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Pr. Alain Carbonneau
« Les cépages d'Alain Bouquet sont durablement résistants, ne les bloquons plus »

Figure de l'enseignement et de la recherche viticole mondiale, le professeur retraité somme les autorités de ne plus bloquer le transfert au vignoble de cépages montrant leur résistance.
Par Alexandre Abellan Le 22 février 2016
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« Les cépages d'Alain Bouquet sont durablement résistants, ne les bloquons plus »
Alain Carbonneau ne le cache pas, ce combat est aussi sentimental pour lui, le défunt Alain Bouquet ayant été son camarade de promotion, à l’école d’Agronomie de Montpellier (ici le professeur Alain Carbonneau lors d’une présentation dédiée à Alain Bouquet, à Montpellier SupAgro le 11 mai 2011). - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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igure de l’enseignement et de la recherche viticole, le professeur retraité Alain Carbonneau est devenu le héraut des variétés résistantes à l’oïdium et au mildiou obtenues par son camarade Alain Bouquet (défunt chercheur à l’Institut National de la Recherche Agronomique). Pour ne pas dire le porte-parole de ses collègues de l’INRA Pech Rouge. « Ils accumulent les observations et dégustations en faveur de ces génotypes (baptisés rV5 et rV6*) » confie-t-il. « Et ils aimeraient répondre à la demande pressante de la profession. Mais l’INRA les bloque, qualifiant leurs résistances de monogéniques ».

Monogéniques, théoriques ?

En biologie moléculaire, un caractère monogénique est porté par un seul gène. Dans le cas d’une résistance à un pathogène, cela la rend plus facilement contournable que s’il y avait l’expression conjointe de plusieurs gènes, ce qui est le cas d’une résistance polygénique. Sur les variétés d’Alain Bouquet, si la résistance au mildiou est bien assurée par deux gènes (Rpv1 et Rpv2), celle à l’oïdium est liée à un seul gène (Run1). L’INRA se montre donc inflexible, pour préserver ses gènes de résistance en ne les déployant pas au vignoble. L’objectif du programme Résistance Durable de l’INRA est ainsi d’obtenir des cépages à résistance monogénique pour le mildiou et l’oïdium (voir encadré).

Mais pour Alain Carbonneau, l’argument théorique de la résistance monogénique des rv5 et rV6 ne tient pas devant une décennie de pratique. Et « si le géniteur, Muscadinia rotundifolia, était monogénique, il y aurait de toute façon déjà eu contournement de sa résistance… » Un raisonnement qui n’a toujours pas convaincu les décideurs de l’INRA. Mais de nouvelles découvertes pourraient changer la donne, en attestant scientifiquement d’une résistance polygénique.


Le gène majeur Run1, complété par RGA4 et RGA8

Dans un article à paraître dans le numéro de février du Progrès Agricole et Viticole (dont il est le rédacteur en chef), Alain Carbonneau estime démontrer que la résistance des variétés d’Alain Bouquet est sans conteste polygénique. Il se base pour cela sur les dernières recherches d’Angela Feechan (cliquer ici pour accéder à l’étude), qui démontre que le gène Run1 « est épaulé par des gènes complémentaires, la combinaison de leurs effets dominant les capacités du parasite ».

Reposant sur des organismes génétiquement modifiés, ces expériences démontrent que pour être totale, la résistance à l’oïdium ne doit pas reposer sur le seul Run1. Expérimentalement, les individus, obtenus par transgénèse, avec le seul gène Run1 ne sont pas assurés d’être résistants à l’oïdium (mais ils sont tolérants). Identifiés, ces gènes complémentaires ont été baptisés RGA4 et RGA8. Les variétés d’Alain Bouquet ne sont donc pas monogéniques, conclut Alain Carbonneau.

Maintenant ou jamais ?

Ayant tout juste informé instances dirigeantes de l’INRA de ces nouveaux éléments, Alain Carbonneau espère un rapide changement de paradigme. Car le vignoble français s’impatiente, d’autant plus que l’usage des produits phytopharmaceutiques en viticulture fait débat dans la société française. Le dernier conseil spécialisé de FranceAgriMer a ainsi adopté le projet d’arrêté permettant le classement accéléré au catalogue français de 25 cépages résistants allemands, italiens et suisses (déjà classés dans leurs pays).

« Il ne faut plus retenir nos variétés. J’ai honte de voir que dans les nouvelles variétés que les professionnels veulent inscrire, il n’y en a pas une française alors que notre recherche viticole a des propositions sur le sujet » regrette Alain Carbonneau, prédisant que « le catalogue français va se remplir de cépages résistants étrangers que les pépiniéristes vont multiplier et distribuer. Quand l’INRA arrivera, on sera en dehors du coup… A moins d’une variété miracle ! »

 

* : En pratique, il s’agit des cinq et sixièmes générations de rétrocroisement de Vitis vinifera à partir d'hybride de la variété américaine Muscadinia rotundifolia (les individus rV5 affichent un peu plus de 1 % du génome non-vinifera, les rV6 moins de 1 %).

