LE FIL

Oxydation contrôlée

Le bouchon Syncor sort du bois pour sa première mise française

Mercredi 28 septembre 2016 par Alexandre Abellan

Déjà utilisé dans les vignobles allemands, autrichiens et italiens, le bouchon Syncor était utilisé pour la première fois en France ce 26 septembre, au château Caronne Sainte-Gemme.Déjà utilisé dans les vignobles allemands, autrichiens et italiens, le bouchon Syncor était utilisé pour la première fois en France ce 26 septembre, au château Caronne Sainte-Gemme. - crédit photo : Sébastien Ladeuix
Mise à l’essai dans un cru bourgeois du Médoc, l’innovation allemande joue la carte du contrôle et de la garantie d’imperméabilité dans la gamme des bouchages technologiques.

Bon gré, mal gré, la première mise en bouteilles française de capsules à vis Syncor s’est déroulée ce 26 septembre dans le vignoble médocain, au château Caronne Sainte-Gemme (Saint-Laurent du Médoc). Entre coupure d’électricité et soucis de réglages, ce sont 300 cols qui ont finalement été bouchés par cette capsule à vis iconoclaste. Made in Germany, cette membrane mobile a la particularité d’être constituée d’une jupe (c’est-à-dire une coque, en bois de hêtre ou en plastique) et d’un joint imperméable (parmi trois possibles : bois, PET et verre).

"La qualité d’une capsule à vis, c’est son imperméabilité"

L’ensemble permet d’assurer une oxydation maîtrisée, avec des joints indéformables et solides, martèle Rémi Goethiers, le gérant d’Aquitaine Millésime (qui distribue Syncor en France et en Espagne). « On va vers des vins avec de moins en moins de sulfites, ces bouchons permettent de résister à l’oxydation prématurée en créant une barrière. Avec la capsule en verre, on fait une carafe de la bouteille » estime-t-il

Oxydation calibrée

Cet argumentaire a fait mouche pour François Nony, le propriétaire de ce cru bourgeois du Médoc. « On constate qu’au bout de quatre ans, nos bouteilles bouchées en liège présentent des disparités très importantes. C’est agaçant, si vous trouvez un vin parfait, son taux d’oxydation n’est pas reproductible » regrette-t-il. Ne pouvant pas investir dans des bouchons en liège naturel haut de gamme, il oriente logiquement son choix vers des solutions technologiques plus accessibles : « il est invraisemblable de mettre en péril tout le travail d’un domaine pour un bouchon à 30 centimes » tranche-t-il.

Dédaignant les bouchons synthétiques (les jugeant trop peu implantés sur le marché mondial), François Nony essaie donc les agglomérés de Diam et la capsule à vis de Syncor. S’il souhaitait embouteiller 1 200 à 1 400 cols sous bouchon bavarois, il va se contenter des 300 bouteilles réalisées pour en tester la garde sur quatre ans, et l’acceptabilité commerciale sur quelques marchés. « À terme, il faudra bien aller vers des bouchages technologiques assurant plus de sécurité. Mais il faudra des démarches collectives pour les porter » estime François Nony. Le président de la Commission Promotion des Crus Bourgeois citant en exemple l’adhésion néo-zélandaise derrière la capsule à vis.

200 € le mille

Confiant dans le résultat de ces essais, Rémi Goethiers confirme que la principale difficulté de cette technologie est son acceptabilité par la filière. Jugeant que le vignoble espagnol sera plus ouvert que celui français, le commercial estime que la capsule à vis bavaroise « vise le marché du bouchage propre, sécurisé d’un point de vue mécanique et organoleptique ». Avec un coût de 200 euros le mille, il n’y aurait pas meilleur qualité prix à l’entendre. « Aujourd’hui en Médoc, le prix moyen de mille bouchons est de 150 à 300 euros. Sur ces gammes, on joue avec le feu. Ce sont des lièges recolorés, mais au-delà de la cosmétique, ils ne sont pas au niveau organoleptique. Les propriétaires veulent des Porsche au prix d’une Twingo » tacle Rémi Goethiers.

Pour autant, l’expert du bouchage ne s’oppose pas au liège (ne serait-ce que parce qu’il en commercialise également). Au contraire, il place les bouchages technologiques en complément, pour mieux respecter la filière liège et réserver son usage à des gammes valorisées. « A force d’industrialiser à outrance la matière première liège, on arrive à une semi-standardisation » prévient Rémi Goethiers, qui plaide pour que l'attention portée aux bouchons soient au moins aussi importante que celle dont bénéficient les tonneaux.

 

* : Si la gamme Syncor est lancée sur vins tranquilles, des pistes pour crémants et autres vins effervescents sont évoquées. La capsule restant indéformable jusqu’à 10 bars, de premiers essais sur des bières viennent d’être réalisés en Allemagne.

 

 

 

Nécessitant l’adaptation des têtes de bouchage, l’utilisation des bouchons Syncor a posé quelques soucis de réglages. Doublés d’une importante coupure de courant (qui a empêché Vitisphere de couvrir l’opération de bouchage en direct). Photo : Sébastien Ladeuix.

Chiffres clés

Fondé en 2009, Aquitaine Millésime propose aussi bien des bouchons en liège traditionnels que des bouchons injectés à base de bois (53 % de paillettes de hêtre, reste de liants polymères et silicones). Aujourd’hui, ses ventes s’élèvent à 1,4 million de bouchons (moitié traditionnel-moitié injectés). Commercialisant aussi des barriques en chêne hongrois, la société a réalisé un chiffre d’affaires de 400 000 euros en 2015.

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