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Dérive phytos

Deux châteaux mis en examen pour l’intoxication de l’école de Villeneuve-de-Blaye

Mercredi 02 novembre 2016 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 03/11/2016 08:18:48

Quatre parcelles de vigne se trouvent autour du groupe scolaire de Villeneuve-de-Blaye. Celles traitées ce 5 mai se trouvent à l'Ouest (conventionnelle) et à l'Est (bio). D’après la DRAAF, le vent soufflait du Sud-Est à 13 heures.
Quatre parcelles de vigne se trouvent autour du groupe scolaire de Villeneuve-de-Blaye. Celles traitées ce 5 mai se trouvent à l'Ouest (conventionnelle) et à l'Est (bio). D’après la DRAAF, le vent soufflait du Sud-Est à 13 heures. - crédit photo : Google Maps
L’un est en bio et l’autre en conventionnel : deux domaines sont interrogés suite à la plainte de la Sepanso. Au-delà de la question judiciaire des responsabilités, l’affaire reste plus large pour l’ensemble de la filière.

Révélatrice des enjeux de la cohabitation entre riverains et exploitations viticoles, l’affaire de l’exposition au phyto d’une vingtaine d'écoliers et d’une enseignante de Villeneuve suit son cours, avec la mise en examen des châteaux Castel La Rose et Escalette ce 17 octobre. Se trouvant en appellation Côte-de-Bourg, les deux propriétés se trouvent à côté de l’école où des traitements viticoles ont été réalisés l’après-midi du lundi 5 mai 2014. Malgré des vents, a priori, supérieurs à la limite réglementaire de 19 km/h. Les responsables des deux châteaux sont interrogés pour « usage inapproprié de produits phytosanitaires » révèle le Sud-Ouest (qui n’a pas réussi à avoir de retours des propriétés entendues par le juge d’instruction de Libourne).

Plainte contre X

Cette mise en examen s’inscrit dans la procédure judiciaire lancée par l’antenne girondine de la Société pour l’Etude et l’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest (Sepanso). Ayant déposé plainte contre X le 19 mai 2014, l’association environnementale a vu sa demande classée sans suite par le tribunal de Libourne en juin 2015. Son appel d’octobre 2015 a abouti aux première auditions du 17 octobre dernier.

La question de la responsabilité d’un domaine ou de l’autre a particulièrement échauffé les esprits à Bordeaux. Tout l’enjeu étant de savoir lequel des traitements conventionnel (Eperon Pépite et Pepper) ou bio (héliocuivre et souffre). Le premier étant pointé du doigt par les associations anti-phyto, qui réclame exclusivement des traitements bio à l’abord des sites sensibles. Tandis que le second est la cible des représentants du syndicalisme agricole, qui s’opposent à une restriction infondée (cliquer ici pour en savoir plus).

"Le sujet de cette affaire est plus vaste"

« Je ne suis pas certain que les riverains et écoles fassent la différence entre les traitements bio et conventionnel si ils en sont aspergés » balaie Bernard Farges (président du syndicat viticole des Bordeaux et Bordeaux Supérieure). Pour le viticulteur girondin, cette affaire judiciaire est désormais dépassée par des enjeux plus vastes, concernant l’ensemble de la filière. Dès le printemps 2014, un premier arrêté est pris par la préfecture de Gironde pour interdire le traitement à proximité d’écoles. En 2015, le dispositif a été étendu aux sites sensibles (hôpitaux, maisons de retraite…) Et en 2016, les arrêtés ont essaimé, sous l’impulsion de la loi d’avenir agricole. Devenu emblématique, l’évènement de Villeneuve de Blaye a marqué un tournant.

« Il y avait déjà une prise de conscience, il est incontestable que le mouvement en a été accéléré. Tout est question de bonnes relations de voisinage : entre le comportement des voisins et le professionnalisme des vignerons dans la mise en oeuvre des traitements » conclut Bernard Farges, prônant toujours des approches citoyennes et concertées.

 

* : Considéré comme acquis au début de l’affaire, ce point est pris avec des pincettes dans le cadre de l’instruction. Aucune mesure de vent ne provenant du lieu même de l’évènement. Sur les cinq stations météo se trouvant à proximité, une seule donne une vitesse en dessous du seuil réglementaire (avec moins de 6 km/h à Saint-Julien, alors que les 30 km/h étaient dépassés à Cussac-Fort-Médoc et Moulis-en-Médoc).

Pollution de cours d'eau : relaxe pour un vigneron gardois

Ce 27 octobre, une autre affaire sur les phytos viticoles a été tranchée par le tribunal correctionnel de Nîmes. Poursuivi par l'administration pour avoir épandu un herbicide à proximité d'un cours d'eau, un vigneron gardois a été relaxé. L'avocate du prévenu a estimé "que les services de l'État se sont trompés de parcelle en verbalisant sur un secteur qui ne concerne pas son client [et a] contesté les distances mesurées" apprend-on dans les colonnes du Midi Libre.

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