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Biodynamie
L'influence du calendrier lunaire réfutée

Une nouvelle étude néo-zélandaise* jette un pavé dans la mare en affirmant que le calendrier biodynamique n'a aucune influence sur les perceptions sensorielles du vin.
Par Sharon Nagel Le 13 janvier 2017
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L'influence du calendrier lunaire réfutée
La viticulture biodynamique va bien au-delà du calendrier lunaire - crédit photo : Gramona
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tude néo-zélandaise

Les adeptes de la biodynamie sont formels : un vin n’a pas le même goût selon qu’il s’agit d’un jour « racine » ou d’un jour « fruit ». La distinction – favorable/défavorable – ne s’applique pas uniquement aux dégustations mais aussi aux différentes opérations vitivinicoles, allant des plantations au soutirage des vins, et se base sur les expérimentations menées par l’Allemande Maria Thun à partir des travaux de Rudolf Steiner. Mettant en exergue des influences cosmiques sur la croissance des plantes, ces théories sont appliquées par des vignerons parmi les plus renommées en France et ailleurs. Mais voilà que, selon une équipe de chercheurs, composée notamment de Néo-Zélandais mais aussi d’un Français de l’Université de Bourgogne, le calendrier lunaire n’aurait aucune incidence sur la perception sensorielle des vins.

 

De nombreux facteurs de confusion pris en compte

L’équipe, menée par le Dr Wendy Parr et comportant également un Master of Wine, Philip Reedman, a cherché à tester de manière expérimentale des pratiques basées sur des données empiriques. Dix-neuf professionnels néo-zélandais ont été recrutés pour déguster à l’aveugle 12 vins néo-zélandais issus du cépage pinot noir à des moments précis dictés par le calendrier lunaire biodynamique. Les jours en question étaient soit des jours « racine », donc défavorables à la dégustation, soit des jours « fruit », considérés comme étant propices à la dégustation. Les dégustateurs devaient évaluer chaque vin quatre fois, deux fois un jour « fruit » et deux fois un jour « racine ».  Les qualificatifs pouvant être employés pour décrire le vin englobaient à la fois des perceptions au nez et en bouche, sur le plan quantitatif et qualitatif, et incluaient la notion d’appréciation personnelle. Le choix du cépage pinot noir s’explique, affirment les chercheurs, par ses caractéristiques variétales et notamment un profil aromatique susceptible d’être plus ou moins expressif, et une structure tannique pouvant osciller entre soyeuse et rigoureuse. Des vins jeunes ont été sélectionnés car selon le calendrier biodynamique un vin âgé de plus de cinq ans pouvait se trouver avantagé un jour « feuille » et a contrario, désavantagé un jour « fleur » ou « fruit ». Les cuvées choisies étaient élaborées aussi bien de manière conventionnelle que selon des pratiques biologiques ou biodynamiques. Par ailleurs, l’adaptation précise du fuseau horaire a été effectuée – le calendrier biodynamique publié depuis 2010 portant sur le GMT – et des données météorologiques ont été collectées afin de tenir compte de variables telles que la pression atmosphérique. Enfin, l’expérience a été menée « à l’aveugle », les dégustateurs ignorant le but des évaluations.

 

Les perceptions varient, mais pourquoi ?

Logiquement, les jours « fruit », les vins étaient censés présenter un profil plus aromatique, plus fruité et plus concentré que les jours « racine », où les chercheurs prédisaient un profil moins équilibré et plus agressif du point de vue des tannins, des défauts éventuels comme la verdeur ou un sur-boisage devenant saillants. En réalité, des différences significatives entre les vins ont effectivement été perçues, mais elles n’étaient pas liées au calendrier lunaire. Les différences les plus importantes étaient mises en lumière le même jour, pendant une même séance de dégustation, les vins ayant été dégustés deux fois. « Les conclusions de l’étude sont claires » affirment les auteurs, « Les résultats démontrent que les évaluations des douze pinot noirs étaient peu influencées par le jour de la dégustation ». Tout en reconnaissant qu’il y avait bien des variations au niveau des perceptions, les chercheurs peinent à les expliquer. Même les données relatives à la pression atmosphérique n’offrent pas d’explications concrètes.

 

Pragmatisme anglo-saxon contre empirisme européen ?

En revanche, sur un plan plus global, en dehors du périmètre de l’étude, les chercheurs évoquent la possibilité de l’autosuggestion : « Il est concevable que certains effets sensoriels rapportés dans les médias professionnels s’expliquent davantage par le résultat d’une attente que par de véritables différences entre les vins. Les consommateurs qui s’attendent à ce qu’un vin soit plus expressif et aromatique un jour « fruit » peuvent réellement les percevoir de cette façon en raison d’effets cognitifs « descendants » ». Il est vrai que ette affirmation se confirme dans d’autres domaines, des études ayant montré par exemple qu’un vin présenté avec un positionnement prix élevé aura plus de chances d’être apprécié qu’un autre, vendu moins cher. Toutefois, ce phénomène ne pourrait expliquer les résultats de l’étude elle-même car les dégustateurs ignoraient son objectif. De plus, en sélectionnant des professionnels exerçant dans l’Hémisphère sud, les chercheurs ont souhaité éviter un éventuel biais : sur les 19 dégustateurs, seuls trois déclaraient a posteriori avoir déjà dégusté un vin selon le calendrier lunaire et près de la moitié d’entre eux en ignoraient même l’existence.

 

Des répercussions sur l’agriculture biodynamique ?

Malgré la diffusion plus faible du calendrier dans l’Hémisphère sud, son influence dans l’Hémisphère nord est indéniable, d’où la mise en place de l’étude. Les chercheurs citent des exemples concrets montrant que des professionnels impliqués dans la production, la commercialisation et la distribution du vin croient en l’influence de la lune sur la perception sensorielle d’un vin. « Au Royaume-Uni, par exemple, il a été rapporté que plusieurs grandes enseignes de distribution et points de vente au détail comme Tesco et Marks & Spencer organisent leurs séances de dégustation autour des « bons » jours (fleur et fruit) et les « mauvais » jours (feuille et racine)… » De même, une application iPhone a été développée à l’attention des consommateurs pour qu’ils puissent sélectionner le meilleur jour pour apprécier un vin. Si l’étude ne prétend pas s’attaquer aux principes de la biodynamie tels qu’ils sont appliqués à la culture de la vigne et à l’élaboration du vin, en qualifiant son champ de recherche « d’extension de l’agriculture biodynamique », elle établit clairement un lien entre les deux. Et jette donc le doute quant au bien-fondé de ces pratiques globalement, même si ses auteurs s’en défendent. Le lien est d’autant plus tangible que, parmi les douze vins analysés, les cuvées issues de l’agriculture biologique et biodynamique n’ont pas, non plus, affiché de lien avec le calendrier lunaire. Ou bien, l’origine néo-zélandaise des vins constitue-t-elle un biais ?

 

*L’étude a été publiée le 3 janvier dans la revue scientifique PLoS One sous le titre : « Expectation of Sensorial Reality ? An Empirical Investigation of the Biodynamic Calendar for Wine Drinkers ». Wendy V. Parr, Dominique Valentin, Phil Reedman, Claire Grose, James A. Green

Tags : biodynamie
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