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Calamité

Point sur les dégâts liés au gel dans les vignobles du Sud-Est

Mercredi 03 mai 2017 par Juliette Cassagnes

Des vignes abîmées par le gel en appellation Ventoux, suite au gels du 20 et 21 avril 2017
Des vignes abîmées par le gel en appellation Ventoux, suite au gels du 20 et 21 avril 2017 - crédit photo : ODG Ventoux
Des épisodes de gels entre le 18 et le 29 avril ont abîmé un certain nombre de vignes du sud-est de la France, du Jura aux Coteaux varois en Provence, en passant par la Clairette de Die et le Ventoux... Etat des lieux de la situation dans les différents vignobles concernés.

Dans le Jura, les températures négatives enregistrées, de -2° à -6°C, ont duré quatre nuits, les 18, 19, 20 et 28 avril 2017. Ce sont les trois premières dates qui ont provoqué de lourds dégâts : 94% du vignoble, qui compte environ 1900 ha, serait touché. L'Arbois au nord et le sud-Revermont (sud du vignoble) seraient les plus touchés. Les deux-tiers de ces surfaces ont 20% ou plus de bourgeons « grillés » et le tiers restant à plus de 70%. « Nous n'avons rien vu d'aussi fort depuis le gel de 1991 », précise Daniel Cousin, directeur de la Société de viticulture du Jura, même si cet épisode reste tout de même en deça du précédent. Il estime à environ la moitié la perte de la future récolte, qui risque de surtout impacter la production de Crémant.

Dans le Bugey, 176 ha ont été endommagés, avec un intensité comprise entre 40 et 100%. De nombreuses parcelles sont détruites à 100% et la majorité du vignoble à 80%. Les parcelles les moins gélives présentent tout de même minimum 40% de dégâts. Un premier épisode dans la nuit du 11 au 12 avril puis un second la nuit suivante. Des températures avoisinant les -7°C ont été enregistrées.

La vallée de la Drôme et le diois ont été aussi durement touchés, les 20 et 21 avril 2017. La Chambre d'agriculture du département et la Cave de Die-Jaillance ont estimé les dégâts : toutes les communes sont touchées, mais à des intensités variables, de 10% à 100%. Globalement, entre 50 et 60% des superficies du vignoble seraient improductives cette année, mais les vignerons gardent l'espoir de voir les bourgeons secondaires produire un complément de récolte. Un nouvel épisode de gel a eu lieu la nuit du vendredi 28 avril, qui pourrait porter à 70% le taux de surfaces touchées dans la Clairette de Die.

L'appellation Ventoux, la plus fortement touchée

L'appellation Côtes-du-Rhône a également subi des dégâts répartis sur plusieurs petits secteurs dans le Gard, le Vaucluse, l'Ardèche et la Drôme. Mais ils restent dans l'ensemble mesurés et localisés. « On est loin du gel d'hiver de 2012 », commente Laurent Jeanneteau, directeur du syndicat. Au total, entre 400 et 500 ha seraient concernés. C'est le sud-Drôme qui a été le plus abîmé, dans les appellations Côtes-du-Rhône villages Saint Pantaléon et Rousset les vignes, où 110 ha ont été totalement ou partiellement détruits, durant les nuits du 20 et 21 avril. Les fonds de vallées et bas de pentes des deux appellations sont particulièrement concernés.

Dans le sud vallée du Rhône, c'est finalement l'appellation Ventoux qui a été la plus largement atteinte, lors des nuits du 20 et du 21 avril. « Ce qui a posé problème, ce n'est pas tant des températures, qui ont atteint -1 à -3°C, mais plutôt la durée du gel, pendant plusieurs heures (jusqu'au petit matin) qui a ainsi abîmé les jeunes pousses, d'autant que la vigne avait une dizaine de jours d'avance », explique Anne-Sophie Bénard, directrice de l'ODG. Certaines communes sont plus touchées que d'autres mais c'est l'ensemble du vignoble qui est affecté, soit environ 3500 ha, à des degrés divers : 200 ha sont impactés à 100%, 1200 ha entre 80 et 95%, 1000 ha entre 50 et 80% et 1100 ha entre 10 et 40%. On parle de « situation historique et exceptionnelle pour l’appellation qui n’avait encore jamais vécu un tel épisode ». « Les vignerons s'accordent à dire que c'est un épisode de gel plus impressionnant et plus vaste que celui de 1991 qui était jusqu'à présent la (triste) référence ici », commente la directrice. 

Dans ce même département du Vaucluse, l'appellation Lubéron a également subi d'importants dégâts, plus précisément l'ouest de l'appellation (Calavon) et la vallée de la Durance, suite aux nuits du 19, 20 et 28 avril. Le syndicat de l'AOP a pour le moment recensé 980 ha impactés, soit quasiment le tiers du vignoble. Les situations vis-à-vis des dégâts sont extrêmement variés, allant de 10% à 90%, voire 100% pour certaines parcelles. « Pour certains, la situation est donc pire qu'en 1991, avec rien à ramasser et pour qui cela va être compliqué; pour d'autres, touchés à 20-30%, ce n'est pas le cas », indique Nathalie Archimbault, directrice de l'ODG. Globalement, ce serait environ 30% de la récolte qui aurait été perdue. Pour les vins plantés en IGP dans ce département, le bilan pourrait être plus lourd, dans la mesure où les parcelles sont souvent situées en plaine ou en fonds de vallons, donc plus gélives.

Les IGP probablement plus impactées que les AOP

Olivier Nasles, d'Intervins Sud-Est, estime entre 25 et 30% le taux de surfaces « très touchées » situées dans le sud-Vaucluse, les Bouches-du-Rhône (appellation Coteaux d'Aix-en-Provence), et le centre Var (appellation Coteaux varois en Provence). Dans le vignoble provençal, ce sont ces deux appellations qui ont été les plus touchées, par deux vagues successives de gels : les 18, 19 et 20 avril, puis le 29 avril, avec des températures comprises entre -2° et -3°C. Comme ailleurs, les dégâts sont variables selon les secteurs et les parcelles, avec certaines touchées à 70%, voire à 100%. L'appellation Sainte Victoire aurait subi des dégâts mais uniquement lors de la seconde vague, avec au final 10 à 15% de surfaces abîmées. Les Côtes-de-Provence sont en revanche très peu impactées, avec quelques dégâts et le littoral épargné. « Ce n'est pas un gel généralisé comme en 1991, précise t'il. Les dégâts sur les deux appellations sont réels et sérieux, mais pas dramatiques ». « La Provence a été impactée mais cela n'a rien à voir avec ce qu'ont connu les autres vignobles comme Bordeaux ou l'Alsace », confirme Laurent Rougon, élu au CIVP.

La Corse a également subi une vague de gel du 20 au 22 avril. Mais les dégâts restent localisés avec quelques domaines qui ont pu être fortement atteints, jusqu'à 100%. Les zones concernées se situent sur les communes de Ponte Leccia, Linguizzetta, Ghisonaccia/Alzitone, Figari, ainsi que dans une moindre mesure Patrimonio, Aghione et Bonifacio.

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