LE FIL

Revue de presse

Soif de dieu et de vin

Vendredi 12 février 2016 par Catherine Bernard

Soif de dieu et de vin
Quittant le ministère des Affaires étrangères Laurent Fabius lègue un site de promotion de l’oenoutourisme français. L’Inao ouvre le débat sur la réglementation des vins nature. Le Point met en ligne les articles des interventions de la journée Vinobravo. Le thème : le vin et la vie.

Le leg de l’ex ministre des affaires étrangères

Laurent Fabius quitte le gouvernement après avoir fait le job. La RVF le cite à l’occasion du lancement du site « Visit French Wine », outil de promotion de l’oenotourisme français : « Plus qu'un produit, le vin est de plus en plus une culture. Les touristes recherchent des histoires, des produits d'excellence, et à donner un sens à ce qu'ils mangent et boivent. Ce site va contribuer au rayonnement de nos vins et à l'ouverture de nos territoires, et l'objectif est qu'un maximum de personnes, françaises et étrangères, puissent avoir accès à nos produits ». Toujours cité par la RVF, il précise : « Les exportations de vins français (7,6 milliards d'euros en 2014, NDLR) sont équivalentes à la vente de 114 Rafale ». On lit dans Vitisphere que le site « bilingue (pour l’instant) vise à présenter l’offre de toutes les régions de France. Sa stratégie de communication, appuyée par un design minimaliste et prévue pour une consultation sur mobile, vise à faire découvrir aux touristes du monde entier les vignobles et les vins de France ». Il est aussi l’émanation d’une démarche nouvelle dans l’Hexagone : « Doté d’un budget de 170 000 euros, il a reçu l'appui de 15 partenaires privés qui y présentent leurs produits oenotouristiques ». Vitisphere nous livre la liste des 15 entreprises partenaires et des 16 destinations. Vincent Pousson commente ainsi dans son blog Idées liquides et solides l’événement : « En soi, c'est une bonne nouvelle, que dans l'Hexagone, les pouvoirs publics, les politiciens défendent le vin plutôt que de lui tirer dans les pattes, c'est tellement exceptionnel qu'on aurait tort de bouder son plaisir. Bravo et merci donc au ministre des Affaires étrangères qui a tenu sa promesse, une promesse tenue, ça aussi, ça s'arrose! ». Il tacle néanmoins le contenu : « Quand, en toute modestie, "le pays du vin vous livre ses secrets", on s'attend à quelque chose d'un peu plus rock n'roll, qui éventuellement puisse s'adresser à une ménagère de beaucoup moins de cinquante ans. Là, ça ronronne, ça en devient presque vintage, on se croirait dans une plaquette d'interprofession viticole des années quatre-vingt-dix ». On notera qu’il ne se trouve pas de plume pour s’étonner que l’initiative en revienne au ministre des Affaires étrangères, là où on pouvait attendre, le ministre du Commerce extérieur, de l’Agriculture, ou du Tourisme. Cette élévation du vin au rang de la diplomatie n’a toutefois pas échappé à la RVF qui a élu Laurent Fabius « l’homme de l’année ». Répondant aux journalistes, ce dernier précisait alors : « Le Quai d'Orsay est le premier ambassadeur de l'excellence française, je tiens donc à ce que la cuisine et les vins servis ici soient de qualité. Nous achetons chaque année des vins, mais à des prix raisonnables. On ne peut plus servir des bouteilles aux prix inconsidérés. Je bois peu mais j'aime le bon vin ».

 

L’Inao et les vins nature

Un drôle de débat s’ouvre à l’Inao, gardien du temple de l’origine. On apprend dans la RVF que l’établissement public « envisage de réglementer les vins nature ». Il n’échappe à personne que le « succès de ces derniers ne se démentant pas », la tentation est grande, ainsi qu’il en a été avec le vin bio, de mettre la main dessus : « L'Inao, établissement public chargé de certifier l'origine des produits alimentaires et des vins (reconnaissance des AOC notamment) vient d'ouvrir une discussion à la demande des producteurs de vins biologiques », rapporte le magazine. La RVF cite Eric Rosaz, responsable du pôle "vins, cidres et spiritueux" à l'Inao : « Ceux-ci estiment que le terme vin nature ou vin naturel est galvaudé (…) Le travail sera long et sensible. Il vise surtout à combler un vide juridique alors que ce marché se développe, notamment dans les restaurants des jeunes chefs en vogue et s'étend en Italie notamment ou aux Etats-Unis, comme en Oregon ». La RVF fait œuvre de pédagogie : « Cette pratique est parfois mal perçue par les vignerons conventionnels car l'appellation "naturels" sous-entend que les autres ne le sont pas ». Observateur averti des mœurs viticoles réglementaires, Jacques Berthomeau voit dans ce débat une « tentative de hold up » : « Nous y voilà, les va-nu-pieds, les réprouvés, les moqués, les qui font des vins pour bobo-parigot, les exclus de l’agrément, toute cette engeance qui n’a pas accès aux hautes instances, inquiète : pensez-donc ils séduisent les consommateurs. Tout est dit ou presque : l’objectif est de mettre tout ce petit monde dans les clous, jugulaire-jugulaire, réglementons et tout ira bien dans le meilleur des monde. Bien sûr tout ça pour mieux protéger les consommateurs ». Il cite le vigneron ligérien Thierry Puzelat : « Regardons ce qu'est devenu le cahier des charges vinif bio, malgré les bonnes volontés pour qu'il ressemble à quelque chose. Il suffit d'invoquer des règles pour que les plus mercantiles s'y engouffrent ». Il est vrai que l’argent n’a pas d’odeur. Le blogueur Vincent Pousson complexifie le débat : « On notera au passage qu'une partie des vins qui se revendiquent nature ou naturels ne bénéficient pas d'appellations d'origine mais sont présentés en vin de table. Seront-ils concernés par cette éventuelle réglementation? ». 

 

Le vin et la vie

Le Point met cette semaine en ligne la totalité des articles des intervenants à la troisième édition de Vinobravo qui s’est déroulé en septembre 2015 à Reims sur le thème « Le vin et la vie » . Ce colloque singulier organisé par le magazine « s’était donné pour objectif de lire un peu, un tout petit peu dans le miroir tout ce que le vin apporte à la civilisation et à la vie ». En ces temps troublés par le religieux ou son absence, on lira avec intérêt « Au nom du verre, du vin et de la religion ». Des étudiants font la synthèse des échanges entre Haïm Korsia, grand rabbin de France, Odon Vallet, historien des religions, et Abdennour Bidar, philosophe des religions. En voici quelques extraits : « Les textes religieux monothéistes décrivent une certaine interdépendance entre consommation de vin et spiritualité, entre élévation vers le divin et défiance vis-à-vis de l'excès procuré par la boisson. Cependant, comme l'affirme Haïm Korsia « le vin ne remplace pas la spiritualité, il l'accompagne (…)Toutefois, les monothéismes ne répondent plus aux aspirations spirituelles des individus, souligne le philosophe Abdennour Bidar. Et les hommes sont en quête de moyens alternatifs au renforcement du lien à soi, du lien à l'autre et du lien à ce qui nous entoure. Le lien religieux s'illustre à travers la diffusion de valeurs comme la fraternité, l'altruisme et le pardon. Il s'agirait alors de repenser notre vie en société en conciliant responsabilité et convivialité. Et ne pas négliger l'importance d'un « bon vin » partagé entre amis au cours d'un repas ». Ils concluent : « Ce ne sont peut-être pas les dieux qui ont soif, mais plutôt les hommes qui ont soif de dieux sous toutes leurs formes ».

 

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