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Revue de presse

Les revues déboutonnent le monde du vin

Vendredi 01 avril 2016 par Catherine Bernard

Les revues déboutonnent le monde du vin
- crédit photo : DR
Pour son 600ème numéro la vénérable Revue du Vin de France fait peau neuve et élargit son spectre. Le Rouge et le Blanc ouvre un dossier à charge contre la gestion des appellations d’origine. Glourafil déboutonne le monde du vin. Jim Harrison et Paul Pontallier, disparus, leur œuvre demeure.

Le N°600 de la RVF et le coup de gueule du Rouge et le Blanc

Six cents numéros et la Revue du vin de France fait peau neuve. Son rédacteur en chef, Denis Saverot, y pose à la manière des tableaux graciles du XVIIIème, en complet cravate, un verre de blanc bouton d’or à la main, derrière un tableau que l’on devine classique, encadré de profondes dorures. Le papier est toujours glacé. L’intemporalité est signifiée. Dans son éditorial Denis Saverot explique : « D’une certaine façon, c’est en nous inspirant de la vitalité de la Côte Rôtie que nous avons bâti ce numéro 600 (…) Plusieurs nouveautés sont au menu. Un débat autour d’une bouteille emblématique, en l’occurrence le Mas Daumas Gassac 1995, une interview décalée, les vins qu’achètent à titre personnel nos dégustateurs ». Lui a choisi « un chiroubles en pensant à (son) grand-père ». Eh oui, les dégustateurs sont des amateurs comme les autres, guidés par un fil d’Ariane singulier. La confrontation de deux dégustateurs renvoie à la tribune des critiques de France Musique. A propos donc du Mas de Daumas Gassac 1995, Olivier Poels s’interroge : « Mais où se trouve l’identité du terroir ? ». Pierre Citerne : « Voilà posée l’épineuse question de la capacité des cépages à retranscrire le « message territorial », culturel autant que gustatif... ». On lira avec attention l’enquête sur les concours et les médailles. Cela rend humble.

Pendant ce temps, la revue le Rouge et le Blanc emprunte la contre-allée. Sous le titre « Appellations d’origine prohibée », l’éditorial annonce un dossier à charge sur le système hiérarchique français des vins. « Il y a vingt ans déjà, le Rouge et le Blanc avait plongé son nez dans la grande soupe des AOC : en 1995, son comité avait collaboré à une dégustation comparée de vins français d’AOC et de vins étrangers destinée à étayer un article de la revue Que Choisir dont la parution avait fait grand bruit. Le résultat avait choqué et plus encore                                        les propos du président de l’Inao de l’époque, Alain Berger, qui déclarait dans le texte : « On peut trouver sur le marché des produits scandaleux auréolés de l’AOC ». Ainsi commencent Philippe Barret et Philippe Bouin. Vingt ans plus tard, ils dressent un constat d’échec : « On aboutit ainsi au paradoxe de voir des vignerons opter pour la catégorie Vins de France, beaucoup moins contraignante, et produire des vins qui s’arrachent à 30€ la bouteille, alors qu’une visite au premier supermarché venu permet de s’offrir autant de vins qu’on le souhaite d’AOC diverses et variées en dessous de 6€ la bouteille ». Les deux auteurs rentrent dans les coulisses, convoquent l’Alsacien Marcel Deiss, Jaques Berthomeau blogueur et auteur du rapport Cap 2010, René Renou, ancien président de l’Inao, décédé. Ils tranchent. Selon eux, la réforme de 2008 « est surtout administrative ». Ils observent : « Le canevas, préétabli par l’Inao, est le même pour tous et, de plus en plus souvent, les exigences de qualité du travail formulées par les ODG sont retoquées par Paris. Ainsi l’interdiction du désherbage total souhaitée par les vignerons de Chaumes : refusée. L’exigence de la culture bio demandée par la quasi totalité des vignerons des Baux de Provence : refusée ». Ces demandes environnementales explique en effet l'Inao ne rentrent pas dans le strict périmètre de la certification de l'origine, qui a toutefois mis en chantier la question de l'introduction de l'agro-écologie dans les cahiers des charges. Le Rouge et le Blanc appelle au débat : « Dans notre prochain numéro, nous reviendrons sans doute sur ce thème en fonction des réactions du monde viticole et … des vôtres ».

