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La production viticole raisonnée en Beaujolais
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La production viticole raisonnée en Beaujolais

Par Vitisphere Le 13 décembre 2000
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La production viticole raisonnée en Beaujolais
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nvironnement, qualité, sécurité alimentaire, traçabilité sont des sujets omniprésents dans les médias. Les acteurs des filières agricoles et agro-alimentaires y répondent en multipliant les chartes et les cahiers des charges. Voici présentées les étapes suivies par un vignoble, le Beaujolais, pour répondre à ces préoccupations légitimes. Depuis la 'lutte raisonnée', il y a plus de 10 ans, jusqu'à la notion de 'viticulture durable'... Photo CDB

Le contexte national : des initiatives nombreuses et variées

La qualité et la sécurité alimentaire des produits restent la priorité des consommateurs. Les nombreuses informations souvent alarmistes diffusées par les média ne font que renforcer cette préoccupation. Le citoyen quant à lui souhaite un plus grand respect de l’environnement dans la mise en œuvre des itinéraires techniques. L’enjeu pour les années à venir est d’importance et les initiatives de production en agriculture et en viticulture dites raisonnées sont nombreuses. Leurs contenus techniques et économiques sont souvent très variables selon les initiateurs. Dans ce contexte, des chartes, des cahiers des charges ou des guides de pratiques viticoles existent et sont édités par divers organismes. - Dans de nombreuses régions viticoles, la démarche 'lutte raisonnée' existe dans le cadre de groupes de développement depuis de nombreuses années. - Dans certains vignobles, la démarche est plus complète avec la mise en place d’une organisation qualité (traçabilité, vérification par un organisme indépendant) autour d’un cahier des charges (exemple : Terra Vitis) décrivant un itinéraire technique. - Les cahiers des charges des 'GMS' (Auchan : Agriculture raisonnée ; Casino : Terre et saveurs ; Carrefour : Filière Qualité Carrefour...) apparaissent également depuis quelques mois dans la filière viticole. - Des négoces en vin et des caves coopératives parfois en liaison avec les 'GMS' travaillent sur la notion de traçabilité et de mise en œuvre d'un cahier des charges décrivant un itinéraire technique. - Les distributeurs d’agro-fournitures en liaison avec les firmes phytosanitaires tentent également d'apporter leur contribution à cette tendance. Toutes ces initiatives ont le mérite de poser le problème à l'ensemble des instances professionnelles qui doivent rapidement clarifier les différents systèmes à proposer aux viticulteurs pour ensuite pouvoir communiquer auprès des consommateurs. Photo UIVB

Les actions menées dans le vignoble depuis 1987

Le Comité de Développement du Beaujolais travaille depuis de nombreuses années sur l'optimisation de l'usage des produits phytopharmaceutiques en viticulture. Plusieurs actions sont menées parallèlement. Recherche de références Des moyens importants sont mis en oeuvre chaque année pour acquérir de nouvelles références (essais de nouvelles molécules, essais de nouvelles méthodes de protection phytosanitaire, modélisation des parasites de la vigne, suivi de parcelles 'témoin' : réseau ViseO...). Ces expérimentations permettent d'améliorer annuellement les stratégies de protection du vignoble. Développement - La formation continue : Des stages de formation sur la protection phytosanitaire de la vigne à l'attention des viticulteurs sont organisés chaque année depuis 1987. Environ 450 viticulteurs y ont participé. Ces stages connaissent un succès croissant depuis quelques années. - L’action groupe 'Protection Phytosanitaire Raisonnée' : Suite à cette formation continue, les viticulteurs travaillent en petits groupes de quatre à sept personnes avec un conseiller viticole pour observer dans leurs propres parcelles les parasites de la vigne. En 2000, 257 viticulteurs se sont répartis dans 48 groupes. Chaque année, le nombre de participants pour cette action augmente de 15 à 20 %. L'intérêt de cette démarche est grandissant. Les motivations principales sont : le respect de l'environnement, la qualité du vin et la réduction des coûts de production. L'ensemble des exploitations suivies en protection phytosanitaire raisonnée représente une superficie d'environ 2000 hectares, soit 10 % de la surface du vignoble Beaujolais. Les exploitations sont réparties sur 65 % des communes viticoles. Ce travail a représenté 7869 observations élémentaires effectuées au cours de la campagne 1999 et constitue un véritable outil de développement. Ces chiffres ne représentent pas la réalité du vignoble. En effet, on peut penser que bon nombre de viticulteurs non impliqués directement dans cette action pratiquent néanmoins la protection phytosanitaire raisonnée à partir des conseils diffusés globalement dans le vignoble par le Comité de Développement du Beaujolais. - Terra Vitis : Plus récemment, fin 1997 quelques pionniers de l’action de développement 'groupe Protection Phytosanitaire Raisonnée' ont souhaité faire reconnaître leur professionnalisme en créant Terra Vitis, une démarche répondant à la fois à la prise en compte de l’environnement et aux attentes de la société. Les objectifs sont multiples : - fédérer les viticulteurs du Beaujolais pratiquant la production viticole raisonnée, respectueuse de l’environnement, soucieuse de la qualité du raisin et économiquement viable, - coordonner toute action de promotion et de communication concourant à la valorisation de la production viticole raisonnée, - apporter des garanties de production aux consommateurs par la mise en place d’un cahier des charges dont le respect est vérifié par un organisme indépendant et compétent. En 2000, l’association Terra Vitis a regroupé 56 exploitations viticoles soit 685 ha et un volume potentiel de 42 500 hl répartis sur l’ensemble des 12 A.O.C. du Beaujolais. Communication Des efforts de communication sont réalisés chaque année pour sensibiliser toujours plus la profession beaujolaise (articles techniques, reportages...). En décembre 1999, un document intitulé '10 ans de protection phytosanitaire raisonnée' a été édité et diffusé largement dans le vignoble et plus récemment au niveau national. L’association Terra Vitis a également créé des outils de communication pour les professionnels et les consommateurs.

L'évolution des comportements en Beaujolais

Le travail décrit précédemment a occasionné une modification importante du comportement du viticulteur en matière de protection phytosanitaire de la vigne. Ainsi nous pouvons distinguer trois grandes périodes correspondant à des concepts différents : la lutte raisonnée, la protection phytosanitaire raisonnée et enfin la production viticole raisonnée. 1987-1990 : la lutte raisonnée La lutte raisonnée se définit comme l'emploi rationnel de produits phytopharmaceutiques, en raisonnant : - le choix des produits, - la dose, - l’époque d’application, - les techniques à mettre en oeuvre (AFNOR). Raisonner les traitements phytosanitaires, c’est avant tout adapter strictement les interventions chimiques aux risques réels sans rechercher des alternatives aux solutions strictement chimiques. 1991-1995 : la protection phytosanitaire raisonnée La protection phytosanitaire intégrée (dénommée raisonnée dans notre vignoble) est l'application rationnelle d’une combinaison de mesures : biologiques, biotechnologiques, chimiques, physiques, culturales, ou intéressant la sélection des végétaux, dans laquelle l’emploi des produits chimiques phytopharmaceutiques est limité au strict nécessaire pour maintenir la présence des organismes nuisibles en dessous du seuil à partir duquel apparaissent des dommages ou une perte économiquement inacceptable (Directive 91/414/CEE). La priorité est donnée aux méthodes de lutte écologiques, aux réductions des intrants et des pratiques agricoles qui génèrent des problèmes environnementaux, tout en assurant une viabilité économique de l’exploitation. Toutefois, la démarche se limite à la protection de la plante. Cette étape s’est inscrite dans le cadre de la Charte pour la qualité, projet professionnel mobilisateur du début des années 1990. 1996-2000 : la production viticole raisonnée La production intégrée (dénommée production viticole raisonnée dans notre vignoble) est un système agricole de production d’aliments et des autres produits de haute qualité qui utilise des ressources et des mécanismes de régulation naturels pour remplacer des apports dommageables à l’environnement et qui assure à long terme une agriculture viable (OILB-SROP, 1993). La protection de la plante ne garantissant pas à elle seule la qualité du produit et le respect de l’environnement, la démarche a été étendue à l’ensemble des pratiques agricoles (plantation, mode de conduite, entretien des sols, fertilisation...). Ce système de production viticole prend donc en compte la protection des ressources et du milieu, la rentabilité, la qualité et les exigences sociales. Et maintenant, l’agriculture durable... L’agriculture durable est une agriculture capable d’évoluer indéfiniment vers une plus grande utilité pour l’homme, vers une meilleure efficacité de l’emploi des ressources et vers un équilibre avec le milieu qui soit bénéfique à la fois pour l’homme et pour la plupart des autres espèces (Harwood, 1998). Selon Ambroise et al, 1998, pour avoir une approche d’agriculture durable, il faut croiser la réflexion agri-environnementale avec une approche de développement local. L’apport de la notion d’agriculture durable est de considérer le niveau social comme troisième axe à prendre en compte simultanément avec la production et l’écologie. Cette évolution depuis la fin des années 80 montre le virage important amorcé par la profession beaujolaise sur le plan technique. Mais la dimension purement technique n'est plus suffisante pour le consommateur qui exige maintenant plus de transparence et de garanties. La transparence est apportée par un outil appelé 'traçabilité' qui consiste seulement à enregistrer précisément toutes les opérations effectuées du cep au verre. La garantie est apportée par des systèmes 'qualité' reconnus par la société, basés souvent sur des contrôles d'organismes indépendants. Dans ce contexte, quelles perspectives peut-on envisager pour notre vignoble pour les prochaines années ? Photo CDB

