LE FIL

L'arbre qui cache la forêt

La stabilité du chiffre d'affaires de la tonnellerie en danger

Mardi 30 juin 2015 par Marion Ivaldi

L'arbre qui cache la forêt : la stabilité du chiffre d'affaires de la tonnellerie en danger

« Les 51 tonnelleries adhérentes ont produit 524500 fûts, pour un chiffre d'affaires de 342 millions d'euros en 2014. A périmètre constant, la tendance du marché constatée est une stabilité en valeur pour une faible diminution en volume de 3% » indique par voie de communiqué la Fédération des tonneliers de France (51 adhérents). Exportatrice à 70% de sa production, la filière connaît une période sans trouble économique majeur depuis 2000, année où le chiffre d'affaires avait régressé pour ensuite se réorienter à la hausse.

 

C'est cette stabilité que les tonneliers entendent préserver face aux mutations structurelles qui bouleversent la commercialisation du bois. Et leur président, Jean-Luc Sylvain de dénoncer « la dérégulation du marché du bois organisée par l'ONF » pour se financer. Dépendants pour 80% de ses approvisionnements des forêts domaniales (gérées par l'ONF), les tonneliers se sentent, en effet, pris au piège depuis que les missions de l'ONF ont évolué.

 

Auparavant, l'organisme public vendait toute la production sur pied en septembre et octobre. Aujourd'hui, la vente sur pied a diminué de plus de « 50% en quelques années » indique Jean-Luc Sylvain. La vente « bord de route »(grumes coupés et stockés dont la vente s'échelonne en hiver et au printemps) a progressé, assurant à l'ONF une nouvelle mission plus lucrative (en vendant seulement sur pied, l'office ne parvenait pas à l'équilibre budgétaire).

 

« La qualité de ces bois est souvent dégradée, car le bois coupé est fragile, s'il n'est pas arrosé régulièrement. L'ONF n'a pas les moyens de les protéger efficacement. Ils sont attaqués par les insectes et donc invendables » s'alarme Jean-Luc Sylvain, dénonçant le gâchis et le bilan carbone déplorable. Mais le préjudice est également économique. Avec moins de volume d'arbres sur pied mis sur le marché en septembre, la pression sur les acheteurs est très forte et la tension sur les prix en surchauffe. Par ailleurs, les ventes en bord de routes ont fait naître de nouveaux marchés à l'exportation par l'intermédiaire de courtiers. « Les Asiatiques achètent le bois à des prix élevés car ils ont les moyens de jouer sur la rentabilité grâce au faible coût de main d'oeuvre » explique Jean-Luc Sylvain. Les entreprises françaises ont du mal à suivre. Comment faire face à un coût de main d'oeuvre élevé, un prix de matière première qui augmente et un marché pas forcément prêt à accepter des hausses de prix ?

 

Pour l'instant, les tonneliers sont parvenus à sauver l'équilibre économique de leur filière, notamment parce que la qualité du chêne français reste une référence mondiale. Ils se privent sans doute d'une possible croissance, la hausse du prix du bois étant répercutée sur le prix des tonneaux. Mais « nous sommes les seules entreprises de la filière bois à avoir un solde positif à l'exportation » insiste Jean-Luc Sylvain. Les scieries sont, pour leur part, très touchées au point de manquer de bois. Cette situation pourrait contaminer le secteur de la tonnellerie. Un rapport doit être remis au Premier ministre dans quelques jours. Quelles en seront les conclusions ?

S'ils tenaient la plume, les tonneliers préconiseraient un retour « au système d'avant ».

 

 

[Photo : Jean-Luc Sylvain ; Crédit photo : Fédération de la tonnellerie française]

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