 

 

Le Glourafi

Alexandre Abellan attire cette semaine notre attention dans Vitisphere sur un nouveau venu dans l’actualité du vin : le Glourafi. « Depuis décembre dernier, les vignerons, négociants et amateurs de la dive bouteille ont droit à leur fil d’informations parodiques : le Glourafi. Actuellement suivi par 1 500 personnes, ce compte Twitter propose un regard aussi joyeusement décalé qu’impertinent sur l’image et les usages de la filière viticole ». Il précise : « le Glourafi définit son projet comme « un endroit où l’on blague plus ou moins sérieusement, avec plus ou moins de réussite, mais qui permet de causer du vin autrement ». On n’en saura pas davantage sur qui se cache derrière le fil : « Peu importe la provenance de ces écrits, la légitimité d’une rédaction n’étant en aucun cas liée à une simple qualification professionnelle. Il est préférable d’être jugé sur les résultats d’un travail d’investigation que l’on espère le plus sérieux possible, et ce, au plus près d’une filière qu’il est le plus souvent agréable de fréquenter ». Telle est la réponse faite à Alexandre Abellan.

 

 

Disparition de Jim Harrison

On ne lira pas sa nécrologie dans les rubriques vin ou gastronomie. Il ne cultivait pas de vignes, ne faisait pas de vin,  n’en vendait pas davantage, il le buvait, l’écrivait, lui redonnait sa place roborative dans l’existence. Le vin et la gastronomie, ou plus exactement le boire et le manger, ces fonctions essentielles qu’on doit avoir oubliées pour accepter  de boire et manger si mal aujourd’hui, irriguent l’œuvre de l’écrivain américain Jim Harrison. « Il était tombé amoureux de la France, d’abord pour sa littérature, puis pour sa gastronomie. Jim Harrison estimait que rien ne valait un bon déjeuner « pour lutter efficacement contre la mort » et que le vin lui avait sauvé la vie, lorsque le sentiment du délitement de l’existence l’oppressait », rappelle Macha Sery dans Le Monde. Guillaume Clavaud salue dans L’Indépendant l’écrivain « qui aimait Collioure pour Machado et le vin du domaine de la Tour Vieille ». On relira jusqu’à plus soif, in Aventures d’un gourmand vagabond : « L’acte physique élémentaire consistant à ouvrir une bouteille de vin a apporté davantage de bonheur à l’humanité que tous les gouvernements dans l’histoire de la planète. Même les religions organisées sont de simples pièges à souris spirituelles, comparées au pop libérateur du bouchon, à ce couinement délicieux qui se produit lorsque vous l’affranchissez de l’étreinte mortelle du tire-bouchon. Survient ensuite ce bouillonnement grandiose du vin versé dans le verre, le même bruit que nous entendons à la source, au cœur de toutes les rivières terrestres.(…) A la radio, la météo marine annonce que les vagues vont atteindre entre sept et huit mètres de haut et que cette tempête va encore durer une journée. Sortant pour quelques instants, j’entends le rugissement du lac Supérieur qui se trouve pourtant à cinq kilomètres de ce chalet en suivant la rivière. Que puis-je faire pour la forêt environnante qui se tord maintenant dans les bourrasques? Et bien, boire mon premier verre de vin de la journée. Je débouche une bouteille de lirac, offerte par un ami. Le bruit du bouchon apaise les murs frissonnants de mon chalet en rondins ».

 

Et de Paul Pantallier

A la rubrique vin, on lira en revanche l’hommage que rend, avec toutes les autres revues vineuses,  Le Point, à Paul Pontallier, le patron de Château Margaux qui s’en est allé juste avant les primeurs. « Paul Pontallier, c'était Château Margaux. Directeur depuis 1983, Paul incarnait la modestie et l'humilité du très grand cru qui n'a rien à prouver. Chez lui, l'objectif n'était pas la démonstration de force, mais l'harmonie : « On ne saisit jamais la vraie capacité de puissance que révèle l'équilibre », disait-il. Au moment où beaucoup de monde, notamment les Américains s'enthousiasmaient pour les « vins de garage » et les prouesses des œnologues vedettes, lui croisant les bras, se balançant d'avant en arrière comme il aimait le faire quand il avait préparé une des ces saillies dont il avait le secret, un raccourci à la Jules Renard, lançait : « Ici pas d'œnologie vaudoue ! », écrit Jacques Dupont.

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