Accueil / Viticulture / « Il n'existe pas de lien direct entre rendement viticole et qualité des vins »

Idée déçue
« Il n'existe pas de lien direct entre rendement viticole et qualité des vins »

Quitte à briser un dogme, la bibliographie scientifique semble sans appel : la relation entre petits rendements à la vigne et grande qualité des jus à la cave n'est pas si assuré.
Par Alexandre Abellan Le 15 mars 2017
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
« Il n'existe pas de lien direct entre rendement viticole et qualité des vins »
« Il est déjà compliqué d’évaluer scientifiquement un rendement, alors estimer une maturité… » lâche Laurence Gény-Denis. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
D

ans le vignoble, « l’idée reçue est que la quantité de raisins et la qualité des vins sont inversement reliées. D’après la bibliographie, c’est un peu plus compliqué… On trouve tout, et son contraire ! » lance Laurence Gény-Denis ce 9 mars, concluant la journée technique du cluster Inno’Vin. La chercheuse à l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin (Université de Bordeaux) tranche en deux temps et trois mouvements le lien entre quantité et qualité, ne serait-ce qu’en revenant sur les derniers millésimes girondins. Si 2007 n’est pas très bien noté alors que Bordeaux a connu de forts rendements, les contre-exemples ne manquent pas : petits rendements en 2013 et notes médiocres, alors que les forts rendements de 2005 n’ont pas empêché un accueil critique globalement positif.

Se basant sur une somme bibliographique moins triviale, Laurence Gény-Denis conclut qu’« il n’existe pas de lien direct et unique entre rendement et qualité ». Du moins dans les gammes de rendements pratiquées dans le vignoble français précise la scientifique (voir encadré). D’après son étude, la recherche démontre que les effets sur le rendement d’enherbement ou de porte-greffe n’entraînent pas une réponse linéaire pour les marqueurs qualitatifs. Par exemple, l’augmentation de la surface foliaire des ceps débouche sur une modification du rapport feuille/fruit, l’augmentation de rendement étant compensée par un maintien des indicateurs de maturité (sucre/acide).

Effets physiologiques

Pour Laurence Gény-Denis, le lien entre rendement et qualité se trouve à la croisée d’autres facteurs plus impactants. « Les maturités dépendent plus du climat et du régime hydrique que du rendement » estime-t-elle, ajoutant que « les équilibres physiologiques et le microclimat contrôlant le développement de la plante sont plus importants que le rendement seul ».

De 5 à 18 tonnes/hectare

Moins iconoclaste, le technicien Thierry Dufourcq de l’Institut Français de la Vigne et du Vin estimait durant cette conférence qu’« avec le rendement, l’objectif est d’optimiser, pas de maximiser ». Et de rappeler la fourchette de rendements que l’on trouve dans le vignoble français : de 5 à 8 tonnes de raisin par hectare pour les vins AOC, de 10 à 15 t/ha pour les IGP, de 10 à plus de 18 t/ha pour les vins sans indications géographiques ou les vins de base à eaux-de-vie (Armagnac, Cognac…).

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (1)
Grenet Le 16 mars 2017 à 11:40:09
[...]de 5 à 8 tonnes de raisin par hectare pour les vins AOC, de 10 à 15 t/ha pour les IGP, de 10 à plus de 18 t/ha pour les vins sans indications géographiques ou les vins de base à eaux-de-vie (Armagnac, Cognac…). Donc le Champagne c'est un IGP?
Signaler ce contenu comme inapproprié
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé