LE FIL

Revue de presse

Comme au ciel

Vendredi 10 juin 2016 par Catherine Bernard

Comme au ciel
- crédit photo : Pixabay
A Paris, Buenos Aires et New York, le vin coule à flots. On le boit avec la bénédiction du pape François. On ne verra pas néanmoins l’affiche publicitaire d’InterRhône où un cadre monte au ciel, interdite par la justice. Le glyphosate sera-t-il, lui, interdit  à la fin de ce mois ?

Paris, Buenos Aires, New York

Encore un palmarès. Le site MSN publie celui des « dix plus grandes villes consommatrices de vin dans le monde ». La plus haute marche du podium est, selon « une vaste étude menée par l’Inseec Wine & Spirits Intistute » détenue par Paris : « Avec une consommation estimée à 5,23 millions d’hectolitres, Paris s’impose comme la ville la plus amatrice de vin dans le monde ». Vient ensuite Buenos Aires, avec 3,43 millions d’hectolitres. MSN commente : « Ce sont dans ces grandes villes que sont nés, par exemple, le développement de la consommation de vin au verre dans les restaurants ou les bars à vin, le succès des vins rosés, ou le fort développement des vins effervescents du monde entier ». Londres, 4ème du palmarès « adhère aussi à ce cercle des villes ouvertes, tout comme New York, 5ème ». La RVF décrit à sa manière le phénomène à New York : « Le vin est devenu le nouveau roi de l’époque. Longtemps réservé à une élite, il était jugé intimidant, trop ritualisé, hors d’accès. Aujourd’hui, les New-Yorkais cosmopolites veulent tout goûter, avec une soif d’apprendre étourdissante. Les vingtenaires et trentenaires vivent leur passion à fond, fascinés par la culture du vin, l’érudition des connaisseurs, les vignerons-aux-pieds-dans-la-terre qui produisent des merveilles. Tout ce que New York compte de jeunesse branchée recherche des bouteilles qui racontent une histoire, un lieu, un soleil, un climat ». Michaël Engelmann, chef sommelier au Modern, le restaurant étoilé du musée d’art moderne de la ville témoigne : «  New York, c’est la meilleure ville au monde pour le vin en ce moment, peut-être avec Londres ». Le journaliste confirme l’analyse du Wine & Spirit Institute : «  Ces cinq dernières années, les bars à vins ont poussé sur les rives de l’Hudson comme des pieds de vigne à Margaux. Des lieux sophistiqués à la cuisine raffinée, mais aussi des spots plus bruts et branchés. « D’une certaine façon, c’est de la faute de Paris », affirme Patrick Cappiello, sommelier français au style décontracté, très respecté dans la profession et qui officie au Rebelle, nouvelle adresse culte du quartier de Nolita. « Quand on va déguster en France, quelle que soit la région, on passe par Paris, résume-t-il. Effet concomitant, « le nombre d’importateurs et de distributeurs a explosé (…) Souvent, ce sont d’anciens sommeliers établis à leur compte ou des importateurs qui quittent une grande entreprise pour monter leur propre boîte, avec une sélection restreinte mais pointue de vins ». La RVF conclut et résume : « Point notable, cette prodigieuse effervescence fait les affaires de la France et de ses vins (…) Seul Bordeaux souffre».

 

Avec la bénédiction du pape

Nous pouvons boire du vin avec la bénédiction du pape. « Tandis que l’eau est nécessaire pour vivre, le vin, lui, exprime l’abondance du banquet et la joie de la fête. C’est ce qu’a assuré le pape François, lors de l’audience générale sur la place Saint-Pierre, mercredi 8 juin. Commentant le récit évangélique des Noces de Cana, le pape a ajouté : « Une fête de noces où le vin manque fait honte aux nouveaux époux. Imaginez de finir la fête de noces en buvant… du thé ! Le vin est nécessaire à la fête », rapporte le quotidien La Croix. Devant 20 000 personnes rassemblées, le pape a ajouté : « À Cana, les disciples de Jésus deviennent sa famille et la foi de l’Église naît. Nous sommes tous invités à ces noces, pour que le nouveau vin ne manque plus ! » Le blogueur Vincent Pousson prend la balle au rebond dans Idées liquides et solides : « En écoutant ce pape-la, ce jésuite, elle ne me déplaisent pas tant que ça. Je ne sais pas si je ne vais pas aller me déboucher un bon malbec argentin (si, si, ça existe…), à la santé de Jorge Mario Bergoglio. Voire un bon vieux châteauneuf-du-pape… ». Il nous offre deux tableaux des Noces de Cana, dont celui de Véronèse, incroyablement païen, et fait le parallèle et la transition avec un interdit frappant les Côtes du Rhône.

 

L’affiche d’InterRhône interdite

Vitisphere nous apprend en effet que l’affiche publicitaire d’InterRhône décrivant un cadre cravaté s’envolant joyeusement accroché au pied d’un ballon de rouge a finalement été interdite par la justice. « L'Anpaa avait fait appel de la décision du tribunal de grande instance de Paris qui avait autorisé, par une ordonnance du 7 janvier 2015, le maintien des visuels de la campagne publicitaire d'InterRhône « Au goût de la vie ». Seul un changement de slogan avait en effet été exigé, ce que l'interprofession avait fait en le remplaçant par « Des vins hauts en couleur ». La cour d'appel de Paris vient de rendre la décision de cet appel par un arrêt datant du 27 mai 2016. La campagne de publicité est définitivement interdite. Elle y « ordonne la suppression de tout support publicitaire et notamment sur tout support papier et support de communication en ligne, la mise en scène d’un personnage en costume de ville tenant une sacoche dans la main droite, accroché à un ballon de baudruche rouge par la main gauche et s’élevant dans le ciel au-dessus d’une ville grise associée au slogan Côtes du Rhône». Chagall pourrait-il encore peindre son « Double portrait au verre de vin » exposé au Centre Georges Pompidou ?

 

Glyphosate

Le Monde de ce mercredi 18 juin consacre une page au glyphosate. Le quotidien qui suit de près le feuilleton de cette molécule en discussion à Bruxelles observe : « La Commission européenne n’est pas parvenue à faire accepter par les Etats membres lundi 6 juin, une réautorisation provisoire du glyphosate en Europe, ce pesticide controversé  ». Le Monde croit savoir que « la Commission ne s’attend pas à ce que le comité d’appel permette de trouver une issue ». Les journalistes Pierre Le Hir et Martine Valo s’interrogent : « Y a-t-il des alternatives à l’herbicide le plus vendu au monde ? ». Ils font répondre Christian Huyghe, directeur scientifique adjoint de l’Inra : « La nocivité du glyphosate vient surtout du fait que, depuis qu’il est apparu, les agriculteurs ont tendance, pour se simplifier la vie, à abandonner les labours et les rotations de cultures : il leur suffit de passer un coup de Roundup pour pouvoir semer à nouveau derrière. Ce procédé a pour effet d’uniformiser le territoire agricole et de réduire la biodiversité ». Le glyphosate est le symptôme de notre agriculture. « On ne peut que constater un rapport direct entre la taille d’une exploitation et cet herbicide : les très grandes exploitations y ont le plus recours et font proportionnellement travailler moins de monde ». Toujours dans Le Monde, Guillaume Riou, le secrétaire national de l’agriculture biologique résume : « Nous sommes en face de choix politiques. Il reste 450 000 paysans en face de 65 millions d’habitants ». Le glyphosate est plus structurant que la PAC. Le Huffington Post retrace le feuilleton de cette guerre de tranchée depuis son premier épisode en mars 2015.

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