LE FIL

Livre

Benoist Simmat enquête sur la rentabilité des crus

Vendredi 15 mai 2015 par Alexandre Abellan

Livre : Benoist Simmat enquête sur la rentabilité des crus

Alors que la campagne des primeurs 2014 touche à sa fin (avec la sortie de château Margaux, en attendant celle de Lafite Rothschild), une nouvelle enquête déboule sur la place de Bordeaux ou plutôt la plaque tournante de Bordeaux et de ses grands crus. Dans Bordeaux Connection, l'essayiste Benoist Simmat file en effet la métaphore mafieuse. Se focalisant sur la « caste des deux cent cinquante grands crus », il compose sa triade de négociants, qui tiennent le « précieux monopole de la commercialisation », et de « non moins mystérieux courtiers » (avec respectivement des marges de 20 et 2 %). Il n'oublie pas aussi le « clan des winemakers » qui vend « avec plus ou moins de talent les moyens de réduire l'incertitude imposée par Dame Nature ».

Jouant les candides, Benoist Simmat fait mine de s'étonner que les premiers grands crus classés de Bordeaux soient devenus des produits spéculatifs, avec des « bouteilles vendues le prix de parfum de luxe ». Mais en économiste, c'est essentiellement leur marge brute qui l'interpelle, digne de l'horlogerie et de la maroquinerie avec un ratio qu'il estime à 90 % du coût de production. Il souligne que « les cent grands crus suivants, contrairement aux apparences, gagnent bien plus difficilement de l'argent ». Au-delà des estimations de rentabilité (souvent évoquées à Bordeaux, mais invérifiables), Benoist Simmat souligne le travail de lobbying des commanderies et unions syndicales pour construire ce qu'il dénonce être une imposture : « la perception de rareté que les Bordelais ont réussi à imprimer dans l'esprit de leurs futurs clients finaux ». Une aberration alors que selon lui « les crus classés les plus chers sont aussi ceux qui produisent le plus de bouteilles » (notamment par le jeu des agrandissements de propriétés, le classement devenu celui de marques plus que de terroirs).

D'après ses estimations, les grands crus pèsent à Bordeaux pour « 2 à 3 % des volumes, mais 15 à 20 % de la valeur selon le millésime ». Si son enquête est à nuancer avec le récent revers du marché chinois pour les vins de Bordeaux (qui n'est qu'évoqué, l'apogée du marché chinois étant plus abordée que son déstockage), elle repose essentiellement sur une succession de rencontres et autant de portraits aigre-doux*. 

Après Vino Business l'an dernier, Bordeaux Connection revient au passage sur les « classements qui rendent fous ». Plus prudent que la journaliste Isabelle Saporta, Benoist Simmat ne s'appesantit pas tant sur l'imbroglio entourant le classement de Saint-Emilion que sur la philosophie même de la hiérarchisation : « au-delà des éventuelles bisbilles de méthode, dont le détail sera examiné par la justice, il existe une incohérence à vouloir vitrifier des hiérarchies ».

 

 

* : Parmi les pointures et familles girondines croquées, on trouve le directeur Pierre Lurton en « séide Bernard Arnault », le courtier François Lévêque en « conseiller occulte des propriétés », le négociant Philippe Castéja en cumulard tel « qu'il pourrait être sénateur », le propriétaire Jean-François Moueix en Parrain 1 et Pierre Castel en Parrain 2...

 

 

[Illustration : Détail de la couverture de l'album BD Les Caves du CAC 40, scénarisé par Benoist Simmat et dessiné par Philippe Bercovici, Editions 12bis]

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé