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Brésil

Quand le vin et le sport font bon ménage

Lundi 29 août 2016 par Sharon Nagel
Article mis à jour le 01/09/2016 17:54:32

Quand le vin et le sport font bon ménage
- crédit photo : Wines of Brazil
Qui a dit que le vin et le sport n’étaient pas faits pour s’entendre ? Ce n’est, en tout cas, pas l’avis des Brésiliens dont le secteur vitivinicole a cherché à profiter au maximum des Jeux Olympiques de Rio pour donner un coup de projecteur aux vins nationaux.

Les JO, une opportunité à ne pas manquer

Les grands événements sportifs n’auront pas manqué cet été et avec eux, des occasions pour promouvoir les vins locaux. Après la polémique entourant le Tour de France – illustrant parfaitement la manière dont certains pays producteurs cherchent à capitaliser sur la médiatisation de ce type d’événement – les Jeux Olympiques de Rio ont été saisis par la filière brésilienne comme une occasion parfaite pour mettre leurs vins sur le devant de la scène. Des dizaines d’opérations ont été programmées avant, pendant et après les Jeux « afin de montrer le potentiel des vins élaborés sur le territoire brésilien », a annoncé l’Institut brésilien du vin, IBRAVIN, maître d’œuvre des actions, avec le soutien de l’agence nationale des exportations et de la promotion des investissements, APEX-Brazil.

Les cavistes anglais impliqués

Outre des dégustations visant à la fois les journalistes présents aux JO, les prescripteurs et le grand public, IBRAVIN a mis en place un programme de formation des professionnels de l’hôtellerie en amont de l’événement pour assurer une mise en avant optimale des vins brésiliens auprès d’un public national et international. Il a également mis en œuvre une campagne sur les réseaux sociaux et un concours d’habillage de vitrine chez les cavistes britanniques. « Le Royaume-Uni fait partie des marchés cibles de Wines of Brazil et des actions comme celles-ci permettent de renforcer l’image des vins brésiliens et de créer un vrai courant d’affaires », a affirmé Dirceu Scotta, président d’IBRAVIN. Les magasins ayant la présentation des vins brésiliens en vitrine la plus attractive, les offres les plus alléchantes et les meilleurs résultats commerciaux seront primés, une fois que le concours sera terminé, le 12 septembre. Du matériel PLV a été fourni – bannières, t-shirts, gobelets, sacs à glaçons etc – et le lauréat se verra offrir un voyage pour aller visiter la région viticole de Serra Gaucha et ses exploitations viticoles. En 2014, durant la Coupe du Monde de football, un concours similaire a vu la participation de 91 cavistes, nombre nettement supérieur aux 40 attendus.

Une notoriété défaillante

Sur place au Brésil, et notamment à Rio de Janeiro, une opération intitulée « Cheers for Brazil » ou « Santé au Brésil », a réuni le 11 août six wineries brésiliennes pour faire la promotion des vins tranquilles et effervescents et des jus de raisin auprès des prescripteurs, touristes et grand public, tout en les associant au succès des sportifs brésiliens médaillés. L’objectif était d’apporter des informations sur les particularités des vins brésiliens et d’en accroître la notoriété. Car, le Brésil a beau produire quelque 2,8 millions d’hectolitres par an, soit autant que la Grèce ou la Hongrie, il souffre d’un manque de notoriété particulièrement handicapant. En supposant que les polémiques entourant les JO n’auront pas eu de répercussions négatives sur les efforts promotionnels du secteur vitivinicole, les consommateurs locaux pourraient venir à sa rescousse. Le Brésil, qui consomme plus de vin que le Chili – avec, il est vrai, une population sans commune mesure – pourrait permettre à la filière d’asseoir sa réputation, dès lors que le contexte économique local s’améliore.

Baisse des ventes liées à la conjoncture

Pour l’heure, les ventes de vins locaux sont globalement en baisse mais la tendance s’explique par des facteurs conjoncturels. Une baisse de récolte cette année et augmentation consécutive du coût des matières premières ainsi qu’une hausse du prix des intrants et des taxes sur le vin – entrée en vigueur en décembre 2015 – ont eu un impact négatif sur les ventes au premier semestre de cette année, notamment des vins d’entrée de gamme. En effet, si les vins de table régressent de près de 6%, ceux issus de raisins vinifera ont progressé de 9%. « Le secteur vitivinicole n’est pas déconnecté de l’économie nationale », explique Dirceu Scotta. « Mais par rapport à d’autres secteurs, la baisse n’a pas été aussi drastique. Peut-être que si nous avions été en mesure d’inverser la montée de l’IPI [ou impôt sur les produits industrialisés], nous aurions pu atteindre le même résultat que l’an dernier ». Les importations de vins tranquilles ont, quant à elles, progressé (+5%), entraînant une augmentation de 6% de la consommation de vin au Brésil selon IBRAVIN.

La promesse des effervescents brésiliens

S’il est un segment qui pourrait servir de fer de lance à la filière brésilienne, ce sont les effervescents. Certains journalistes et professionnels internationaux affirment que les bulles brésiliennes tiennent le haut du pavé dans leur catégorie en Amérique du Sud. Leur mauvaise performance sur le marché national au premier semestre (-9,5% pour les vins brésiliens ; -30% pour les effervescents importés) serait liée à des facteurs, là aussi, conjoncturels : des achats par anticipation en fin d’année dernière suite à l’annonce de l’augmentation de l’IPI, et une météorologie peu propice à la consommation d’effervescents. Ainsi, le secteur attend une reprise des ventes au cours des prochains mois. Les JO n’y seront peut-être pas étrangers, la mode internationale du Prosecco non plus.

Une présence à la Cité du Vin à Bordeaux

Enfin, la production brésilienne a d’autres atouts qui laissent augurer d’une implantation plus réussie à l’international au cours des années à venir. Elle offre une diversité variétale très importante – même si elle manque encore de fleuron à l’instar du tannat uruguayen ou du malbec argentin – et son style de vinification est proche des pratiques européennes, lui ouvrant les portes d’un vaste marché europhile. La présence de 15 cuvées brésiliennes à la Cité du Vin à Bordeaux lui donne aussi une visibilité importante auprès d’un public potentiel d’un demi-million d’oenophiles par an. Le début, peut-être, d’un vrai marathon à l’export…

Tags : Brésil

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