LE FIL

Fabrice Bernard

« Le prix primeur des premiers crus classés doit sortir tôt et être raisonnable »

Mercredi 15 mars 2017 par Alexandre Abellan

À trois semaines des primeurs, Millésima vient d’ouvrir la possibilité de mettre en ligne des alertes sur les 2016, et tient aujourd’hui sa dégustation rétrospective du millésime 2015 dans ses chais.À trois semaines des primeurs, Millésima vient d’ouvrir la possibilité de mettre en ligne des alertes sur les 2016, et tient aujourd’hui sa dégustation rétrospective du millésime 2015 dans ses chais. - crédit photo : Millésima
Après un millésime 2015 plébiscité par ses marchés, la place de Bordeaux craint que la qualité annoncée du 2016 ne monte à la tête des propriétés girondines. Une hausse des prix sur les prochains primeurs serait néfaste prévient Fabrice Bernard (site Millésima).

Sur le pied de guerre, les courtiers et négociants de Bordeaux se préparent activement au grand raout du début d’année : la semaine de présentation des primeurs 2016, qui mettra en ébullition le vignoble girondin ce début avril. On ne peut plus routinière, cette effervescence conduit une nouvelle fois la place bordelaise à se faire peur. Et les craintes d’une hausse des prix trouvent déjà écho dans des appels à l’exemplarité des propriétés. « Idéalement, il faudrait que les premiers grands crus classés et équivalents* sortent tôt dans la campagne de primeurs, et à des prix raisonnables » estime Fabrice Bernard, le PDG du négoce Millésima. « Dès que deux grands millésimes se suivent, à qualité globalement équivalente, vous ne pouvez pas augmenter les prix sans perdre les consommateurs » pose le négociant, qui rappelle l’exemple des populaires 2009, tandis que la hausse des 2010 a pesé sur leur réputation, et leur commercialisation.

Cet avertissement résonne d’autant plus que les opportunités sont réelles après une bonne campagne de primeurs 2015. « Pour l’ensemble des négociants, les marchés américains et européens ont très bien répondu. La demande a été presque aussi belle que pour 2009 » se réjouit Fabrice Bernard. Pour le millésime 2015, l’activité primeurs de Millésima devrait finir par afficher un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros (+88 % par rapport au 8 millions € de primeurs 2014), comptant pour la moitié de l’activité globale de Millésima.

"Ne pas oublier nos marchés matures"

N’ayant pas enregistré de contrecoup sur le marché anglais suite au Brexit, Millésima souligne surtout l’engouement des consommateurs américains. Déjà actifs sur les primeurs 2014, ils l’ont été particulièrement sur le 2015. « Il faut continuer à investir, on est peut-être un peu trop allé vers la Chine. Il ne faut pas oublier nos marchés matures habitués aux bordeaux : la Belgique, l’Allemagne, la Suisse… » juge Fabrice Bernard.

Portée par l’engouement médiatique pour le millésime 2015, la demande en primeur témoigne ainsi d’un attachement traditionnel. « Les caves se vident petit à petit et à un moment, nos clients doivent les remplir. Les derniers grands millésimes remontaient à 2009 et 2010 » souligne Fabrice Bernard, tout en alertant sur le Bordeaux bashing, qui ne serait pas encore tout à fait fini. « Il faut rester prudent, mais ne pas se laisser faire. Les prix des grands vins rouges de Bourgogne et de Californie sont largement plus élevés que ceux de Bordeaux. Il faut faire goûter nos vins et ne pas sous-estimer les réseaux sociaux pour communiquer et séduire une génération » conseille Fabrice Bernard.

 

* : Ce qui représente « une quinzaine de propriétés capables d’influencer la campagne » précise Fabrice Bernard.

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