Les perspectives

Le rapport Paillotin, réalisé à la demande du ministre de l'Agriculture Jean Glavany et présenté en février 2000, donne des éléments de réflexion en matière d'agriculture raisonnée. Quelques conclusions peuvent être citées : - L'agriculture raisonnée ne se limite pas à un créneau spécifique de la production, elle a pour objectif d'améliorer les performances environnementales du plus grand nombre d'agriculteurs. - Elle repose sur un engagement volontaire des agriculteurs sur l'ensemble de leur exploitation. - Elle s'appuie sur la mise en œuvre responsable et raisonnée d'itinéraires techniques maîtrisés et évolutifs. - L'environnement constitue la spécificité de l'agriculture raisonnée. La qualité sanitaire est plus en lien direct avec les produits. Ainsi, la santé publique (gérée par la réglementation) et l'environnement (géré par l'agriculture raisonnée) sont deux critères bien distincts. Toutefois, il n'est pas exclu que l'agriculture raisonnée contribue dans certaines situations, à diminuer sur des bases objectives les risques en matière de santé. - L'agriculture raisonnée répond donc aux attentes des citoyens et non des consommateurs. Ce rapport va très certainement orienter les décisions politiques en matière d'agriculture raisonnée. Dans ce contexte la profession beaujolaise se devait de réfléchir à un dispositif permettant d'entraîner le plus grand nombre de viticulteurs vers cette viticulture raisonnée, tout en permettant d'assurer son autonomie en matière de choix techniques afin de rester indépendante des opérateurs économiques d'aval. Les attentes de l'aval seront néanmoins à prendre en compte dans les futures discussions. Le débat professionnel clarifiant le contexte de viticulture raisonnée se déroule sur le plan politique au sein de l'Union Viticole du Beaujolais, rassemblant l'ensemble des composantes professionnelles du vignoble, et sur le plan technique au sein du Comité de Développement du Beaujolais. Deux orientations en ressortent : - Un niveau commun accessible à tous : le cahier des pratiques beaujolaises, reposant sur une démarche volontaire. Il sera diffusé largement par l'Union Viticole du Beaujolais au printemps 2001. - Un référentiel technique Beaujolais, document de politique interne montrant les orientations à court ou moyen terme. Terra Vitis est en cohérence avec ce référentiel, avec en plus une organisation qualité qui apporte des garanties aux consommateurs. Ces deux approches doivent être progressives et complémentaires. Elles permettront à chacun de se situer dans le paysage viticole sans pour autant entraîner de discrimination entre viticulteurs d'une même région. Photo UIVB

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