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Malbec World Day
Une célébration argentine d'inspiration française

Ce lundi 17 avril ne sera pas réservé uniquement à la chasse aux oeufs. Ce sera aussi la fête du malbec à travers le monde.
Par Sharon Nagel Le 14 avril 2017
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Une célébration argentine d'inspiration française
Une journée qui se veut être ludique - crédit photo : malbecworldday.com
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e Malbec World Day, comme l’ont nommé ses initiateurs, célèbrera ce cépage d’origine française adopté notamment par l’Argentine, dans plusieurs pays du monde. Créée par l’organisme de promotion générique Wines of Argentina, de concert avec la filière vitivinicole argentine, cette journée mondiale se déroule à travers le monde et se donne comme objectif de favoriser la notoriété du malbec. La date est symbolique : elle marque le jour où les cépages français importés en Argentine sous l’égide de l’agronome français Michel Aimé Poujet ont été officiellement homologués, et par conséquent l’avènement de la vocation vitivinicole du pays en 1853. Depuis, le malbec est devenu le porte-étendard de la filière argentine, ses superficies étant les plus étendues au monde avec 39 300 hectares en 2015, loin devant la France avec ses 6 600 ha, le Chili (environ 6 000 ha) et l’Afrique du Sud (4 000 ha).

Un cépage aux multiples atouts

Après une période de désaffection dans les années 1970 et 80, où ses faibles rendements ne correspondaient pas à l’approche productiviste de l’époque, il est revenu sur le devant de la scène et s’impose désormais comme le symbole de l’Argentine vitivinicole. « Il me semble qu’en Argentine, le malbec a vraiment trouvé une terre de prédilection pour exprimer son côté floral et fruité avec des tannins présents mais soyeux », estime Paz Levinson, sommelière au restaurant Virtus à Paris. Honorée de la 4ème place au concours du Meilleur sommelier du monde en Avril 2016 à Mendoza, cette spécialiste des vins argentins qualifie le malbec de « révélateur de terroirs » en Argentine, offrant de multiples déclinaisons selon qu’il est cultivé dans le nord du pays, à Mendoza ou en Patagonie.

« Il permet d’exprimer les nuances de chaque terroir, à l’instar du chardonnay ou du pinot noir en Bourgogne », estime-t-elle. « De plus, étant difficile à travailler et donnant de petites baies concentrées, il produit une belle qualité de fruit lorsqu’il est cultivé sur des sols pauvres. Le malbec est donc plutôt qualitatif que quantitatif ». Autre avantage majeur du cépage : « Il peut se boire jeune et même les cuvées de garde sont accessibles dès leur jeunesse. C’est un atout important à une époque où les consommateurs boivent surtout des vins jeunes ». Enfin, la sommelière, sacrée Meilleur Sommelier des Amériques en 2015, pointe les progrès réalisés par les œnologues argentins pour expliquer une meilleure pénétration du malbec sur plusieurs grands marchés mondiaux. « On recherche davantage l’équilibre et l’élégance au détriment de l’extraction et du côté boisé. On trouve aussi beaucoup de vins de garde avec plus d’équilibre entre le fruité, le côté minéral et la fraîcheur ».

Les Britanniques tombés sous le charme du malbec

Si le savoir-faire est essentiel, le faire savoir l’est tout autant, d’où l’importance du Malbec World Day. Initiée en 2011, la journée bénéficie d’un investissement annuel de l’ordre d’un million d’euros, financé par la filière et l’Etat argentin à travers des ambassades. « Certaines structures organisent leur propres événements, d’autres font appel à Wines of Argentina pour obtenir du matériel de promotion sur le lieu de vente », explique Andrew Maidment, responsable de Wines of Argentina pour l’Europe. A Paris, l’ambassade d’Argentine organise une journée de célébration du malbec le 21 avril. « Au Royaume-Uni, où le malbec bénéficie d’une belle notoriété, nous ciblons plutôt le consommateur final. Nous avons fourni du matériel plv à 700 cavistes et collaborons avec de grandes enseignes comme Majestic et Waitrose pour mettre en avant le cépage ». Est-ce grâce au Malbec World Day, toujours est-il que le cépage se classe désormais quatrième parmi les cépages préférés des consommateurs britanniques, après le merlot, le cabernet-sauvignon et le pinot noir. « Il y a dix ans, le malbec ne figurait pas dans ce classement. Bien évidemment, sa notoriété actuelle ne s’explique pas uniquement par cette journée mais celle-ci y contribue ».