Pas de variétés Resdur disponibles en 2017 ?
Touchant juste, le dernier envoi d’Alain Carbonneau concerne les variétés Resdur : « il n’est pas sûr que le programme puisse répondre aux demandes en 2017. Les deuxièmes générations Resdur ont montré des signes rédhibitoires de phylloxéra gallicole et de black-rot en 2015… » Des difficultés techniques sur lesquelles il appuie d’autant plus que les variétés rV5 et rV6 présentent des qualités viticoles et œnologiques avérées. Un potentiel sensoriel dont le plus convaincu semble être Jacques Gravegeal, le président de l’Interprofession des vins IGP Pays d’Oc.
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Tous les commentaires (6)
craoux Le 01 mars 2016 à 10:30:49
Cher Serge REGLEY, j'ai lu - relu votre commentaire .. on devrait tous se souvenir que "ce qui se con?oit bien, s'?nonce clairement". N'y a-t-il pas assez d'?tudes dont les r?sultats se recoupent ? .. Oui, le recours aux phytos plombent nos sols, notre environnement. Particuli?rement en viticulture. Et les m?dias ne nous entretiennent pas dans une psychose permanente. Ce que je retiendrai de votre message logorrh?ique est le sens ? peine subliminal : pourvu que rien ne vienne durablement perturber mon activit? de p?pini?riste.
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rol Le 01 mars 2016 à 09:25:53
Je dis Bravo ? Serge pour son commentaire...Bien entendu , je suis 100% d'accord sur son analyse et aussi sa conclusion qui est de tout employer pour continuer l'am?lioration d?j? en cours..... Par contre , devant la violence , l'agr?ssivit? , les fausses rumeurs, les r?sultats d'expertises tronqu?s volontairement par l' ensemble des M?dias et des activistes , Je ne suis pas persuad? qu'un TON aussi doux soit suffisant et qu'un ton plus "vulgaris " ne soit pas indispensable pour etre compris ....ou les deux sont compl?mentaires..??? Peut-?tre....
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Serge REGLEY Le 28 février 2016 à 19:40:42
En pr?alable ? ce probl?me il est int?ressant d'analyser l'environnement psychologique voir psychiatrique de psychose qui pousse ? adapter notre mat?riel v?g?tal et nos comportements ? la maladie socio-morbide qui se d?veloppe. D'un cot? il y a les activistes phytosanophobes ou phytopharmophobes qui alimentent une psychose ? partir du mythe de l'empoisonnement et d'un autre cot? des professionnels qui ont int?rioris? la psychose, et qui en alimentent son bien fond?. D'autres professionnels, essentiellement pour des raisons d'int?r?ts financiers, se sont lov?s dans le costume "pr?t ? port?" de la psychose et alimentent ? leur tour un courant philosophique dissident "bio". C'est cette probl?matique qui conditionne l'importance et l'urgence de mettre en place des parades pour d?samorcer la toxicit? du processus, dont la cr?ation de c?pages r?sistants ? des maladies principales de la vigne est un volet. Le courant de pens?e phytosanophobe utilise des fondements humains vieux comme le monde: la peur de la maladie, la peur de la mort, l'affaiblissement du concept de r?surrection apr?s la mort, la mise en danger des enfants. Anachronique du comportement global de la viticulture ce courant a pour origine un comportement ? connotation sectaire d'inspiration apocalyptique. Pour ce faire, les activistes utilisent des amalgames et des fantasmes qui paniquent les gens ordinaires et diabolisent les produits de consommation comme par exemple cette d?nonciation satanique de la pr?sence de trace de glyphosate dans le coton qui sert ? fabriquer les tampons hygi?niques. (Sauf que le tampon est fait pour absorber des s?cr?tions, ce n'est pas un suppositoire pour diffuser une mati?re active...). Ou cette insinuation: " le Zika ne serait pas un virus mais un pesticide".etc.. ils rationalisent leurs all?gations en transformant des ?motions en affirmations scientiques, etc.. Bref, ils essaient d?instiller dans la soci?t? des peurs ? partir de concepts transgressifs de ceux affirm?s et d?montr?s par la Science, par la Recherche et par la Connaissance, ce qui b?t en br?che les fondements des pratiques phytosanitaires du monde agricole, qui doit pourtant prot?ger ses r?coltes, et souille l'image de nos produits alimentaires conventionnels devenus suspects car ils comporteraient des poisons ou des "perturbateurs endocriniens", etc.. conformement ? un syst?me de pens?e apocalytique. Bref, ils utilisent des boucs ?missaires pour asseoir leurs all?gations, installer la suspicion et la peur dans la soci?t? pour installer leur doctrine ?litiste. L'ethnopsychiatre DEVEREUX ?nonce ceci: "On ne peut gu?rir une maladie mentale, n?vrose ou psychose, tant que le m?decin ( les soutiens politiques, techniques et scientifiques) souffre du m?me mal que le patient ( les psychotiques) et tant que le milieu socio-culturel (la soci?t?) o? se d?roule la cure favorise indirectement ( par peur de la maladie, de la mort: peurs irrationnelles) la formation et le d?veloppement des principaux sympt?mes" ( diabolisation des mol?cules par tous moyens, manifestations ou propos hyst?riques, id?ologies sectaires,.. ) C'est ? la lueur de cette lucidit? qu'il faudrait pouvoir organiser ? l'encontre de ce probl?me ? connotation psychiatrique, une riposte professionnelle g?n?rale appropri?e forte. Bien ?videmment s'il est possible de supprimer pour quelques maladies de la vigne l'usage - ou sa forte diminution- de produits phytosanitaires par la culture raisonn?e et par la production d'hybrides r?sistants et valables sur le plan ?nologique, ce sont des bonnes perspectives susceptibles de d'att?nuer pour partie en amont l'objet du litige invoqu?. Sous r?serve. C Ce chantier de la transg?n?se en devenir semble pharaonique et va demander beaucoup d'ann?es avant d'?tre op?rationnel... Et la P?pini?re Viticole fran?aise est impatiente de pouvoir r?pondre ? la demande de la viticulture en butte ? une crise d'accusation d'empoisonner le sol et ses produits... et les enfants!!(Bordeaux). Elle souhaite garder son leadership par la disposition de mat?riel v?g?tal adapt? ? la demande du vignoble. C'est aussi sa survie ?conomique par rapport ? la concurrence ?trang?re dont il est question. Cependant pour le moment, Il importe de la combattre cette psychose pour ce qu'elle est, autant que faire se peut, pied ? pied...( d?fendre le bien fond? de l'agro-viticulture, de la phyto-pharmacie, arguer du respect de la r?glementation, statistiques m?dicales contradictoires favorables, apporter des d?mentis aux ?missions sc?l?rates et articles de presse orient?s et mensong?s, soutiens (n?cessaires) des d?cideurs politiques...) et de d?noncer la psychose au plus haut niveau en attendant que les r?sultats de l'am?lioration g?n?tique porte ses fruits que de l'obtention de nouveaux clones trans g?n?tiques nous apportent une r?ponse positive, certes partielle, au d?fit rencontr?.
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Denis Boireau Le 24 février 2016 à 15:03:26
Ca faisait longtemps que je soupconnais les hybrides Vinifera x labrusca et vinifera x Riparia d'etre multi-resistants, simplement en constatant qu'ils restent tres tolerants, pour ne pas dire resistants, apr?s 100 ans d'utilisation. Ce n'est pas parceque l'INRA n'etait capable de trouver qu'il seul gene de resistance qu'il n'y en avait pas d'autres. je suis bien content que le professeur Carbonneau le demontre! En attendant je vais acheter des cepages resistants en Allemagne.
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Carbonneau Alain Le 23 février 2016 à 16:43:25
R?ponse au commentaire de CRAOUX: Tout ? fait d'accord pour la libre concurrence entre les obtenteurs au moins europ?ens! Mon intervention a en fait pour but d'essayer de vaincre une distorsion de concurrence, car le mat?riel que nous d?fendons (rV d'Alain Bouquet) est handicap? par un principe de pr?caution inadapt? (ces g?notypes ne sont pas 'monog?niques' contrairement aux all?gations en cours) alors qu'ils sont vraiment polyr?sistants et adapt?s aux r?gions m?diterran?ennes.
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craoux Le 22 février 2016 à 14:31:02
La prise de position d'Alain Carbonneau est un peu d?cevante car teint?e d'une dimension autre que 100% et seulement scientifique. Notamment, il ?voque clairement sa d?ception de constater qu'aucun c?page r?sistant (!) fran?ais (blocage ou prudence de l'INRA) ne serait rapidement inscrit ... ce qui laissera le champ libre aux c?pages suisses, italiens et allemands. Son amiti? pour Alain Bouquet, le souci de d?fendre le drapeau bleu-blanc-rouge dans un contexte concurrentiel seraient-ils les meilleurs conseilleurs ?
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