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Les viticulteurs craignent les gels d'hiver et de printemps

Vendredi 08 janvier 2016 par Juliette Cassagnes

Amandiers en fleurs. Dans la Drôme, les vignerons voient fleurir les amandiers.
Amandiers en fleurs. Dans la Drôme, les vignerons voient fleurir les amandiers. - crédit photo : DR
En ce début janvier 2016, les ceps de vigne ne sont toujours pas entrés en repos végétatif, au désespoir des viticulteurs qui aimeraient l'arrivée d'un « véritable froid ». La crainte commence en effet à poindre, vis-à-vis des risques liés aux gels d'hiver et de printemps. Témoignages.

Les conditions météos de ces derniers mois et semaines sont pour le moins inhabituelles. A Avignon par exemple, Météo France a enregistré un écart par rapport à la normale de +3,6°C de la température moyenne sur décembre 2015. Autre exemple, à Montpellier : la température minimale enregistrée a été de +8,3°C, au lieu des +3,7°C enregistrés habituellement, soit un écart de +4,6°C... Cette tendance est généralisable à l'ensemble du pays : décembre 2015 est même le plus chaud jamais enregistré en France depuis 1900. Côté pluviométrie, novembre et décembre ont par ailleurs été largement déficitaires sur l'ensemble du territoire.

"Les genêts et amandiers sont en fleur !"

Une exceptionnelle « douceur » et un « manque de gelées blanches » que les vignerons de nombreuses régions viticoles aimeraient bien voir s'arrêter. Car contrairement à d'habitude, la vigne n'est toujours pas entrée en dormance dans certaines régions : « Habituellement, début décembre, la sève est déjà redescendue lorsque l'on taille. Cette année, elle continue de couler dans les bois, qui sont restés verts et humides, constate Michel Bellier, viticulteur à Tulette (Drôme), actuellement en plein chantier de taille. On se croirait au mois de mars...Et des genêts sont en fleur !». « Quelques souches sont en pleurs quand on les taille, confirme Cyril Monier, vigneron bio sur la même commune. Sur une parcelle de garrigues, j'ai même réussi à trouver des bourgeons en feuilles. Les genêts et les amandiers sont en fleurs, les herbes continuent de pousser...On a du mal à se croire à Noël ! », s'étonne celui-ci.

Peur du gel sur la vigne

Mais ce que ces deux professionnels redoutent le plus, c'est l'arrivée d'une brusque chute des températures, fortement négatives et sur plusieurs jours, qui pourrait avoir des conséquences désastreuses, à l'image de ce qui s'est passé lors de l'hiver 1956 ou plus récemment en 2012 dans la région. « La sève n'étant redescendue, celle-ci avait gelé et avait fait éclater les bois, conduisant à d'importants dégâts dans les vieilles vignes », explique Michel Bellier.

La seconde crainte est celle de voir les conditions météo actuelles se poursuivre : « Si janvier et février sont aussi doux, la vigne va démarrer de bonne heure. On peut alors craindre une gelée de printemps », poursuit le viticulteur drômois. En Provence, Laurent Rougon, viticulteur à Flassan (Var), estime que si « un changement radical de temps n'intervient pas dans les 15 jours, cela va être compliqué », « avec des sorties de bougeons d'ici un ou deux mois ». « Cela serait dramatique par rapport aux gelées de printemps », confirme celui-ci. Preuve qu'en Provence aussi, la végétation est déréglée : les nombreux mimosas sont déjà en fleurs, en avance d'un mois-et-demi. « C'est spectaculaire ! Depuis que je suis installé en 1995, je n'ai jamais vu un tel manque de froid et d'eau », poursuit le viticulteur.

Des champignons bien au chaud

Une persistance du manque de froid pourrait aussi avoir un impact sanitaire: « Un vrai froid, avec des gelées la nuit, permettrait de tuer les maladies, témoigne Michel Bellier. Les champignons restent dans les feuilles, les rafles, les écorces. On risque sinon d'avoir des soucis pour la suite...». « J'ai une grande crainte concernant le Black-Rot, les hivers doux y seraient favorables, ajoute Cyril Monier. Je pense que je vais devoir démarrer les traitements préventifs de très bonne heure et il va falloir être très vigilant ! ».

Tous espèrent donc vivement une nette baisse prochaine des températures, progressive, qui permettrait aux vignes d'entrer enfin en repos végétatif, par ailleurs important pour leur mise en réserve.

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