 

Réactualiser les perceptions de l’Argentine vitivinicole

Les axes promotionnels varient selon les pays et le taux de pénétration et de notoriété du cépage. « En Chine, nous organisons des dégustations simultanées à Pékin, Shanghai, Guangzhou et Hong Kong pour sélectionner les meilleurs malbecs commercialisés. Les Asiatiques aiment les concours et apprécient d’être mis au centre du processus décisionnaire. Ainsi, nous sélectionnons ce que nous considérons être les 50 meilleurs professionnels du vin pour qu’ils choisissent les malbecs qu’ils préfèrent ». L’un des objectifs consistent à se distinguer par rapport au Chili : « Les Chinois ont tendance à nous regrouper avec les vins chiliens. Le Chili s’est très fortement développé en Chine, mais surtout dans les segments d’entrée de gamme. L’Argentine n’est pas compétitive à ce niveau-là et elle doit se positionner un cran au-dessus ». En Scandinavie, où les restrictions promotionnelles et publicitaires ralentissent le processus d’adoption du cépage, l’accent est mis sur l’éducation. « Paz Levinson fait une tournée dans les pays scandinaves pour attirer l’attention des professionnels sur ce qui se passe actuellement en Argentine », explique Andrew Maidment. « Très souvent, sur ces marchés-là, les professionnels ont une vision plutôt dépassée. Ils pensent que l’Argentine est toujours source de vins massifs et sur-boisés avec beaucoup d’extraction ». 

L’émergence de vins de terroir

De l’avis du représentant de Wines of Argentina et de Paz Levinson, l’avenir du malbec argentin se trouve plutôt dans la subtilité et l’expression du terroir. « Nous réfléchissons souvent à « l’après-malbec », et sommes arrivés à la conclusion que la prochaine étape réside dans les vins terroités, toujours issus du malbec », estime Andrew Maidment. « On commence tout juste à comprendre les nuances entre les différents terroirs, du point de vue du climat et de la géologie. Au cours des dix prochaines années, nous allons voir l’émergence de malbecs argentins dont le caractère sera fortement influencé par le terroir ». Paz Levinson partage son analyse : « Nous sommes en train d’étudier les sols et les climats et de mettre en avant les différents savoirs en Argentine. Nous avons du retard dans ce domaine par rapport à des régions comme la Bourgogne, c’est indéniable, mais nous commençons à avoir de plus en plus de précisions sur la nature des terroirs et des indications géographiques ». Certaines de ces études impliquent la région de Cahors : « Il y a des liens entre Cahors et l’Argentine, pas uniquement pour le malbec mais pour la viticulture en général. Beaucoup d’Argentins réalisent des travaux de recherche à Cahors », se félicite la sommelière.

 

Le lancement du Beaujolais Nouveau, le Saint Graal

Quant au Malbec World Day, les liens entre les deux restent encore à tisser. « Il me semble qu’il y a eu peu de discussions à ce propos entre les deux », reconnaît le responsable européen de Wines of Argentina. « Lorsque l’événement a été créé il y a sept ans, l’Argentine était le seul pays à promouvoir le malbec, dont elle assurait 70% de la production à l’époque. Depuis, le malbec s’est imposé comme une catégorie à part entière, quelle que soit son origine. Si nous pouvions tous œuvrer ensemble à l’avenir, ce cépage en serait le grand gagnant. Je serais ravi si Cahors faisait partie du Malbec World Day ». Les liens avec la France, s’ils ne passent pas encore par Cahors, existent bel et bien. Hormis le rôle moteur joué par la pépinière française dans l’établissement du vignoble argentin, Andrew Maidment cite le Beaujolais comme source d’inspiration pour la journée mondiale du malbec : « Le vin doit être ludique et offrir du plaisir. A ce titre, le lancement du Beaujolais Nouveau représente le Saint Graal. Même si elle a été quelque peu décriée ces dernières années, la fête du Beaujolais Nouveau reste un événement incontournable dans des pays comme le Japon. Elle coûte très peu à l’interprofession par rapport à son impact global et elle provoque une multitude d’événements spontanés dont l’interprofession doit même ignorer l’existence dans bien des cas. Si, d’ici 15 ans, les gens passent un moment agréable et lèvent leur verre au malbec pendant la journée mondiale, alors nous aurons gagné notre pari ».  

Tâter le terrain en France

Interrogé sur les perspectives de développement du malbec argentin sur le marché français, le responsable européen de Wines of Argentina reconnaît qu’elles restent, pour l’heure, limitées à quelques pôles isolés. « La Côte d’Azur avec Monaco, Paris et Bordeaux offrent de belles opportunités d’implantation. L’intérêt de Bordeaux s’explique par les investissements réalisés par des professionnels bordelais dans le vignoble argentin ». Si le potentiel offert par d’autres régions françaises s’annonce limité pour le moment, Andrew Maidment souligne les similitudes gastronomiques entre la France et l’Argentine comme porteuses d’espoir : « Ce sont les deux seuls pays que je connaisse où l’on n’apprécie pas vraiment les mets épicés. De plus, les plats se ressemblent beaucoup et partagent la même simplicité ». Les visiteurs de Vinexpo auront peut-être l’occasion de déguster du malbec argentin cette année. En effet, Wines of Argentina souhaiterait implanter son bar éphémère le temps du salon, histoire de palper le pouls du public français. 

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