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Sécheresse

Sur la piste de futurs cépages qui transpirent moins la nuit

Lundi 03 octobre 2016 par Juliette Cassagnes

La journée, un pied de vigne perd en moyenne 5 litres d'eau par jour par transpiration. La nuit, ce volume est dix fois moins important, soit un demi litre environ
La journée, un pied de vigne perd en moyenne 5 litres d'eau par jour par transpiration. La nuit, ce volume est dix fois moins important, soit un demi litre environ - crédit photo : J Cassagnes
Selon des résultats récents issus d'un programme de recherche, il est désormais possible de sélectionner des cépages qui transpirent moins la nuit, donc de les rendre potentiellement plus tolérants à la sécheresse. Explications.

« La nuit, les stomates des feuilles ne se ferment que partiellement, générant une perte en eau apparemment inutile puisque l’absence de lumière ne permet pas la photosynthèse », expliquent les chercheurs de l'Inra et de Montpellier SupAgro sur le site internet de l'Inra. Pour en savoir plus sur celle-ci, les scientifiques ont donc cherché à la quantifier de façon plus précise, à la comparer entre différents génotypes et à étudier les mécanismes génétiques mis en œuvre dans les plantes.

Pour ce faire, le comportement « nocturne » d'environ 200 descendants d'un croisement de Syrah et de Grenache a été étudié, à la fois en conditions contrôlées sur une plateforme de phénotypage et en conditions naturelles. « Le croisement de ces deux cépages contrastés du point de vue de leur adaptation à la sécheresse permet d'assurer un meilleur brassage génétique, en espérant qu'ils portent les caractères les plus intéressants dans leur génomes respectifs, explique Thierry Simonneau, chercheur ayant participé aux travaux. Plus on obtient de descendants différents, plus on parvient à cerner les régions génomiques déterminantes ».

Vers la création de cépages plus tolérants à la sécheresse

Après plusieurs années d'études, les chercheurs ont réussi à identifier des zones du génome associées à la fois à une faible transpiration nocturne et au maintien de la croissance de la plante. Autre résultat obtenu : la transpiration nocturne représente en moyenne 10% - mais elle peut aller jusqu'à 15% - de la transpiration diurne, soit en moyenne 0,5 litre d'eau par plante et par nuit... « Un chiffre qui pourrait augmenter dans les climats futurs », commente le chercheur. Enfin, toutes les plantes ne transpirent pas en quantité identique : les plus économes perdent moitié moins d'eau que les plus consommatrices soit, si l'on prend cette moyenne de 0,5 litre, 0,25 litre d'eau perdu en moins pour les premières.

« Ces résultats inédits ouvrent la voie à une nouvelle stratégie de sélection variétale pour la tolérance à la sécheresse chez la vigne, indique l'Inra.  Il est possible de sélectionner certains cépages pour réaliser de substantielles économies d’eau pendant la nuit, sans altérer leur croissance » et ainsi, les rendre indirectement plus tolérants à la sécheresse.

Si l'on considère que l'on est en année 1 d'un programme de création en vigne, il faudra donc patienter encore une dizaine d'années avant de voir arriver sur le marché ces premières variétés moins transpirantes... 

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