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Vendanges 2016
Les producteurs de l'hémisphère Sud dans les starting-blocks

Aucun organisme professionnel n'a encore officiellement divulgué ses prévisions de récolte pour 2016 dans l'hémisphère Sud, mais les vendanges ayant déjà débuté dans plusieurs régions du monde, quelques pronostics commencent à circuler.
Par Sharon Nagel Le 22 janvier 2016
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Les producteurs de l'hémisphère Sud dans les starting-blocks
La récolte en Argentine
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ne récolte globalement dans la moyenne, pour le moment

Il est encore trop tôt pour avoir la moindre certitude sur les vendanges 2016, d’autant plus que l’impact du phénomène El Niño pourrait modifier la donne considérablement au cours des semaines à venir. Néanmoins, à l’heure actuelle, on semble s’orienter vers une récolte moyenne dans les pays producteurs de l’hémisphère Sud. Certains d’entre eux, comme l’Afrique du Sud, auront été touchés par la sécheresse, qui risque de limiter le potentiel de production, tandis que d’autres auront subi le phénomène inverse. C’est le cas de l’Argentine où des pluies importantes au printemps austral ont provoqué la survenue de maladies, faisant dire à l’Institut de la vigne et du vin, l’INV, que « les conditions culturales dans de nombreux vignobles ne sont pas optimales ». En Australie, où les deux phénomènes climatiques se sont produits à travers le pays, les attentes sont néanmoins très positives quant au potentiel qualitatif global des vendanges 2016, tandis qu’au Chili, l’absence d’accidents climatiques et des précipitations adéquates, laissent envisager une augmentation de la production cette année par rapport à l’année dernière. Enfin, en Nouvelle-Zélande, sauf impact négatif d’El Niño, la récolte devrait se rapprocher de la moyenne, et donc s’inscrire en hausse par rapport à 2015.

 

Grande précocité des vendanges en Afrique du Sud

Est-ce la conséquence du changement climatique? Toujours est-il que l’Afrique du Sud se prépare à vendanger très tôt cette année, encore plus tôt que l’année dernière. Pour Jan van Rooyen, œnologue au domaine Avontuur, à Stellenbosch, les signes d’une évolution du climat sont évidents : « Encore une récolte qui va battre des records cette année par sa précocité. Celle-ci, conjuguée aux vagues de chaleur très en avance vers la fin 2015-début 2016, de même que des épisodes neigeux relativement tardifs dans l’hémisphère Nord, ne peuvent qu’être des signes d’un climat qui change ». Pour Hein Koegelenberg, directeur du domaine La Motte, près de Franschhoek, 2016 devrait s’inscrire en baisse sur le plan quantitatif en raison de l’absence de pluies, ce qui pourrait avoir comme impact « de rogner encore plus la rentabilité des viticulteurs ». En cause : l’augmentation des coûts de production, estimée à +10% cette année par l’organisme professionnel VinPro. S’exprimant dans la presse sud-africaine, Hein Koegelenberg estime que la baisse de la production prévue cette année s’explique également par des arrachages de vieilles vignes, dont le rythme serait supérieur à celui des nouvelles plantations depuis 2006. La précocité des vendanges aura comme effet d’accélérer la disponibilité des vins, estimée par le courtier international Ciatti entre la mi-mars et la fin avril pour les blancs et un peu plus tard pour les rouges.

 

L’Australie sortie de l’ornière ?

Le déficit hydrique touchera également certaines régions australiennes et non des moindres, mais, selon le directeur de la Winemakers Federation of Australia, Paul Evans, la production pourrait néanmoins atteindre le niveau moyen de 1,7 million de tonnes. Reste à savoir quel sera l’impact d’El Niño et du coût de l’eau – élevé – sur les rendements finaux. Sur le plan qualitatif, les prévisions sont actuellement très positives ce qui, si elles se confirment, permettra à l’Australie de poursuivre ses initiatives en faveur d’une montée en gamme sur les marchés internationaux. Ciatti note une progression des positionnements prix au cours des derniers mois et une augmentation de la demande ; les prix des raisins de 2016 s’en ressentent. Les coûts liés à l’irrigation, qui ne sont pas encore connus, devront également être répercutés sur le prix des raisins.

