LE FIL

Grincements de dents avant la Fête de la fleur

Mardi 18 juin 2013 par Colette Goinère

Le négociant Bordeaux Vins sélection n'a pas obtenu de table à la prestigieuse Fête de la fleur qui aura lieu le 20 juin. Il attaque en justice la Commanderie du Bontemps du Médoc, des Graves, de Sauternes et Barsac qui l'organise la fête. Il estime que ses affaires vont pâtir de son absence à cet événement. Il demande 500 000 euros de dommages et intérêts.

Tempête dans un verre de vin ? En tout cas, des turbulences sont en vue pour la Commanderie du Bontemps du Médoc, des Graves, de Sauternes et Barsac, une des plus anciennes et des plus importantes confréries viticoles françaises. Une assignation vient de lui être délivrée. La société BVS, Bordeaux Vins sélection, lui réclame 500 000 euros de dommages et intérêts. Selon elle, c'est le montant du préjudice qu'elle subit pour être privée de table à la somptueuse Fête de la fleur qui réunit le gratin des professionnels et amateurs du vin du monde entier le 20 juin prochain.

Le 5 avril, Bernard Pujol, directeur de BVS, reçoit au titre de commandeur de la Commanderie du Bontemps le courrier qui l'invite, comme les 320 autres membres, à faire acte de candidature pour obtenir une place à la Fête de la fleur, sachant que les premiers arrivés sont les premiers servis.

Pour des raisons de sécurité, le nombre d'invités ne peut pas dépasser 1 500 personnes. Sans tiquer sur le prix du repas (500 euros par personne), le négociant porte son chèque de 5 000 euros au siège de la Commanderie le 9 avril, afin de se voir attribuer une table de dix couverts. Une façon d'honorer ses clients très importants, notamment des représentants de la SAQ (Société des alcools du Québec) et du groupe Auchan. « La SAQ, sur ces trois dernières années, représente 15 millions d'euros (M?) de chiffre d'affaires et Auchan 12 M? », indique Henri-Michel Gata, avocat de Bernard Pujol.

Fin avril, la commanderie informe Bernard Pujol qu'il est sur liste d'attente. Le négociant voit rouge. « Le fait de ne pas pouvoir être à la Fête de la fleur constitue une attaque contre ma société. C'est une perte d'image et de confiance vis-à-vis des clients que j'ai invités, dont trois qui représentent 40 % de mon chiffre d'affaires. Je travaille depuis douze avec la SAQ. Je souhaitais vraiment inviter le vice-président et le directeur exécutif », explique-t-il.

En attendant, Bernard Pujol essaie de « comprendre » pourquoi il ne fait pas partie des heureux élus. Il soutient qu'il a téléphoné 29 fois à Emmanuel Cruse, le grand maître de la Commanderie ! Apparemment sans succès. Idem pour les mails. « Il ne m'a jamais répondu », affirme le négociant. Bernard Pujol affirme aussi que Denis Marsan, conseiller du président de la SAQ, se serait fendu d'une lettre auprès d'Emmanuel Cruse, fin mai, indiquant son étonnement devant le fait que BVS n'ait pas obtenu de table.

Le négociant se sent d'autant plus légitime dans sa démarche judiciaire qu'il estime que les critères d'attribution des tables ne sont pas clairement établis. Sur le papier, il est bien indiqué qu'il faut être membre de la Commanderie et que l'attribution ne peut se faire qu'en fonction des places disponibles. Le hic, c'est qu'il semble y avoir une troisième règle, non écrite celle-là, à savoir l'assiduité des membres à la vie de la Commanderie et leur participation aux autres fêtes nettement moins prestigieuses.

Emmanuel Cruse ne nie pas l'existence de ce critère. « C'est vrai que nous tenons compte de la façon dont les membres jouent ou pas le côté collectif », tout en rappelant que la Fête de la fleur provoque forcément des mécontentements. « Les gens veulent être à cette fête pour être vus. Bizarrement, l'engouement s'essouffle pour la Fête de la Saint-Vincent par exemple », ironise-t-il.

Bernard Pujol n'est pas le seul en être en pétard. En avril dernier, le propriétaire d'un cru classé a claqué la porte de la Commanderie. Dans un courrier adressé à Emmanuel Cruse, il dénonce le prix du dîner fixé à 500 euros par convive contre 350 euros il y a deux ans. « Nous nous éloignons du principe de la Commanderie où tout le monde du vin devrait pouvoir participer. Vous avez choisi qu'elle devienne une fête très élitiste ou seuls quelques professionnels auraient accès », écrit le propriétaire du château.

Emmanuel Cruse a ses arguments : « La Commanderie ne touche pas un centime de subventions. Nos manifestations coûtent de plus en plus cher. Nous avons fait le choix de ne pas augmenter la cotisation annuelle de nos membres, mais d'augmenter le coût du repas de la Fête de la fleur. »

Le 20 juin, la Fête de la fleur se déroulera au château Lagrange, grand cru classé de Saint-Julien. Carole Bouquet, marraine de la soirée, sera l'une des invitées aux côtés de Michèle Yeoh, actrice et interprète de « The lady », le film de Luc Besson.

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