LE FIL

Projet Vinovert

Les vins alternatifs mis à l’épreuve des consommateurs

Jeudi 26 janvier 2017 par Alexandre Abellan

« Alain Bouquet était un vrai innovateur, il a commencé à faire ses croisements il y a trente ans. On ne parlait pas de variétés résistantes et il avait déjà l’intelligence de garder en tête la qualité des vins obtenus » salue le chercheur Jean-Michel Salmon, ce 24 janvier à l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin de Bordeaux.« Alain Bouquet était un vrai innovateur, il a commencé à faire ses croisements il y a trente ans. On ne parlait pas de variétés résistantes et il avait déjà l’intelligence de garder en tête la qualité des vins obtenus » salue le chercheur Jean-Michel Salmon, ce 24 janvier à l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin de Bordeaux. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Le programme de recherche européen doit mesurer l’acceptabilité, et les préférences commerciales, des consommateurs face aux produits de vignes bio, résistantes... Ou simplement avec moins d’intrants.

De juin 2016 à juillet 2019, le projet Vinovert doit étudier les leviers de compétitivité des démarches environnementales et sanitaires sur les vins du Sud-Ouest européen (de Bordeaux au Portugal, en passant par l’Espagne et le Languedoc). Rappelant cette ambition, les seize partenaires réunis ce 24 janvier à Bordeaux ont dessiné leur innovant plan de bataille en précisant les premiers projets expérimentaux. Notamment sur l’attractivité réelle des vins alternatifs pour les consommateurs, la demande sociétale étant aussi diffuse que l’offre actuelle (allant des labels officiels type « vins bios » aux démarches moins encadrées type « vin nature »).

"Zéro intrant, à la vigne et à la cave"

« À ma connaissance, il n’y a qu’une étude suisse sur l’acceptation par les consommateurs de ces vins » témoigne Jean-Michel Salmon, le directeur adjoint de l’INRA de Pech-Rouge. Pour remédier à ce vide bibliographique, le domaine expérimental languedocien a vinifié deux de ses cépages résistants Bouquet lors du millésime 2016*. Pour chaque variété, 150 bouteilles de vins blancs seront produites selon différentes modalités de vinification et d’embouteillage (en conventionnel ou en bio, avec ou sans sulfites…). « On pourra ainsi proposer des vins qui n’ont jamais vu un intrant, à la vigne et à la cave » souligne Jean-Michel Salmon. Ces vins seront analysés chimiquement, mais surtout soumis organoleptiquement à des consommateurs. Afin de tester concrètement les préférences sensorielles et surtout l’impact commercial de ces nouvelles variétés. Notamment le consentement à un prix d’achat supérieur.

Cette approche socio-technique sera également conduite sur les modifications des pratiques, et plus particulièrement la réduction des intrants au vignoble. Par l'économie expérimentale, il s’agit d’étudier les « réductions de fongicides, d’insecticides et d’herbicides sur 32 parcelles, en France (Vignerons de Tutiac), en Espagne (Martin Codax) et au Portugal (Ramos Pintos) » explique Carlos Calvo-Garrido, chercheur à l’INRA. Les effets de ces conduites alternatives (conventionnelles ou bio) seront étudiés via les rendements, mais aussi les préférences des consommateurs. 20 vins seront produits en 2017 et soumis aux opinions d'amateurs.

Intrants œnologiques

Ces études seront également menées à la cave. « La réduction des produits phytosanitaires ne doit pas se faire qu’à la vigne. Il faut également interagir avec la façon de faire du vin et tous ses intrants » lance l’économiste Éric Giraud-Héraud, le directeur scientifique du programme Vinovert. Ainsi, la mesure des Indices de Fréquence de Traitement permettra de suivre la performance environnementale, tandis que l’analyse des résidus de pesticides donnera un indice probablement plus parlant pour les consommateurs. Des études sur les rosés de la coopérative de Buzet seront ainsi conduites, avec des panels en France, mais aussi en Suède.

 

* : La question de la durabilité des résistances de ces cépages ne sera pas abordée par Vinovert, qui laisse ce débat à d’autres équipes de recherche. Pour ces expérimentations, il s’agit des cépages 3 197-81-B (croisement à base de muscat de Hambourg) et 3 159-2-12-B (à base de chasan). Le premier ayant un faible taux de sucre à maturité, et le second une aromatique très prometteuse.

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