LE FIL

Assemblée générale d'InterBeaujolais 

La filière au pied du mur

Jeudi 30 juillet 2015 par Juliette Cassagnes

Assemblée générale d'InterBeaujolais : la filière au pied du mur

Mercredi 29 juillet 2015 se tenait à Villefranche sur Saône (Rhône) l'assemblée générale de l'interprofession du Beaujolais. Une AG pendant laquelle les débats liés au contexte économique actuel, « très difficile », ont largement dominé.

La récolte 2014 en Beaujolais a été plus importante que les deux précédentes, atteignant les 630.000 hectolitres, soit un « surplus » de 130.000 hl à commercialiser par rapport aux deux années précédentes. Dans la mesure où 70% de la production est écoulée en vrac via le négoce, et que ces derniers ne parviennent pas à trouver de débouchés, ce stock de vin invendu, composé de Beaujolais et Beaujolais villages, reste à ce jour dans les chais des viticulteurs. « Comment faire à l'avenir ? S'inquiète un viticulteur présent dans la salle. Dès lors que l'on a une récolte supérieure aux possibilités d'écoulement, que faire de ce volume excédentaire ? ».

 

Autre impact à ce déséquilibre offre-demande : des cours des vins très bas, qui ont marqué toute la campagne 2014-2015. En cause, des viticulteurs qui cèdent leurs vins à des prix cassés, jusqu'à 80€/hectolitre, entraînant l'ensemble des prix à la baisse. « Un négociant ne va pas acheter un vin à un certain prix,  alors qu'il sait qu'il aura baissé une semaine plus tard », explique Philippe Tranchand, président de la Fédération des négociants du Beaujolais-Mâconnais.

 

Faut-il alors adapter l'offre en quantité à la demande, au risque de voir la production continuer de péricliter, comme c'est le cas depuis dix ans, ou à l'inverse, la filière doit-elle relancer la demande en conquérant des parts de marché perdues, afin de commercialiser l'ensemble de la production ? Pour se faire, faut-il adapter l'offre en qualité ou en prix ? « Nous avons des produits adaptés, répond un autre participant ; nous proposons des vins légers, fruités, avec un très bon rapport qualité-prix...Alors pour quelles raisons perdons-nous des marchés ? »

 

Pour Philippe Tranchand, le problème est avant tout celui du déficit d'image : « Les marchés étrangers nous disent : votre produit n'est pas connu. La seule issue passe donc par développer l'image pour donner envie aux consommateurs », explique celui-ci.

 

D'autres pensent que seule, la communication ne suffira pas : « Il faut structurer notre force de vente ; remonter la pente passe par une meilleure organisation commerciale », suggère un vigneron. Tandis que Sébastien Coquard, de l'ODG du Beaujolais, souhaiterait « faire arriver d'autres opérateurs sur la région ». Pour Gilles Paris, président d'Interbeaujolais, les viticulteurs qui « bradent leur vin » doivent faire des efforts pour mieux maîtriser leur commercialisation : trouver de réels contrats, avoir des relations commerciales suivies, développer la vente directe, ou encore vendre à des structures coopératives. « Il ne faut produire que ce qu'on sait vendre », a rappelé celui-ci.

Pour d'autres enfin, il faut arrêter de réfléchir et agir : « Comment mettre sur le marché ces 130.000 hl, voilà ce que devrait être le thème du prochain séminaire !", dit un viticulteur. 

Quels que soient les avis, l'assemblée présente lors de cette AG est au moins tombée d'accord sur une chose hier soir : la nécessité d'enterrer la hache de guerre, de retrouver une unité et de chercher ensemble des solutions. Le séminaire de « réflexion stratégique », fixé au 25 septembre prochain, servira à avancer sur les pistes possibles pour sortir le Beaujolais de cette crise dont il ne se sort pas.

 

En attendant, le budget pour la prochaine campagne 2015-2016 a été voté par les 60 membres, viticulteurs et négociants, ce qui est déjà une « belle avancée ». Une prévision de perte d'un million d'euros pour le prochain exercice et un montant alloué pour la communication du Beaujolais nouveau multiplié par deux par rapport à 2014 ont notamment été actés. Des modifications statutaires vont également avoir lieu dans les prochains mois, afin de prendre en compte la réorganisation des ODG, mais également pour mettre en place les futures « sections interprofessionnelles », que souhaitaient les ODG du Beaujolais et des Crus.

[légende photo: de gauche à droite: Jean Bourjade, directeur de l'interprofession, Gilles Paris, président de l'interprofession (famille production) et Bruno Mallet, vice-président pour le négoce; crédit: InterBeaujolais]

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VOS RÉACTIONS
craoux Le 31 juillet 2015 à 21:59:10
.. budget multiplié par 2 pour la communication sur le beaujolais "nouveau" ... à quoi ça sert d'enfoncer des portes ouvertes alors qu'il ne restera bientôt que des amateurs suffisamment "pointus" pour savoir qu'il y a aussi des crus en Beaujolais .... un vrai gâchis.
renegat Le 31 juillet 2015 à 17:39:17
et qui va payer le Million qui manque ?
jerome honegger Le 31 juillet 2015 à 09:13:57
quel est la position, quels sont les propositions du consel general du rhone,qui doit etre le premier interresse aux excellentes questions posees lors ecette reunion? quelle est egalement sa vision pour ces territoire agricoles et viticoles qui composent une grande partie du rhone, et sont sa force
craoux Le 30 juillet 2015 à 18:35:09
L'iconoclaste et dérangeant "primeur" (vous n'en avez pas ras-le-gosier de ce goût frelaté de bonbon anglais ?) a phagocyté l'image, la perception de l'AOP Beaujolais et Beaujolais Villages. C'est bien simple, je suis ignorant du profil organoleptique que doit proposer un vrai "bon" et goûteux Beaujolais.
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