LE FIL

Vins allégés en alcool

Sélection de la première levure qui produit moins d'éthanol

Mardi 05 mai 2015 par Marion Bazireau La Vigne – Vitisphère

Vins allégés en alcool : sélection de la première levure qui produit moins d'éthanol

Lors de sa thèse en œnologie à Montpellier, Valentin Tilloy a développé une levure non OGM, capable de surproduire du glycérol, au détriment de l’éthanol. Cette levure produit ainsi des vins avec 1% vol. alc de moins que les témoins. Elle a également l’avantage de produire peu d’acidité volatile et d’augmenter l’acidité totale.

Une évolution adaptative couplée à une approche d’hybridation

Pour parvenir à ces résultats, le chercheur a cultivé la souche commerciale Lalvin EC1118, dans un milieu aux concentrations croissantes en chlorure de potassium (KCl), milieu salin qui favorise naturellement l’apparition de mutants surproduisant du glycérol. Toutes les 50 générations, il a prélevé des échantillons qu’il a analysés. Au bout de 200 générations, il a ainsi obtenu deux souches évoluées, produisant entre 0,5 et 0,8 % vol. alc de moins qu’un saccharomyces cerevisiae classique.

Afin d’augmenter encore la production de glycérol, il a croisé ces souches et testé leur descendance. Finalement, il a développé une souche optimisée, baptisée H2, qui donne des vins aux teneurs en alcool réduites d’environ 1% vol. alc.

Côté sensoriel, alors que les vins de Syrah issus de la levure EC1118 sont caractérisés par des notes « d’humus » et « d’animal », ceux fermentés avec la souche H2 présentent des notes olfactives plus amyliques, de fruits rouges cuits, et d’épices pâtisserie.

La levure H2 démontre aussi de bonnes capacités fermentaires puisqu’elle a achevé la fermentation alcoolique dans tous les essais, bien que sa durée soit légèrement rallongée.

La technique utilisée donne donc de bons résultats mais demande beaucoup de temps. Ici, la surproduction de glycérol n’est apparue qu’au bout de 200 générations de levures. Au total, les essais ont porté sur 450 générations et ont demandé 1 an.

A terme, les partenaires espèrent atteindre des réductions proches d’1,5% vol. alc., en identifiant les allèles responsables de la plus faible production d’alcool.

Valentin Tilloy a réalisé sa thèse à l’unité de recherches mixtes en œnologie (UMR) de l’INRA de Pech Rouge, de Montpellier SupAgro et de l’Université de Montpellier, en partenariat avec Lallemand.

L’objectif était de trouver une méthode alternative au génie génétique pour obtenir une levure superproductrice de glycérol. C’est chose faite.

 


[Crédit photo : brouwland.com]

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