LE FIL

Jean Natoli

« Les vins nature laissent souvent perplexes les œnologues »

Jeudi 15 juin 2017 par Alexandre Abellan

Organisée par le laboratoire Natoli & Associés, la douzième édition de Vino Latino se tient cet après-midi à l’abbaye cistercienne de Valmagne.Organisée par le laboratoire Natoli & Associés, la douzième édition de Vino Latino se tient cet après-midi à l’abbaye cistercienne de Valmagne. - crédit photo : Natoli & Associés/Abbaye de Valmagne
Avec l’approche factuelle qui caractérise le consultant du vignoble languedocien, la douzième journée technique Vino Latino, qui se tient ce 14 juin, s’attache à mettre en débat les fondements techniques des vins dits naturels.

« Vins naturels, vins nature, vins nus, et même vins à poil ! Il y a beaucoup d’imagination, de joie et de créativité pour donner un coup de pied dans la fourmilière ! » note, pince sans-rire, l’œnologue Jean Natoli (fondateur du laboratoire languedocien éponyme). Conseillant aussi bien des caves prônant le zéro risque que celles chantres de la moindre intervention, le technicien sait pourtant à quel point le sujet des vins nature peut être polémique. D’où sa volonté d’en faire le thème de la douzième journée technique Vino Latino, qui se tient ce 15 juin.

Sujet aussi âprement défendu que violemment attaqué, le concept de naturalité des vins est ici abordé à partir des fondamentaux. De la culture de la vigne, liane devant être domestiquée et protégée pour assurer une production qualitative, à la question du contrôle des vinifications pour proposer un vin franc et marchand. « On peut trouver toutes les approches, qu’elles soient d’industrie ou d’orfèvrerie, selon le vin que l’on veut présenter à ses acheteurs. Les pratiques sont plus ou moins interventionnistes, excitantes et respectables » commente Jean Natoli, défendant cependant les solutions techniques dès lors qu’il s’agit d’éviter les impasses.

"Il n’y a rien de plus standardisant qu’un gros défaut"

Comme lors de cette année d’élections, « il y a les vins du système et ceux hors système » plaisante Jean Natoli. Ne les opposant pas, il souligne que si les vins nature ne représentent qu’une petite niche surmédiatisée, sa demande est réelle. « Personne n’empêche un acheteur ou un consommateur de trouver un vin à son goût. S’il se vend, c’est qu’il correspond à un besoin. Même s’il ne correspond pas aux canons de beauté habituels, il est souvent porté par une personnalité et une philosophie » note-t-il. S’amusant que « les vins nature sont souvent des vins jugés antipathiques, faits par des gens sympathiques ! »

Si l’œnologue languedocien devait avouer un regret, ce serait que le débat sur la naturalité des opérations vinicoles obstrue le débat sur l’expression des terroirs. Qui commence pour lui à la vigne avec la gestion fine du matériel végétal. En dégustation, « l’émotion est souvent quelque chose qui n’est pas cadré. Le supplément d’âme ne peut pas être mis en boîte » conclut-il. Un sujet qui sera abordé par l’intervention de son confrère Marc Dubernet, « le vin est-il un aliment comme les autres ? »

Vins nature, quèsaco ?

La question de la définition d’un vin nature est toujours sujette à caution. « On a une vinification au moins sans ajout de sulfites, mais elle peut aussi être sans levurages, sans filtration… Bref, sans aucun intrant » résume Jean Natoli. Cette terminologie reste d’autant plus difficile à encadrer que par définition ses producteurs ne se méfient des démarches normatives.

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Carbonnier Le 27 août 2017 à 11:12:13
Ah! Ces "vins nature", que n'a-t-on pas claironné en leur nom. Curieux de...nature,comme tout vagabond des vignobles qui se respecte, il m'est arrivé maintes fois de les goûter et les regoûter çà-et-là lors de sympathiques rassemblements. Tout cela parce que depuis que je rédige de modestes chroniques, je me suis acharné à défendre les vignerons qui combattaient pour mettre en place de saines conditions agro-écologiques ou, tout simplement,une viticulture propre. Il était donc fatal que leur démarche interrogeât mes méninges bachiques. Je pensais trouver des vins -et des vignerons- avec lesquels pouvait s'établir un dialogue fructueux. Ce fut, rendons-leur cette grâce- souvent le cas. Souvent, je persiste à l'écrire mais pas toujours, hélas. Chacun étant libre de penser ce qu'il veut et déduire les conclusion de ses expériences, il ne me viendrait pas du tout à l'idée de jouer les censeurs, les maîtres à penser ou, pis encore, les donneurs d'ordre. Pourtant j'ai peine à dire qu'il m'est arrivé d'être en face de véritables témoins de Jéhovah de la barricaille, prêts à vous accabler de leur mépris, voire de leur vindicte, si vous ne proclamiez pas avec eux"point de salut viticole hors de l'Eglise Nature". J'avais beau leur suggérer que l'on savait, depuis Montaigne, que "nature est un doux guide" mais que les philosophes du XVIIIème nous avaient montré qu'elle pouvait être despotique, cette nature, et qu'il convenait de l'apprivoiser, en la respectant , ce qui est essentiel, sans s'abandonner pour autant à ses excès, l'argumentaire des répliques était sans concession. Lors de ces "échanges" j'ai souvent pensé à l'un de mes grands-pères, vigneron à ses heures et amoureux de ses plants d'hybrides, qui élaborait chaque année un vin on ne peut plus nature. Il était pour l'enfant que j'étais, le meilleur, le plus beau, le plus enjôleur des vins nouveaux. Pourtant parce qu'il était peut-être "plus nature que nature"(il n'était même pas question de chaptaliser) ce vin se mettait trois mois plus tard à picoter les papilles, puis à les agresser méchamment, allant jusqu'à provoquer des grimaces de dégoût. Lors , en tout bien et pour défendre probablement l'honneur vigneron de mon grand-père, ma grand-mère, discrètement et "oenologiquement" (?), intervenait, ajoutant un demi-verre de porto dans la carafe puisée à la barrique. manœuvre, hors nature, qui permettait de boire sans s'écorcher "les babignous". Les "vins nature" ? Je le goûte avec intérêt...et circonspection. Bonne rentrée des vins !
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