LE FIL

Revue de presse

Vieilles dentelles

Vendredi 11 mars 2016 par Catherine Bernard

Vieilles dentelles
L’heure de la mobilisation pour sauver le vignoble a sonné. Bacchus ne serait rien sans les Bacchantes. Vermouth et Marquisette ressortent des buffets des grands-mères.

Sauver les vignes

Est-ce le spectre de ce que fut le phylloxera qui fait avancer la viticulture ? Les sites et journaux ont largement repris l’annonce d’un « plan de lutte contre le dépérissement du vignoble ». L’annonce en a été faite par Jérôme Despey, président du conseil viticole de FranceAgriMer, l'organisme public qui gère l'agriculture française. « Ce plan d'action axé sur la recherche, qui sera déroulé dans ses détails le 7 avril devant la profession, prévoit un budget de 1,5 million d'euros abondé par les professionnels du CNIV, le Conseil national des vins à appellation (AOC, IGP), vins de référence à l'exportation », précise la RVF. Cité par la RVF, Jérôme Despey ajoute : « La lutte contre le dépérissement du vignoble doit être déclarée "priorité nationale" en France ». Le fait nouveau ? L’ engagement de ce plan et son financement viennent des professionnels, lesquels « attendent des pouvoirs publics qu'ils alignent un euro pour chaque euro avancé par la profession, soit un budget total de 3 millions pour la recherche ». Une fois n’est pas coutume, Le Point  publie cette semaine la contribution d’un lecteur en réaction à un bref article sur les maladies du bois. Ce lecteur n’est ni un néophyte, ni un tout à fait anonyme. Elle est signée de Jean-Michel Comme, directeur technique du Château Pontet-Canet à Pauillac, cinquième grand cru classé en 1855 et premier du classement à se convertir à la biodynamie. Extraits : « Au début du 20e siècle, un dénommé Poussard, ouvrier viticole charentais, a compris l'intérêt de respecter les flux de sève de la vigne pour éviter d'une part des pertes de vigueur et aussi limiter le développement de l'esca. Il ne connaissait même pas le nom de la maladie qu'il appelait « étoupe ». Il semble par ailleurs que l'esca a fortement progressé depuis l'arrivée du greffage.

 Donc, Poussard a compris comment limiter le développement de l'esca et il a aussi mis en œuvre une pratique curative destinée à nettoyer les zones malades sur la souche de la même manière qu'un dentiste nettoie les caries dans une dent. Cela permet de sauver environ 80 % des souches atteintes. En 1921, un certain Lafon a écrit un livre sur les travaux de Poussard détaillant entre autres la taille Guyot-Poussard. Le livre est accessible gratuitement par internet à la BNF ! Fait incroyable, pendant 100 ans, ces informations sont restées dans l'oubli. (…) Quand j'ai lu le livre de Lafon, il y a plus de deux ans. J'ai eu un sentiment de honte en repensant aux dizaines de milliers de vieux pieds qu'on a supprimés, les pensant condamnés alors que des solutions existaient ». 

Bacchantes et 8 mars

Elles seraient transparentes, invisibles. Il est rare que Bacchus soit représenté dans ses bacchanales sans les Bacchantes. Pourtant on ne les voit pas, ou plus exactement on ne les voyait pas jusqu’à ce que les femmes s’emparent de la vigne et du vin. Vitisphere nous annonce que « les Bacchantes sont à l’honneur à la galerie des Beaux-Arts de Bordeaux. Alexandre Abellan nous y invite : « Le nu, l’ivresse et la danse dans l’art français du XIXème siècle. Accueillie par la galerie des Beaux-Arts de Bordeaux, cette exposition réunit 130 oeuvres provenant de multiples musées (le Louvre, Orsay, Rodin… Et le palais Fesch d’Ajaccio). Des arts figuratifs classiques au cinéma, la collection réunie offre une vision kaléidoscopique de la Bacchante. Ou Ménade dans la mythologie grecque ». Le 8 mars, décrété journée internationale de la femme, est aussi l’occasion de rappeler la place qu’ont prise les femmes dans ce monde masculin. Jean-Michel Stahl les salue dans son blog Côté Châteaux hébergé par France 3 : « Qu’elles soient maîtres de chais, oenologues, ouvrières viticoles, propriétaires de châteaux ou encore sommelières, elles ont de quoi en remontrer aujourd’hui aux hommes. Leur professionnalisme, leur expertise et leur courage ne sont plus à démontrer ». Elles sont là en photo, de Marie-Lys Bibeyran, salariée viticole dans le Médoc et militante anti-pesticides à Sylvie Cazes, la présidente de la Fondation pour la Culture et les civilisations du vin en passant par Amandine Morillon, maître de chai du château Pique Caillou et Paulin Calvet. C’est aussi en diapos, « portraits piochés dans les archives » que Terres de Vin salue la gent féminine. Où l’on voit à la quantité de portraits, 55, que les femmes ont bien investi la vigne et le vin. « Bien sûr, il y en a beaucoup d’autres dans nos archives, vigneronnes, cavistes, sommelières ou autres professionnelles du vin, qui ont été citées ou photographiées dans le magazine, au côté de leur mari, de leur père, de leur associé ou de leur compagnon, également vigneron. Nous avons choisi de garder les photos où elles sont seules mises en lumière », précise la rédaction. Enfin Lyon Saveurs annonce un colloque suivi d’une dégustation « les femmes et le vin ». Celui-ci est organisé par Carole Gaillard-Samzun, dirigeante de Chais Elles. Ainsi sont-elles.

