LE FIL

Vignes gelées

Des bilans toujours aussi prudents que provisoires

Lundi 29 mai 2017 par Alexandre Abellan

Entre timide reprise de végétations et reliquats de feuilles brûlées, les vignes touchées par le gel sont d’avoir repris un air normal. Ici cette fin mai dans le Médoc.Entre timide reprise de végétations et reliquats de feuilles brûlées, les vignes touchées par le gel sont d’avoir repris un air normal. Ici cette fin mai dans le Médoc. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
En attendant la floraison, les représentants du vignoble se montrent pour le moins réservés sur les impacts productifs du gel. Entre les vignes touchées repartant mieux que prévu, et des vignes que l’on imaginait épargnées qui dévoilent des dégâts conséquents.

Qu’il soit « trop tôt pour évaluer l’impact » ou « difficile de faire une estimation précise des volumes 2017 », sachant les « importantes variations d‘intensités selon les secteurs géographiques, tous les organismes viticoles français défendent un même constat : l’impossibilité d’estimer concrètement l’impact des gelées d’avril sur la récolte à venir. D’autant plus que « ce bilan a été aggravé dans certains bassins viticoles par des épisodes de grêle, fin avril et début mai » précise le Conseil Spécialisé Vin de FranceAgriMer du 17 mai dernier.

Si certains organismes fournissent des chiffres relativement précis*, la plupart restent sciemment flous, reportant à la floraison les diagnostics sérieux. Mais alors qu’un certain catastrophisme viticole régnait au lendemain des gelées, l’approche est désormais prudente. Témoignant d’atténuations du discours émanant des metteurs en marché. Si les situations économiques d’exploitations s’annoncent insolubles à l’échelle individuelle, la filière dans son ensemble semble autant se projeter sur la nécessité de réviser les systèmes assurantiels, que sur l’obligation de ne pas inquiéter les marchés.

Marcher sur des œufs

Avec « plus de 50 % du vignoble sévèrement touché (de 20 à 100 %) », le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) avance bien timidement dans un communiqué que « la perte de récolte sera significative ». Se montrant plus disert quand il s’agit d’ajouter que « la priorité de notre filière viticole girondine est de continuer à approvisionner les marchés pour préserver nos positions en France et à l’export ». Ce qui soutient une résolution collective : « accepter de voir nos stocks descendre à un niveau inhabituellement bas. En attendant une récolte 2018 que nous espérons plus généreuse » se projette déjà le CIVB.

Estimant globalement qu’une parcelle sur cinq a été touchée dans son bassin, l’Interprofession du Vin de Loire (Interloire) joue également la carte de l’annonce rassurante, pour ne pas inquiéter les marchés. Ses services annoncent dans un communiqué se pencher sur une « prospective pour assurer durablement l'approvisionnement des marchés et éviter les variations à même de les déstabiliser ». Ce qui ressemble en creux à une affirmation que les leçons du gel de 1991 ont bien été retenues : pas de flambée des prix coupant durablement les opérateurs du vignoble de leurs marchés. Une erreur qui a coûté une crise viticole majeure à la filière du Muscadet. Et dont le vignoble nantais commençait juste à se relever, avant d’être ravagé à 50 % ce printemps.

 

* : Comme le Bureau National Interprofessionnel de Cognac, qui estime que 25 000 hectares de vigne ont été touchés à plus de 80 % (soit un tiers du vignoble), et plus 15 000 hectares sont touchées à de moindres degrés.

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