 

Un certain malaise au Chili

Les perspectives semblent moins positives au Chili, où le niveau de production reste élevé malgré des arrachages importants. Ceux-ci atteindraient environ 10 000 hectares en 2015, selon les estimations de Ciatti. D’autres sources évoquent, en revanche, des superficies moindres, aux alentours de 5 000 à 7 000 ha. Néanmoins, étant donné la faible rentabilité à l’heure actuelle de la production de raisins, il est certain que des viticulteurs s’orientent vers d’autres cultures comme celles de noix ou de cerises. Des incertitudes existent concernant les volumes attendus cette année : si Ciatti parle d’une production semblable à celle de l’année dernière, certains articles de presse au Chili évoquent une hausse de 10 % liée à une augmentation des précipitations cette année et à l’absence d’accidents climatiques majeurs. Rappelons que l’an dernier, le Chili a produit près de 13 millions d’hectolitres. Un certain pessimisme règne cette année quant à la capacité du secteur à absorber les volumes existants. Une meilleure compétitivité des pays producteurs européens liés à la faiblesse de l’euro, des difficultés sur certains marchés export clés du Chili comme le Brésil et un niveau de disponibilités en Espagne qui limite le besoin d’acheter des vins chiliens, sont autant de préoccupations qui pèsent sur le secteur vitivinicole chilien à l’heure actuelle, malgré une demande soutenue de vins en vrac chiliens en Chine.

 

De bonnes et de mauvaises nouvelles pour l’Argentine
De l’autre côté des Andes, en Argentine, le secteur a aussi son lot de soucis, même si l’arrivée d’un nouveau Président en novembre dernier et un revirement de certaines politiques économiques gouvernementales sont globalement de bon augure. Nonobstant des phénomènes météorologiques défavorables – gelées, grêle, précipitations – les prévisions actuelles font état d’une production semblable à celle de 2015, soit environ 2,4 millions de tonnes. En attendant que les nouvelles orientations économiques – suppression d’une taxe de 5 % sur les exportations et libéralisation de la monnaie – fassent effet, ces premières indications de récolte devront servir à mettre en place des accords interprofessionnels visant la ventilation de la production, notamment en ce qui concerne l’élaboration de moûts. Tandis que les stocks continuent de peser lourdement sur la rentabilité d’un secteur mal mené par les politiques gouvernementales de ces dernières années, une grande lueur d’espoir apparaît.
 
Des implications pour le secteur du vin au niveau mondial

Si Ciatti prédit « une année à venir très turbulente », la banque néerlandaise Rabobank semble particulièrement optimiste, notamment vis-à-vis des exportateurs argentins. « La compétitivité de l’Argentine sur le marché mondial a fait un bond de 50% quasiment du jour au lendemain ». Et d’anticiper : « En tant que cinquième pays producteur de vin au monde, l’amélioration de la compétitivité de l’Argentine aura des implications pour l’ensemble du secteur vitivinicole mondial ». Ces dernières années, une inflation galopante a entraîné des coûts de production excessivement élevés tandis qu’une monnaie artificiellement surévaluée a miné la compétitivité des exportations argentines. Par conséquent, la baisse des expéditions à l’étranger a gonflé le niveau des stocks et provoqué une grave crise du secteur.

 

Les absents ont toujours tort

Le revirement économique du nouveau gouvernement est ainsi salué par la Rabobank : « Etant donné l’historique des tendances [dans ce pays], nous pensons que l’économie argentine est sur le point d’entamer une période de croissance solide et nous nous attendons à ce que celle-ci se reflète dans l’évolution de ses exportations de vins ». Seul nuage à l’horizon : « Les changements intervenus sur le marché mondial ces dernières années. Les USA représentaient auparavant un marché export de premier plan pour le vrac argentin. Cependant, la diminution de la demande de vins d’entrée de gamme conjuguée à une poussée significative de la production locale, a entraîné une réduction spectaculaire de la demande américaine d’importations de vins en vrac ». Et de citer aussi, les accords de libre-échange signés entre des pays producteurs concurrents comme le Chili et l’Australie et des marchés au fort potentiel comme la Chine et le Japon. Enfin, la performance des exportations argentines dépendra bien sûr aussi du volume de vin récolté dans l’hémisphère Sud cette année. A suivre…

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