LE FIL

Jazz in Marciac

Avec Lisa Simone, le Gers écoute la voix de la confiance en soi

Samedi 06 août 2016 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 09/08/2016 12:29:28

« Ain't got no money, ain't got no class » scande Lisa Simone, enflammant cette soirée du trois août avec l’un des titres phares de sa mère, Nina Simone.
« Ain't got no money, ain't got no class » scande Lisa Simone, enflammant cette soirée du trois août avec l’un des titres phares de sa mère, Nina Simone. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
De sa voix rageuse et de son corps chaloupé, la chanteuse exprime sa volonté de dépasser son nom, qui la porte autant qu'il lui pèse. Un paradoxe qui n’est pas sans rappeler la relation du vignoble gascon avec le Gers.

Réputé parmi les scènes d’été, le festival de Jazz in Marciac a su rester sans prétention. A sa 39 ème édition, le rendez-vous des amateurs de swing n’est pas sans rappeler l’image d’Epinal que sont les fêtes de village du Sud-Ouest. A côté de la place centrale, méconnaissable avec son fourmillement de stands d’armagnacs et autres charcuteries, le chapiteau trône dans un modeste stade (à défaut d’arènes). Modeste scène, ouverte aux quatre vents quelle que soit la star s’y produisant.

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Faisant l’impasse sur les sangrias et autres gin-tonics de férias, les bars de Jazz in Marciac servent principalement des gobelets de bière, mais aussi de vins du cru. L’union coopérative de Plaimont comptant parmi les partenaires de l’évènement. Mais lors de l’entracte de la chaude soirée du trois août, que Plaimont Producteurs parrainait, ce n’étaient pas des verres de tannat qui étaient réclamés, mais des glaces. « Un magnum avant Lisa Simone » entendait-on résonner avec bonheur dans les allées.

De qui suis-je la fille ?

Se définissant comme un guerrière sur scène*, Lisa Simone resplendit sous une robe qui n’en reste pas moins de camouflage. Si elle revendique la fierté de sa filiation avec l’iconique chanteuse Nina Simone, reprenant certaines de ses chansons avec bonheur, elle ne dit pas le plus important : son désir vibrant de reconnaissance en tant qu’individu, au-delà de l’héritière portant le nom de sa mère. Dont la célébrité lui garantit des concerts à guichets fermés, reconnaît-elle d’un sourire doux-amer.

Si cette « fille de » témoigne d’un vif besoin de reconnaissance, le vignoble du Gers se trouve face à un enjeu d’héritage somme toute similaire. Si son patrimoine offre un cadre touristique séduisant, son complexe d’infériorité patentée persiste (il est vrai que la proximité de territoires aussi fiers et identitaires que le pays Basque a de quoi inhiber).

Désirs de gascon

Pays de petits diseux, le Gers est cependant une terre de grands faiseux. En témoigne Jazz in Marciac, un évènement qu’il était loin d’être évident d’implanter dans le Gers il y une quarantaine d'années. Fiers d’accueillir autant de têtes d’affiche (notamment le légende pianiste Ahmad Jamal) et de passionnés du monde entier (200 000 visiteurs sur trois semaines), les opérateurs du Gers commencent maintenant à imaginer élargir ce succès à d’autres outils touristiques. A commencer par le vignoble, tel l’ambitieux projet des caves de Plaimont avec l’abbaye de Saint-Mont.

Pour transformer ces bonnes volontés en réalité, la leçon donnée par Lisa Simone est tout simplement d'avoir confiance en soi avant de s’affirmer aux autres. Dans l’enthousiasme du concert, les réserves et les timidités ont sauté avec un public partageant de ses applaudissements une véritable communions des émotions.

 

* : Avant d’entamer une carrière de chanteuse, elle a servi dans l’armée américaine (notamment pendant la guerre du Golfe).

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