 

Vielles denteilles

Et voici que l’on reparle de ces apéritifs remisés dans les buffets en bois ciré des grands-mères. Dans les Cinq du Vin Marie-Mouise Banyols, sommelière de Lavinia en retraite, s’exclame : « Les vermouths sont de retour ! ». Elle commence : « Ilest 13h. ¡Fem un vermouth! disent les Catalans…¿Quedamos para tomar el vermut? disent les Madrilènes…Il ne s’agit pas d’une nouvelle mode, mais une des plus anciennes liturgies d’Espagne, qui, après quelques années de décadence, regagne du terrain, et fait de nouveaux adeptes.  «L’heure du Vermouth», en espagnol, désigne le moment de l’apéritif, l’expression est devenue générique, et fait référence à toutes sortes de boissons prises avant de manger, aussi bien une bière, qu’un verre de vin ou même un soda ! Tomar el vermut est un petit moment de plaisir social avant le repas ». Elle observe : « Le vermouth, le vrai, est redevenu tendance depuis quelque temps déjà, l’Espagne vit une véritable « revolución permutera”, le grand nombre de «vermuterias» qui se sont crées ces dernières années, le confirme. L’Espagne consomme 25 millions de litres de vermouth par an. Cette renaissance, qui a commencé à Barcelone, s’est rapidement étendue au reste du pays, notamment grâce aux bars ». Définition du vermouth : «  On dit que cette boisson fut inventée par Hippocrate, qui aurait mis à mariner des fleurs d’absinthe et des feuilles de dictame dans du vin; (…) Le mot vermouth vient en effet de « wermut », absinthe en allemand. C’est l’Italien Antonio Benedetto Carpano, le créateur du mythique Carpano Antica Formula, qui aurait été le premier à utiliser l’appellation, en 1786, inspiré par une recette d’apéritif allemand. C’est donc une préparation, un vin normalement blanc, macéré, aromatisé avec des herbes, principalement l’absinthe et l’artémise, ainsi que d’autres espèces amères et toniques comme le thym, la lavande, le cassia et l’angélique, l’anis, la camomille, la cannelle, la cardamome, le clou, la coriandre, l’écorce de quinquina, les écorces d’agrumes, la gentiane, la muscade, le cassia, la rhubarbe, la vanille, etc… ». Marie-Louise Banyols en retrace l’histoire : « Traditionnellement, il existe deux grandes familles de vermouth, l’italien (surtout produit près de Turin) et le français. Il semblerait que se soit le Piémont qui l’ait développé en rouge. A la fin du XIXème siècle, il arrive en Espagne où il connaît un grand succès. Il est introduit en Catalogne par Martini en 1893, et, c’est en 1902 que le légendaire café Turino, premier temple du Vermut, ouvre ses portes à Barcelone ».

C’est une autre légende que tente de sortir de l’oubli quatre ardéchois : la marquisette César Thibon. Le site 20 minutes raconte cette renaissance. « C’est un breuvage qui risque bien de s’arracher d’ici quelques semaines, sur les plages privées : la marquisette César Thibon. Mis au point par quatre cousins, cette boisson pétillante s’inspire de la recette de leur grand-père, qui préparait la boisson dans le plus grand secret avant chaque grand événement familial », rapporte Nicolas Bonzom. Ce dernier précise : « « C’est une boisson traditionnelle qui se boit dans les baptêmes, les communions ou les mariages, comme la soupe de champagne. Mais il y a autant de marquisettes qu’il y a de familles et de villages. Il y a cinq ans, au cours d’un repas familial, je me suis dit ''Pourquoi pas mettre notre marquisette en bouteilles ? » Selon 20 Minutes, « depuis son lancement le 15 octobre dernier, quelque 6.000 bouteilles de 25 et 75 cl ont été écoulées, et 15.000 nouvelles ont été fabriquées il y a quelques semaines ». Le passé nous tient. 

 

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