LE FIL

L’art et la matière

Un ambitieux projet de valorisations des sous-produits viti-vinicoles

Vendredi 09 octobre 2015 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 21/10/2015 08:15:54

L’art et la matière : un ambitieux projet de valorisations des sous-produits viti-vinicoles
Une start-up montpelliéraine crée de nouveaux matériaux à partir des déchets de la filière vin, avec la vocation de créer également les objets qui les utiliseront (caisse en bois recomposé de sarments, vernis de finition à partir de lies…).

Si la viticulture française est bâtie pour produire vins et raisins, elle produit en chemin quantités de déchets : bourbes, marcs, lies, sarments… Toute une diversité de sous-produits viti-vinicoles qui a séduit Caroline Grellier. La jeune designer produit est persuadée qu’il y a là matière à créer de nouveaux matériaux biosourcés et les valoriser dans des objets dédiés. Mûrissant et expérimentant des concepts d’économie circulaire depuis 2013, l’élève de l’école Boulle commence à les concrétiser avec le lancement de la start-up Termatière, à Montpellier.

Actuellement, le projet conserve une approche de laboratoire de fabrication (ou fablab). Caroline Grellier a ainsi réalisé de premiers prototypes de matériaux et de produits les utilisant, avec, pour l’instant, les résultats les plus avancés pour les sarments. « Cette ressource de bois est de qualité, avec une fibre longue, un grain fin… Mais elle n’est pas utilisée comme elle pourrait l’être » constate-t-elle. En dehors du broyage à la vigne, des fagots à barbecue et granulats à poêles, peu d’options sont en effet ouvertes aux sarments. « Pour le vigneron, il actuellement moins question de valoriser un déchet, que d’être débarrassé de ses encombrants » explique Stéphane de Lacroix de Lavalette, ingénieur agronome associé au projet Termatière.

Une première phase de recherche et développement va être lancée sur la prochaine saison de taille*. L’objectif pour Termatière est de proposer, pour le printemps 2016, un bois de sarment recomposé (100 % biosourcé), avec des prototypes de produits (caisses à vin, feuillets intercalaires…) et une recette pouvant être industrialisée (pour l’instant, les essais sont faits à la paillasse).

 

 

 

« A partir du moment où les matériaux seront caractérisés, nous pourrons envisager son utilisation. Et pourquoi pas en dehors de la filière viti-vinicole, mais toujours à échelle locale » précise Caroline Grellier. Couplant la mise au point de matériaux innovants (et 100 % biosourcés) avec la conception de leurs usages, le projet est aussi ambitieux que prometteur. Son potentiel a déjà été primé, notamment par le prix Pépite du Ministère de la Recherche, et attire intérêt d’acteurs majeurs de la filière.

La start-up est actuellement soutenue par deux incubateurs : celui de l’école d’agronomie de Montpellier (Agro Valo Méditerranée) et celui de la Région pour l’Economie Sociale et Solidaire (Alter Incub’). Plus inattendu, ce dernier soutien souligne l’aspect sociétal du projet. « En accompagnant la filière, Termatière souhaite retisser les liens sociaux du milieu rural » résume Stéphane de Lacroix de Lavalette. Cette fédération des acteurs de la filière se traduirait dans les statuts juridiques mêmes de la start-up, qui doit être prochainement créée et envisage le statut de Société Coopérative d’Intérêt Collectif.

L’équipe de Termatière présentera ses prototypes sur le stand INRA du Sitevi (du 24 au 26 novembre à Montpellier).

 

 

* : Soulignant la forte saisonnalité de la production de déchets issus de la vigne et du vin, Stéphane de Lacroix de Lavalette précise que Termatière a vocation à travailler sur d’autres filières. Ce qui correspond au parcours de Caroline Grellier, qui s’est penchée sur la valorisation des fibres d’artichaut en 2011, avant de dédier son master de design aux sous-produits viti-vinicoles.

 

 

[Photos de Caroline Grellier et Stéphane de Lacroix de Lavalette : Termatière]

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