LE FIL

Ecophyto 2.0

La réduction des phytos viticoles repart pour un tour

Vendredi 30 octobre 2015 par Alexandre Abellan

Ecophyto 2.0 : la réduction des phytos viticoles repart pour un tour
Entre annonces d’intention peu détaillées et calendrier bien chiffré, ce qu’il faut retenir du rapport tout juste présenté par le gouvernement.

Si la viticulture n’apparaît que deux fois dans le rapport Ecophyto 2, elle est concernée au premier plan par cette révision du programme national, étant qualifiée de « filière très concernée par les traitements phytopharmaceutiques » (aux côtés de l’arboriculture et des légumes d’industrie). Présentée par le gouvernement ce 26 octobre, cette nouvelle mouture d’Ecophyto achève d’enterrer les objectifs de la première version (conformément aux propositions du député Dominique Potier). Soit la réduction de 50 % de l’utilisation de phyto pour 2018. Se voulant plus réaliste, mais pas moins ambitieux, le cap est fixé sur une diminution de 25 % des épandages pour 2020, et de 50 % « à l’horizon » 2025. Le premier palier devant être atteint par « l’optimisation des systèmes de production par le transfert et la diffusion des solutions actuellement disponibles », et le second par « des mutations profondes des systèmes de production et des filières ».

En pratique, ces annonces reposent donc sur un meilleur transfert des innovations et résultats obtenus par le réseau des 1 900 fermes expérimentales DEPHY. Si ce dernier dispositif est maintenu, avec l’objectif d’être étendu à 3 000 exploitations, la diffusion des pratiques alternatives va désormais faire appel aux distributeurs de produits phytos. En application de la loi d’Avenir pour l’agriculture (adoptée l’an dernier), des Certificats d’Economie de Produits Phytopharmaceutiques  (CEPP) vont être lancés à titre expérimental dès le premier juillet 2016. Les distributeurs s’engageront à réduire de 20 % leurs doses phytos vendues sur cinq ans par rapport à la précédente moyenne quinquennale (avec une pénalité si l’objectif n’est pas atteint). « Le plan déprécie les structures qui ont engagé des efforts de réduction des phytos avant le début de l’expérimentation » regrettait en juin dernier la Coordination Rurale, qui expliquait que « les opérateurs les moins vertueux seront avantagés par rapport à ceux qui ont préalablement engagé des efforts importants ».

Sans être détaillées, sont également annoncées des « incitations » à l’investissement dans des matériels performants et des techniques innovantes (comme les matériels de désherbage mécanique ou les agents de biocontrôle). Le préalable à cette mesure reste l’évaluation de ces nouvelles techniques, pour en assurer l’efficacité et prévenir toute perte de rentabilité économique. Une aide au développement de nouveaux matériels est annoncée, avec un focus sur l’amélioration de la pulvérisation et la promotion du biocontrôle (avec des aides à l’investissement dédiées). Plus généralement, de nouveaux fonds sont annoncés pour la R&D (notamment pour le développement de variétés résistantes aux maladies).

Pêle-mêle, ce rapport annonce également la création de référentiels phyto par filière et région (avec un encouragement pour le développement de l’agriculture biologique et des démarches environnementales certifiées), la refonte des Bulletins de Santé du Végétal (avec un réseau d’observation plus étoffé, « afin d’en renforcer la capacité prédictive »), la consolidation de la formation continue assurée par le Certiphyto (avec durée de validité passant de 10 à 5 ans, l’examen de réévaluation doit suivre « une modalité simplifiée »), le soutien aux Outils d’Aide à la Décision (notamment ceux « systémiques, qui prennent en compte des facteurs dépassant la parcelle »), la création d’un organisme de « phytopharmacovigilance » (veillant notamment au « retrait des substances dangereuses » et à la prévention des importations illégales de phytos)… Sans oublier la définition d’une feuille de route nationale pour une recherche transversale sur la réduction des intrants.

Lancé en 2008, à l’issue du Grenelle Environnement, la démarche Ecophyto a principalement abouti à la création du réseau Dephy, au lancement des BSV et à la mise en place de la formation obligatoire Certiphyto*. Si les opérateurs du vignoble peuvent trouver encore bien lointain ces grands objectifs, leurs représentants s’inquiètent déjà des effets compétitifs des réglementations à venir. « Aller toujours au-delà des contraintes européennes, faire toujours mieux et plus vite là où nos concurrents testent et observent avant de décider, ce n’est pas une politique » critique la FNSEA, qui juge que ce plan « porte les stigmates de l’idéologie plus que de la réalité du terrain (objectifs trop contraignants dans le temps, flou sur les indicateurs de suivi du plan, circuits financiers complexes…) ». Une position partagée par l’Union des Industries de la Protection des Plantes, dont la directrice générale, Eugénia Pommaret annonce surveiller « les propositions à venir afin de contrer toute volonté d'aller au-delà de la réglementation européenne ».

 

Cliquer ici pour accéder au rapport complet d’Ecophyto 2.

 

 

 

* : Se plaçant sous le signe de l’agroécologie prônée par l’actuel ministre de l’Agriculture, des mesures législatives ont été prises en parallèle (suppression de dérogations d’épandages aériens, interdiction de la vente de phyto aux particuliers…).

 

 

[Photo : IRSTEA]

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