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Assurance récolte

La révision de la subvention ulcère les producteurs

Mercredi 15 avril 2015 par Alexandre Abellan

Assurance récolte : la révision de la subvention ulcère les producteurs

Lors de ses visites dans les vignes ravagées par la grêle*, le ministre de l'Agriculture avait eu la prudence de ne pas promettre d'aides exceptionnelles. Mais Stéphane Le Foll avait pris un engagement fort pour la viticulture : le maintien en 2013 et 2014 du taux d'aide des assurances multirisques à 65 %. Devant être versées le 31 mars 2015, ces subventions n'ont toujours pas été honorées. Les fonds dédiés seraient tellement insuffisants que l'on évoque une perte de 10 points du taux de subvention. « Ces inquiétudes sont avérées » dénonce Jérôme Despey, le président du Conseil Spécialisé Vins de FranceAgriMer, qui comprend « la colère des viticulteurs de toutes les régions où les souscriptions ont bondi après plusieurs sinistres ».

Mobilisé dans la promotion de l'assurance récolte après les orages de grêle de 2013 en Entre-deux-Mers, le vignoble de Bordeaux est particulièrement inquiet. Pour ne pas dire furieux. « Si le ministère fait de l'assurance une priorité, pourquoi est-ce que l'on découvre seulement le 10 avril ce dérapage ? Les surfaces étaient connues depuis les dossiers PAC en mai et les capitaux assurés depuis les déclarations DDTM de septembre. On joue la bataille après avoir perdu la guerre » tonne Stéphane Héraud, le président de l'Association Générale de la Production Viticole qui se réunit ce 15 avril, en prélude à un Conseil Spécialisé de FranceAgriMer qui s'annonce tendu entre la filière et l'administration.

En ayant communiqué aux vignerons des prix nets à l'hectare qui ne seraient finalement pas assurés, les représentants du vignoble se voient en dindons de la farce. « Nous avons fortement poussé les vignerons à prendre une assurance multirisque, des produits onéreux qui n'ont de sens qu'à partir du moment où ils sont fortement subventionnés » confirme Hervé Grandeau, le président du Syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieur. Se disant prêt au bras de fer, il rappelle une évidence : « on fixe les règles du jeu au début du match, on ne les change pas quand il est fini. Je ne peux pas croire que l'on en reste là, ni pour le montant des subventions, ni pour les dates de paiement. »

A noter que la filière suspecte également une augmentation abusive de certains tarifs d'assurance, ce qui aurait encore d'avantage plombé l'enveloppe. Ces suspicions ne sont pas étayées aujourd'hui, mais n'améliorent pas les relations de la filière avec les assureurs, déjà tendues dans le cadre des discussions sur l'assurance coup dur. Car si la parole du ministre n'était pas tenue, ce signal négatif tomberait en pleines négociations sur ce nouveau produit, dont la commercialisation est annoncée pour l'automne. « Comment discuter aujourd'hui d'un contrat socle, si l'on n'arrive même pas à respecter les engagements passés ? » conclut Bernard Farges, le président de la Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux de vie de vin à Appellations d'Origine Contrôlées (CNAOC).

 

 

* : septembre 2013 en Gironde et juillet 2014 dans l'Aude.

 

 

[Photo : Société d'Assurances L'Etoile]

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