LE FIL

Désherbage

Sur la sellette, le glyphosate apparaît pourtant nécessaire

Mercredi 13 avril 2016 par Christelle Stef
Article mis à jour le 19/04/2016 10:29:56

Le glyphosate est la matière active incontournable des programmes de désherbage. Son interdiction laisserait les viticulteurs avec très peu de solutions chimiques pour entretenir leur sol.Le glyphosate est la matière active incontournable des programmes de désherbage. Son interdiction laisserait les viticulteurs avec très peu de solutions chimiques pour entretenir leur sol. - crédit photo : DR
Le glyphosate est en cours de réévaluation au niveau européen alors que le débat sur sa dangerosité ne cesse de rebondir. Sa disparition signerait la fin du désherbage chimique, estiment les viticulteurs et distributeurs.

Exit le glyphosate ? « Je n'ose pas l'imaginer. Cette matière active est la pierre angulaire de l'entretien des sols dans notre région », indique d'emblée Pascal Maran, d'Océalia, le groupe coopératif issu de la récente fusion entre Charentes Alliance et Coréa Poitou-Charentes. Dans l'ancien fief de Ségolène Royal, le sujet fait grincer les dents. « Si cela arrive, je dis vivement la retraite ! » lâche le chef de culture d'un grand domaine.

Absence de solutions de rechange

Éric Leroux, viticulteur sur 22 ha à Saint-Palais-de-Phiolin, en Charente-Maritime, ne voit pas non plus comment s'en passer. « Mes vignes sont enherbées un rang sur deux et je travaille l'autre rang. J'applique des herbicides uniquement sur la ligne des souches. Si on nous le retire, il ne nous restera plus grand-chose comme herbicide. Il faudra travailler les sols partout ce qui va nous prendre un temps considérable. Il nous faudra surtout plus de main-d'oeuvre alors qu'on a déjà du mal à en trouver. »

Directeur du pôle Rhône-Méditerranée de l'IFV et président du Columa Vigne, Éric Chantelot se montre encore plus tranchant. Pour lui, la disparition du glyphosate « signerait la fin du désherbage chimique des vignobles ». Il explique qu'il n'y a pas d'herbicide de post-levée équivalent et que les produits de prélevée ne peuvent pas être employés sans post-levée à large spectre.

« Les viticulteurs doivent déjà se passer de l'aminotriazole, souligne-t-il. Quant au glufosinate d'ammonium, il n'est pas systémique. Et son classement toxicologique le pénalise. »

« Le glufosinate ne peut pas être appliqué en mélange avec un herbicide de prélevée, ajoute Pascal Maran. Sans compter que les quantités disponibles sont limitées et qu'il coûte plus cher que le glyphosate. »

Les coformulants en cause

Le glyphosate est en cours de réévaluation au niveau européen alors que le débat sur sa dangerosité ne cesse de rebondir. En mars 2015, le Circ (Centre international de recherche sur le cancer) a classé la molécule comme « cancérogène probable chez l’homme ». Quelques mois plus tard, l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) concluait que ce risque était « improbable ». C’est dans ce contexte que la commission européenne doit se prononcer d’ici juin sur la réhomologation de la matière active.

En France, l’Anses indique dans un avis publié le 12 février que le classement du glyphosate comme cancérogène avéré ou présumé pour l’être humain n’est pas justifié. En revanche, elle suspecte les coformulants, en particulier la tallowamine. Cette agence procède «à la réévaluation des autorisations de mise sur le marché des préparations associant glyphosate et tallowamine ». Plusieurs produits homologués en viticulture sont concernés parmi lesquels le Roundup. Ces produits pourraient être retirés du marché. En revanche, les nouvelles formulations comme Roundup Innov ou Roundup Gold ne contiennent pas de tallowamine.

 

La Vigne publie dans son numéro d’avril 2016, paru le 12 avril, une enquête détaillée sur l’utilisation du glyphosate en viticulture en France, les conséquences pour les viticulteurs de son éventuelle interdiction et sur les raisons qui poussent les autorités à remettre en cause cette matière active.

 

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