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En chiffre

Le positionnement de l’offre française menace-t-il l’équilibre de la filière ?

Lundi 05 septembre 2016 par Marion Sepeau Ivaldi
Article mis à jour le 06/09/2016 09:28:38

L’Hexagone consomme environ 20,48 millions d’hl de vins tranquilles français.
L’Hexagone consomme environ 20,48 millions d’hl de vins tranquilles français. - crédit photo : DR
L’augmentation de l’importation des vins étrangers en France, et notamment espagnols, suscite une peur d’affaiblissement de la filière française. Mais, l'analyse par grand équilibre économique laisse penser que le positionnement de l'offre française la fragilise.

Les importations espagnoles constituent-elles une menace réelle pour la filière française ou sont-elles seulement révélatrices d’une fragilité de la filière ? Au vu des grands équilibres de marché, il semble que ce soit du côté du positionnement de l’offre française qu’il faille s’inquiéter.

La France produit environ 35 millions d’hl de vins tranquilles (46 millions d’hl en moyenne quinquennale auxquels il faut retirer les vins destinés à l’élaboration de champagne et cognac, soit environ 11 millions d’hl). Côté consommation, l’Hexagone consomme environ 20,48 millions d’hl de vins tranquilles français (1).

La différence entre la production de vins tranquilles français et la consommation de vins français en France, soit 14,42 millions d’hl, représente le disponible en vins français toute catégorie confondue. Or, d'après les Douanes françaises, la France a exporté 12,2 millions d’hl. Le disponible est donc supérieur à ce qu’exporte réellement la France.

3,52 millions d’hl sans acheteurs

La part de vins étrangers sans indication géographique réexportés depuis la France représente 11 % des exportations françaises, soit 1,3 million d’hl (source : Douanes françaises). La France exporte donc 10,9 millions de vins tranquilles françaises toutes catégories confondues. Il y a 3,52 millions d’hl qui ne trouvent pas preneur. Gageons que ces vins se retrouvent dans les stocks au commerce qui s’élèvent à 21,3 millions d’hl pour la campagne 2014/2015.

Pourquoi un tel excédent ? Peut-on imputer aux importations étrangères son existence ? La question revient à examiner de plus près la catégorie des vins sans indication géographique. Dans un contexte où le commerce international continue de progresser, comme l’attestent les chiffres de l’OIV, la France exporte un volume de vins sans IG qui stagne depuis deux campagnes (14/15 et 15/16). Les vins de France connaissent un léger repli de volume (-160 000 hl), tandis que les vins étrangers sont en croissance douce (+120 000 hl). Cette croissance s’accélère d’ailleurs en 2016. L’Anivin prévoit 1,1 million d’hl de vins SIG étrangers réexportés depuis la France en 2016 (contre 760 000 hl en 15/16, selon les Douanes françaises). L’origine française peine donc à répondre aux attentes du marché extérieur, ce que semble a contrario permettre l’origine étrangère, de par son positionnement de prix bien inférieur à l'entrée de gamme français. Cette tendance peut laisser penser que la France pourrait devenir une place de réexportation de vins…

Et du côté de la consommation intérieure ? La consommation française se contracte de 1,2 % entre 2014 et 2015, selon les estimations de l’OIV. Ce recul est concomitant à l’augmentation de la consommation par les Français de vins tranquilles étrangers : sur les linéaires de la GD française, les ventes de vins sans indications géographiques étrangères sont en hausse de 10 % (au premier semestre 2016), selon l’Anivin. Le recul réel de la consommation de vins tranquilles à IG français est donc bien plus rapide que 1,2 %. Et il est clair qu’une partie de la population française trouve son compte dans l’offre des vins étrangers, même si certains sont vendus en jouant une certaine confusion comme l’a relevé la FNSEA cet été. Il n’en demeure pas moins que la demande est bien là.

La grande distribution a un poids relatif en matière de VSIG

Quelle est la part de responsabilité de la grande distribution dans la croissance de ces vins étrangers ? En grande distribution, le volume de vins sans indications géographique d’origine étrangère vendu est de 1,2 million d’hl, selon les estimations IRI au premier semestre 2016. Mais celui vendu dans les autres canaux de distribution tels que les cavistes, le hard discount (…) représente 2,4 millions d’hl. De quoi relativiser, le rôle de la GD dans la problématique des importations étrangères. Ce déséquilibre se retrouve aussi dans la distribution des Vins de France. Leur volume commercialisé dans l’Hegaxone s’établit à 1,7 million d’hl, d’après les estimations IRI du premier semestre 2016  La grande-distribution en écoule 557 000 hl. Le reste des volumes part dans d’autres circuits de distribution : restauration collective, hard discount, etc…

Alors que faire ? Faut-il poursuivre une orientation stratégique axée sur les Indications géographiques ? Si la réponse est oui, il faudra sans nul doute réduire la taille du vignoble pour maintenir l’équilibre car il faudra adapter la production au surplus dont on connaît l’issue économique à plus ou moins long terme. Il est en effet possible de continuer à replier des vins à IG en vins de France en assumant une perte de profit puisque les coûts de production sont élevés, une perte de part de marché sur la catégorie des VSIG (puisque le prix des vins de France est supérieur au prix moyen mondial), une croissance des importations et réexportations étrangères (puisque la demande existe, il faut bien la nourrir). C’est d’ailleurs déjà le cas : l’Anivin estime que 600 000 hl de vins sans indication géographique sans mention de cépages ont été perdus par la France au profit de l’Espagne en 2016. L’autre solution est d’envisager de créer un vignoble dédié à l’entrée de gamme, comme le suggère le négoce depuis des années. Pour Bruno Kessler de l’AFED, c’est un vignoble de 20 000 hectares qu’il faudrait pour pouvoir répondre à cette demande. Mais, en admettant que ce vignoble prenne forme (ce qui suppose irrigation, politique volontariste d’accès à l’eau, contrats commerciaux pérennes…), il faudra aussi trancher sur le devenir des IG actuellement repliées. Et là, la solution reste bien délicate à trouver.

 

(1)    La consommation taxée française est établie à 27,2 millions d’hl par la DGDDI auxquels il faut retirer les vins d’origines étrangères et la consommation d’effervescents. La consommation de vins d’origine étrangère est de 600 000  d’hl de vins d’AOC/IGP étrangères (Porto, DOCG…) et 4,32 millions d’hl sans indication géographique destinés à l’entrée de gamme. La consommation d’effervescents français s’élève à 1,8 million d’hl en 2014 (source : FranceAgriMer). L'estimation ne tient pas compte de la consommation de vinaigre, eaux de vie....

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Mareschal Le 10 septembre 2016 à 13:48:02
Oui à 4,32Mhl sans IG il faudrait 21000 hectares à 200 hectos/hectare: qui le fait et avec quelle terre , quel arrosage,quel cépage? à 150hecto /hectare ca fait 30 000 hectares à spécialiser, plus facilement. Mais à 35€/hecto( prix espagnol ça fait 5250€ /hectare, esce que ça couvre les charges et l'amortissement? Arrêtons aussi de nous voiler la face avec les importations d'argentine ou du chili devenu espagnol! de plus les négociants qui sont les grands gagnant,ça rentre et ça sort à l'export . On nous étrangle en ne retirant pas ce qu'ils ont commandé en France. A quand un nouveau Lactalis?
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