LE FIL

Offre et demande

Trois questions à Florent Guhl, nouveau directeur de l’Agence Bio

Mardi 12 juillet 2016 par Alexandre Abellan

 Ayant géré des projets d’assainissement des eaux sur le territoire bordelais par le passé, Florent Guhl retrouvait la Gironde lors de son passage sur le salon Tech & Bio, ce 7 juillet à Montagne.
Ayant géré des projets d’assainissement des eaux sur le territoire bordelais par le passé, Florent Guhl retrouvait la Gironde lors de son passage sur le salon Tech & Bio, ce 7 juillet à Montagne. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
A l'occasion du changement de tête à la direction du groupement d’intérêt public pour l’agriculture biologique en France, point sur les orientations de l’évolution du vignoble bio.

En poste depuis douze ans, Elisabeth Mercier vient de céder la direction de l’Agence Bio à Florent Guhl. La première rejoint l’inspection générale du ministère de l’Agriculture, quand le second vient de quitter le service du développement des filières agroalimentaires de la rue de Varenne.

En 2015 les vins et spiritueux bio ont affiché une nouvelle croissance de leurs ventes en France, quelles sont les tendances 2016 ?

Florent Guhl : L’an dernier, la progression de la commercialisation de produits bio a connu une nouvelle accélération, avec une progression de 10 % (pour 5,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires). On s’attendait à une belle croissance, mais pas d’autant. Et 2016 est visiblement encore plus costaud. D’expérience, je sais qu’il n’est pas facile de prédire les comportements de consommation. Mais on est sur une tendance, une fois que le phénomène est parti, il prend de l’ampleur.

Nous avons la chance d’avoir une filière qui est pilotée par la demande. L’Agence Bio a un rôle d’accompagnement pour que le signal aval soit bien transmis aux producteurs. Ce n’est qu’en sécurisant les prix et la reconnaissance que l’on pourra passer le seuil actuel des surfaces viticoles en bio : 9 % du vignoble national.


 

Vous parlez de seuil, mais cela ressemble plus à un palier… Notamment avec la vague de déconversion qui secoue la vallée du Rhône à cause de cours trop faibles.

Effectivement, le dispositif est fragile. Comme la sécurisation économique de toute la chaîne de valorisation des produits. De 2012 à 2014, on a vu les surfaces en conversion se tasser et des déconversions. Mais depuis 2015 cela repart, pas aux taux de 2007-2011, certes. Mais il ne faut pas s’imaginer que le développement de la bio va être croissant parce que la demande est croissante. Il sera toujours question d’agriculteurs qui n’arriveront pas à trouver leur place. Le prix de vente est un moteur de conversion, mais il ne doit pas être le seul. On ne peut pas considérer que le fait qu’un vin soit bio soit un facteur de surcoût par rapport à un vin non-bio. C’est important pour recruter de nouveaux consommateurs. Et démocratiser la bio, qui a paradoxalement encore une image élitiste.

 

Cette aspiration à la diffusion au plus grand nombre passe notamment par la Grande Distribution, qui, par essence, fait courir un risque aux cours…

On met en garde la GD : vous ne devez pas casser les prix. Du moins au sens où il y a une réduction de la rémunération des agriculteurs. S’il s’agit d’économies d’échelles permises par leurs réseaux de distribution, c’est différent. C’est une bonne chose qu’il y ait cette opportunité de démocratisation. On voit que les vins bio sortent de leur confidentialité. Ils se sont clairement installés dans la restauration. Ce n’est plus la même offre qu’il y a dix ans : un restaurant sur deux a des vins bio à la carte, et il propose en moyenne cinq références.

L’enjeu dans cette phase de démocratisation, c’est de ne pas perdre la proximité entre le consommateur et le producteur bio. 41 % des ventes de vins bio en France sont réalisées en direct, chez l’exploitant.

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