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Retour sur la carrière du professeur Joëlle Brouard, figure du marketing du vin, qui prend sa...
Joëlle Brouard : « dans le vin, on n'est pas si nuls que ça en marketing ! »

Par Alexandre Abellan Le 11 juin 2015
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Joëlle Brouard : « dans le vin, on n'est pas si nuls que ça en marketing ! »
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renant sa retraite à la fin de l'année scolaire, le professeur Joëlle Brouard aura vu défiler 740 étudiants dans le mastère spécialisé « commerce international des vins et spiritueux », qu'elle dirige depuis sa création (en 1988 à l’ESC Dijon). S'étant alors spécialisée dans le monde des vins et spiritueux, elle était professeur en marketing depuis 1977. Et n'allez pas lui rapporter que la filière viticole serait restée à la traîne dans le domaine du marketing, elle mobiliserait alors toute sa pédagogie pour expliquer que l'« on ne pratique pas le même marketing que Danone. Les budgets investis par la filière dans la promotion sont importants, mais ne passent pas par l'achat de pages dans la presse. Il faut prendre en compte les actions de relations publiques, les wine diners, l'envoi de commerciaux pour la formation... On n'est pas si nuls que ça en marketing ! »

Soutenue par le directeur de l'ESC Dijon d'alors (Hubert Bonal), elle lançait il y a 27 ans « la première formation technico-commerciale pour le vin en France ». Et elle se souvient qu'« à l'époque cela paraissait étrange de proposer des cours de viticulture et d'œnologie dans une école de commerce... Moins pour la filière que pour mes collègues universitaires ! J'ai toujours été persuadée que pour vendre du vin, il faut être capable de savoir comment il a été produit. Et de le replacer dans une production mondiale, qui ne cesse de s'étoffer et où il faut se faire identifier. »

Allant de paire avec le développement des marchés exports, la professionnalisation du commerce des vins est pour elle un élément fort des trente dernières années. Mais la féminisation de la filière est encore plus marquante, d'après elle. Joëlle Brouard se souvient de ses premières promotions, où ne se pressaient pas plus de deux jeunes femmes, alors qu'elles sont désormais majoritaires. Et se souvenant de sa première édition de Vinexpo, en 1981, Joëlle Brouard évoque « des femmes qui étaient soit hôtesses et potiches, soit travaillaient dans la logistique. Depuis les allées ont vu arriver des femmes acheteuses et vendeuses ! » L'origine de cette évolution des moeurs est pour elle à chercher dans une évolution export : « les marchés machos sont devenus plus féminins, avec l'arrivée de consommatrices. Ce qui a poussé le changement dans la communication, dans le packaging, dans les moments de consommation, dans la mode des rosés et des vins effervescents... »

Partisane de l'empowerement, elle souhaite désormais fédérer un réseau de femmes du vin. Et les projets de transmission ne manquent pas pour celle qui a toujours eu la vocation d'être institutrice. Elle souhaite également mobiliser son réseau pour lancer une structure de mécénat de compétences, afin de soutenir les vignerons en difficulté. Pouvant s'adosser à un système de déduction fiscale, cet outil permettrait à des volontaires de donner une semaine d'analyses et d'audit à des exploitations dans l'embarras. Car aujourd'hui, Joëlle Brouard estime que l'enjeu auquel se trouve confronté la filière est l'optimisation des coûts : « il faut gagner en création de valeur, et réduire les coûts de gestion. On a des modèles de production qui sont coûteux... » Experte des clusters, elle défend « des modèles collectifs, avec des synergies de commercialisation. Aujourd'hui, la mise en commun se trouve plus dans la technique que dans le commercial. »

 

 

[Photo de Joëlle Brouard : DR]

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