LE FIL

Jean-Marie Barillère

« Si le Brexit se passe bien, nos vins conserveront leurs flux commerciaux »

Lundi 23 janvier 2017 par Alexandre Abellan

« L’avenir de nos vins et spiritueux se fera à l’export. Plus l’accès aux marchés sera facilité, mieux on se portera » estime le négociant champenois. Il en veut pour preuve l’effet rapide de l’accord de libre-échange entre le Chili et le Japon : « en deux ans, les vins français ont été dépassés par ceux chiliens sur le marché nippon ».
« L’avenir de nos vins et spiritueux se fera à l’export. Plus l’accès aux marchés sera facilité, mieux on se portera » estime le négociant champenois. Il en veut pour preuve l’effet rapide de l’accord de libre-échange entre le Chili et le Japon : « en deux ans, les vins français ont été dépassés par ceux chiliens sur le marché nippon ». - crédit photo : Bertrand Collard (La Vigne)
Face à la promesse d’un « Brexit dur », le président du Comité Européen des Entreprises Vins (CEEV) garde son sang froid et souligne la concordance d’objectifs entre les filières britanniques et françaises des vins et spiritueux.

« Aujourd’hui, on commence à voir plus clair dans ce que veut le Royaume-Uni : avoir un accord de libre-échange avec l’Union Européenne, pour un commerce sans taxe. La seule chose qui changerait par rapport à aujourd’hui, ce serait la présence d’une douane entre les partenaires » se félicite Jean-Marie Barillère, le président du Comité Européen des Entreprises Vins (CEEV). Se gardant d’être trop précise, Theresa May, le premier ministre du Royaume-Uni, n’a pourtant pas levé toutes les incertitudes en annonçant sa feuille de route pour un « hard Brexit », ce 17 janvier à Londres. Mais elle a bien donné le cap d’une sortie complète du Royaume-Uni de la Communauté Européenne dans deux ans.

"La volonté est de continuer à travailler ensemble"

Jugeant le discours de Theresa May réaliste et pragmatique, le champenois Jean-Marie Barrillère se prépare déjà à ce que les négociations passent « par des hauts et des bas ». Se posant en spectateur des déclarations politiques qui marqueront inévitablement le cycle de discussions, le Comité Vins se réjouit de partager les mêmes objectifs que ses homologues anglais, l’Association Britannique des Distributeurs de Vins et Spiritueux (WSTA). Pour les deux intervenants, il s’agit en effet de maintenir les flux commerciaux. « Il y a un divorce à prononcer. S’il se passe bien, le marché anglais et les vins européens ne perdront pas leurs liens commerciaux » estime Jean-Marie Barillère.

La seule inquiétude du président du CEEV concerne la concurrence d’autres pays producteurs pour accéder au marché anglais. « Les politiques devront prendre en compte que le Royaume-Uni va être très courtisé » prévient-il, s’apprêtant à porter ce message aux candidats à la prochaine présidentielle*, lors du Salon International de l’Agriculture (à Paris du 25 février au 3 mars prochain). Il faut dire que la WSTA a déjà pris contact avec d’autres vignobles (Amérique du Nord, Océanie…) afin d’établir à l’avenir des partenariats commerciaux.

Taux de change

En attendant, le seul effet concret du Brexit sur la filière du vin reste la faiblesse de la livre. « Si la dévaluation persiste, c’est un appauvrissement net et sans bavure des consommateurs anglais » résume Jean-Marie Barillère. « Cela me fait penser à une hausse des taxes, où les importateurs demandent généralement des efforts de prix de la part de leurs fournisseurs. Pour l’instant, il n’y a pas eu de telles conséquences. » Selon la WSTA, la dévaluation de la livre aurait entraîné un surcoût moyen de 15 % sur le prix des vins.

À noter que 99 % des vins vendus au Royaume-Uni sont importés (dont 55 % de l’Union Européenne), faisant de ce marché le deuxième importateur de vin au monde en volume et valeur (derrière respectivement l’Allemagne et les États-Unis). En valeur, la France est le premier fournisseur en vins du Royaume-Uni (pesant pour le tiers des expéditions).

 

* : Jean-Marie Barillère va plus largement militer pour l’établissement d’accords de libre-échange avec un maximum de partenaires commerciaux.

Rassurer en réduisant la fiscalité

Souhaitant que le Royaume-Uni maintienne sa position de première place de marché international des vins, la WSTA n’a pas réagi directement aux annonces de Theresa May. Mais a rebondi sur sa volonté d’appuyer la compétitivité britannique en réclament une baisse de 2 % des taxes anglaises sur les vins et spiritueux. Le Royaume-Uni affichant l’une des plus importantes taxations européennes sur les boissons alcoolisées (n’étant dépassé que par l’Irlande). « Il y a une façon dont le gouvernement peut renforcer le business britannique, c’est de soutenir notre filière avec une baisse de taxe » clame Miles Beale, le directeur général de la WSTA.
 

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