Accueil / Commerce/Gestion / Quelles évolutions à prévoir sur le marché mondial du vrac ?

BulkWine
Quelles évolutions à prévoir sur le marché mondial du vrac ?

En quinze ans, les échanges mondiaux de vins en vrac ont quasiment doublé, passant de 20 Mhl à 38,5 Mhl. Remaniements parmi les pays fournisseurs, segmentation plus affinée, nouveaux modèles de sourcing et orientation plus qualitative pour ne pas dire premiumisation sont autant de grandes tendances soulignées par Rafael del Rey, directeur de l'Observatoire espagnol du marché du vin (OEMV) fin novembre lors de la World Bulk Wine Exhibition à Amsterdam.
Par Sharon Nagel Le 02 décembre 2016
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Quelles évolutions à prévoir sur le marché mondial du vrac ?
Les vins en vrac représentent désormais près de 40% des échanges mondiaux
L
e vrac français s’est effondré

Marché fluctuant car plus exposé à des impératifs commerciaux et financiers que celui de la bouteille, les échanges en vrac affichent néanmoins de grandes tendances sous-jacentes sur le long terme. Au nombre de celles-ci, l’effondrement des exportations françaises de vins en vrac, qui ont été quasiment divisées par deux depuis l’an 2000. Le parallèle avec l’orientation tarifaire est éloquent car dans le même temps, la France s’est hissée au premier rang des prix parmi les sept principaux pays exportateurs de vrac que sont par ordre décroissant, l’Espagne, l’Italie, le Chili, l’Australie, l’Afrique du Sud, la France et les Etats-Unis. Selon l’OEMV, le vrac français est désormais plus cher que son équivalent américain. Le principal pays bénéficiaire des pertes françaises, l’Espagne, a commencé à prendre son envol en 2002-2003.  Aujourd’hui, malgré une légère régression sur les douze mois se terminant en juin 2016, elle exporte plus de deux fois plus de vins en vrac que l’Italie, son concurrent le plus proche, après l’avoir dépassée en 2011 en volume et en valeur suite à la fin du régime des distillations. L’Italie, quant à elle, a beaucoup souffert de la baisse significative des achats français et affiche une évolution en dents de scie, avec un pic en 2011 ; elle commence de nouveau à remonter légèrement en 2016. Depuis 2000, de nouveaux arrivants sur la scène du vrac sont venus perturber l’ordre établi : le Chili, l’Australie et l’Afrique du Sud, notamment, ayant augmenté leurs exportations en vrac de manière significative.

 

De nouveaux challengers venus de l’Est

Ayant réalisé une belle percée sur le marché mondial du vrac, bon nombre de ces pays fournisseurs se trouvent aujourd’hui à la croisée des chemins et ont du mal à assurer la pérennité de leur secteur sur la base des prix pratiqués. C’est le cas notamment de l’Afrique du Sud où l’ensemble du secteur plaide désormais pour une augmentation généralisée des tarifs. « Certains pensent qu’en démarrant à bas prix, ils pourront ensuite augmenter les tarifs une fois le marché acquis », expliquait Albertus Louw, consultant et œnologue sud-africain, lors de la WBWE. « C’est faux. Il faut débuter à des prix plus élevés. Notre positionnement prix actuel n’est pas viable sur la durée ». Mais voilà que, de la même façon que de nouveaux entrants comme l’Afrique du Sud ont commencé à percer dès l’an 2000, d’autres pays fournisseurs se mettent actuellement sur les rangs pour s’arroger une part du gâteau. Entre baisse volumique et interdictions à l’importation, le marché russe a engendré de nouveaux candidats à l’exportation de vins en vrac. Outre la Géorgie, la Roumanie, la Bulgarie et la Moldavie, avec son vignoble de 140 000 hectares, une véritable tradition viticole et une forte volonté exportatrice, la Hongrie aussi commence à se positionner sur le marché du vrac. « Nous avons construit une nouvelle cave, nous permettant d’augmenter nos volumes de production », précisait Maria Kettesy de la société hongroise Kiss es Tarsai Kft, exposante pour la première fois cette année à la WBWE. « Nous avons 7 à 8 millions de litres de vins à vendre en vrac, surtout des blancs labellisés IGP. Nos tarifs varient entre 40 cts et 1,10€ le litre en fonction du profil des vins ». Autant dire un positionnement prix comparable à celui de l’Espagne et nettement en-dessous de celui des autres grands pays exportateurs de vrac.

