LE FIL

Armand Fallières

« Moi président vigneron »

Dimanche 23 avril 2017 par Alexandre Abellan

Après avoir été maire de sa commune natale de Nérac, l’avocat a été élu député du Lot-et-Garonne, puis sénateur du département, devenant président du Conseil un mois en 1883. Il est choisi comme président du sénat en 1899, jusqu’à être élu président de la République en 1906 par les parlementaires réunis à Versailles.
Après avoir été maire de sa commune natale de Nérac, l’avocat a été élu député du Lot-et-Garonne, puis sénateur du département, devenant président du Conseil un mois en 1883. Il est choisi comme président du sénat en 1899, jusqu’à être élu président de la République en 1906 par les parlementaires réunis à Versailles. - crédit photo : DR
En cette journée d’élection, retour sur un « républicain de gauche » du Sud-Ouest, qui présente la particularité d’avoir été président sous la troisième République tout en restant vigneron.

« Ce n’est pas lui qui aurait vendu aux enchères les caves de l’Elysée ! » s’exclame Bruno Fuligni, dans La Folle Histoire : les Gourmands Mémorables (éditions Prisma, 2015). Revenant sur Armand Fallières, dans le deuxième numéro de la revue 12°5 (en kiosque, 20 €), l’historien s’attache à faire revivre la ferveur populaire qui a entouré le président vigneron de la troisième République française.
Élu de 1906 à 1913, le natif de Nérac (Lot-et-Garonne) ne s’éloigne pas de son terroir pour les ors élyséens. « Toute la France entend alors parler de son clos du Loupillon : quand vient la saison des vendanges, le président quitte l’Élysée pour cueillir ses grappes » rapporte Bruno Fuligni. Pour qui « le coup de génie d’Armand de Fallières sera de ne pas vouloir changer ses habitudes : présidence de la République ou pas. Sans conseillers en communication ni agences ruineuses de fabricants d’image, le Président Fallières forge sa légende en étant lui-même. »

Revers de la médaille

Sympathique par son air bonhomme et son ancrage vigneron, Armand Fallières n’en négocie pas moins durement la crise viticole de 1907 dans le Languedoc. Il laisse le champ à Georges Clémenceau, chef du gouvernement et ministre de l’Intérieur, pour mater la situation insurrectionnelle qui gonfle dans le Midi, avec la surproduction. Si le « premier flic de France » est critiqué pour sa gestion violente des manifestations, Armand Fallières est également pris à partie pour sa passivité calculée. Il est ainsi tourné en dérision sur une carte postale le caricaturant en tonneau : « ne venez pas me dire que l’on fraude les vins du Loupillon ! »

D’autres caricatures le montrent en Bacchus et déclinaisons alcooliques, transformant le clos Loupillon en Roupillon. Avocat opposé à la peine de mort, il faut dire qu’Armand Fallières s’est attiré les foudres des conservateurs, usant de la grâce présidentielle à défaut d’avoir pu l’abolir la peine capitale. Dans le vignoble du Sud-Ouest, il est connu pour un autre échec : celui de n’avoir pas réussi à faire infléchir la délimitation de la production des vins de Bordeaux. Souhaitant que le Lot-et-Garonne y soit inclus, il a dû se faire à une restriction au seul département de Gironde en 1911.

"Le plant généreux de la vigne"

Malgré sa popularité avérée (la tradition lui attribue même un poème viticole, voir encadré), Armand Fallières ne se représente à l’élection présidentielle de 1913. Il a laissé dans les recueils de citations un mot fameux, adressé à son successeur, Raymond Poincaré : « la place n’est pas mauvaise, mais il n’y a pas d’avancement. » Un enseignement à méditer en ce jour de vote !

 

En président de la « Belle Époque », Armand Fallières arbore des moustaches à faire pâlir les vrilles de ses vignes.

Poème attribué au président, à l’honneur de son clos Loupillon

« Le feuillage le plus joyeux
À la plus merveilleuse ligne,
Au contour le plus gracieux,
C’est celui qui pousse à la Vigne.

La fleur, la plus divine fleur,
Teinte exquise, parfum insigne,
Délicate et chaste couleur,
C’est celle qui naît de la Vigne.

Le breuvage le plus vermeil,
Le plus cordial, le plus digne,
Est celui que le gai soleil
Nous prépare au fruit de la Vigne.

Et le feu le plus pétillant
S’allume quand on se résigne
À détruire le pauvre plant,
Le plant généreux de la Vigne. »

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