur la campagne 2016-2017, les échanges en vrac enregistrés par le CIVB se sont élevés à 2,58 millions hectolitres (en hausse de +6 %). Si le rythme des sorties s’est d’abord calé sur la précédente campagne, Jean-Philippe Code note le passage plus rapide au millésime suivant (le plus abondant 2016, comparé aux petites récoltes 2014 et 2015). Cette transition est très visible pour les AOC Médoc, avec une hausse de 57 % des transactions, à 93 000 hl (pour un cours moyen de 2 360 €/tonneau, +1 %).

Mais contrairement à la campagne 2015-2016, l’activité ne s’est pas ralentie sur les derniers mois, les échanges étant très actifs en mai-juin. Les craintes du négoce de moindres volumes en 2017 ont conduit à prix accrus pour les Bordeaux rouges. Jusqu’à un pic du prix moyen de 1 406 euros le tonneau en juillet. « Mais ce n’est pas le mois le plus actif » relativise Jean-Philippe Code. « L’essentiel de l’activité a été réalisé en décembre-mars. D’où un prix moyen de 1 283 €/tonneau sur la campagne, pour une hausse de 3 % » (et des volumes de 1,67 million hl, +5 %).

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