 

Un modèle espagnol pérenne

Les aléas climatiques dont souffrent certains pays producteurs ainsi que la volonté de s’éloigner du vrac affichée par des pays comme l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande pourraient créer une ouverture pour les pays de l’Est. En revanche, le rouleau compresseur espagnol ne s’arrêtera pas en si bon chemin. « Certains remettent en cause la viabilité du modèle espagnol sur le long terme mais personnellement, je ne vois pas d’où viendrait une telle remise en cause », affirme Denys Hornabrook, directeur de la plateforme numérique de vins en vrac Vinex. « Cette logique serait-elle celle de professionnels qui n’ont pas visité le vignoble et ne comprennent pas le travail phénoménal réalisé par l’Espagne pour améliorer son efficacité à la vigne ? Avec moins de superficies plantées, elle produit plus de vins, le résultat est époustouflant. Pourquoi le modèle espagnol ne serait-il pas durable ? L’Espagne bénéficie d’un environnement idéal pour cultiver la vigne, elle dispose de cépages viables, les viticulteurs réalisent beaucoup de pratiques culturales et les professionnels connaissent très bien le métier. C’est pour cela que l’Espagne est désormais un acteur majeur du marché ». Parallèlement à cela, l’Amérique du Sud entend poursuivre sa voie sur le marché du vrac. « Les nouvelles plantations se font désormais dans l’objectif de mécaniser les vendanges », expliquait Alfredo Guiroy de la société argentine Lost Valley. « Environ 10 à 15 000 hectares sont plantés dans cet objectif chaque année. D’ici 10 à 15 ans, cette stratégie portera ses fruits et on verra une différence très significative dans la capacité exportatrice de l’Argentine ».

 

L’essor inexorable du cœur de marché

D’ici là, Rafael del Rey prédit des évolutions majeures sur le marché mondial du vrac, à commencer par une baisse des échanges entre pays producteurs : « Les « nouveaux entrants » réussiront à accéder directement aux marchés et aux consommateurs finaux », affirme-t-il. En corrélation avec cette évolution, le cœur de marché devrait continuer à se développer, au détriment de l’entrée de gamme. Actuellement, les vins vendus à moins de 0,50€/litre entre pays fournisseurs représentent environ un tiers des échanges en volume et concernent notamment des ventes au départ de l’Espagne en direction de l’Allemagne, la France, l’Italie et le Portugal, mais aussi depuis l’Italie vers l’Allemagne et la France, et dans une moindre mesure l’Afrique du Sud vers l’Allemagne, la France et l’Italie. Dans le haut de gamme (au-dessus de 1,50€/l), qui représente 6% des volumes, on retrouve les exportations néo-zélandaises et françaises ainsi que des expéditions italiennes vers les USA et la Suède. Entre les deux, les exportations positionnées en-dessous de 1,50€/l constituent la majeure partie des expéditions (60%). Depuis 2000, alors que les échanges totaux ont progressé de 102%, les catégories intermédiaires ont fait un bond de 189% tandis que l’entrée de gamme n’a augmenté que de 52% et le haut de gamme est resté stable. Entre 2015-2016, seul le cœur de marché a progressé (+6,1%), tandis que l’entrée de gamme a régressé (-6,2%) et le haut de gamme a chuté de 14%. Ainsi, le phénomène de premiumisation du vrac se concrétise par la transition de l’entrée vers le cœur de gamme et non pas par l’augmentation des volumes de vins vendus à plus de 1,50€/l, dont la part est passée de 13% du total en 2000 à 6% en 2016, d’où les difficultés de la France sur ce marché.

 

Les Français devraient-ils investir à Castille-La Manche ?

Commentant les tensions entre la France et l’Espagne à propos du vrac, Rafael del Rey estime que différentes stratégies pourraient permettre de faciliter la transition actuellement en cours : « Nos marchés sont ouverts, nous ne pouvons pas empêcher les importations. Le phénomène qui touche la France existe d’ailleurs à l’intérieur d’un même pays, entre le Nord et le Sud de l’Italie par exemple ou entre Castille-La Manche et d’autres régions espagnoles. L’essentiel, c’est d’appréhender ces courants, comme l’ont fait certains producteurs de la Rioja en investissant directement à Castille-La Manche. On peut aussi décider de créer une plus grande différenciation avec les produits concurrents et attaquer avec des positionnements prix différents ». Les Français ont déjà commencé à investir dans d’autres pays producteurs de vrac : à la WBWE, Vinadeis s’est clairement affiché avec son partenaire sud-africain Origin Wines.

 

La distribution : un enjeu clé

Autre prédiction de Rafael del Rey : les BIB, qui seront clairement identifiés dès le 1er janvier 2017, devraient continuer à croître tout en restant minoritaires sur le marché du vrac. « Les vins à bas prix sont plus compétitifs et performants lorsqu’ils sont mis en bouteille sur les places de consommation pour la distribution locale », estime-t-il. Enfin, la rationalisation de la chaîne d’approvisionnement face à la distribution constitue un enjeu de taille pour le vrac : « En améliorant les rapports entre les fournisseurs de matière première et de vins, les gains pourront être investis dans la distribution, les marques et l’amélioration des conditions permettant de toucher le client final, avec un type de produit qui correspond mieux à ses besoins ».   

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé