LE FIL

Viticulture bio en Beaujolais

Des rendements en baisse de 45 % par rapport au conventionnel

Vendredi 20 mars 2015 par Christelle Stef (La Vigne - Vitisphere)

Viticulture bio en Beaujolais : des rendements en baisse de 45 % par rapport au conventionnel

De 2003 à 2013, l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) et la Société d'Intérêt Collectif Agricole de Recherches et d'Expérimentations (SICAREX Beaujolais) ont comparé trois systèmes de production sur une même parcelle en Beaujolais village : conventionnel, raisonné et biologique*. Les expérimentateurs ont conduit l’essai sur une parcelle de gamay taillée en gobelet et située sur un sol superficiel avec une faible pente (8 %).

Principale observation : en bio le rendement accuse en moyenne une baisse de 45 % par rapport au conventionnel et de 33 % par rapport à la viticulture raisonnée. L’écart est même encore plus important en 2008 et 2012, deux années où la pression de mildiou a été particulièrement forte. Cette perte de rendement en bio est due à plusieurs facteurs. De base, la modalité bio est moins productive. La fertilité et le poids moyen des grappes sont plus faibles à cause d’une vigueur moindre. En cause : le désherbage mécanique qui réduit le nombre de racines superficielles et qui permet un développement plus important des adventices les années pluvieuses. A cela s’ajoutent les pertes de rendement dues aux attaques de mildiou les années de forte pression.

C’est ce qu’a expliqué Jean-Yves Cahurel, de l’IFV lors de la 24 ème édition des entretiens du Beaujolais qui se sont déroulés au Lycée viticole de Bel Air à Saint Jean d’Ardières le 19 mars. En viticulture raisonnée, les rendements ont été similaires à la modalité conventionnelle les premières années. Mais à partir de 2008, ils chutent. En effet, cette année là les expérimentateurs sont passés du désherbage chimique en plein à de l’enherbement naturel dans tous les interrangs dans la modalité raisonnée. Il s’en est suivi une baisse de la vigueur et donc des rendements. « Dans ce type de sol, l’enherbement de tous les interrangs est donc à éviter », a expliqué Jean-Yves Cahurel. Les expérimentateurs sont donc passés à un enherbement rang sur deux dans la vigne conduite en raisonné. Et les rendements sont revenus à un niveau acceptable. Jean-Yves Cahurel précise que ces différences de rendement n’ont pas eu d’influence sur la qualité des baies.

En tout logique, l’Indice de Fréquence des Traitements (IFT) est le plus élevé en conventionnel (14,2 en moyenne). « C’est un peu en dessous de l’IFT régional », note Jean-Yves Cahurel. Dans les autres modalités, il est réduit de 30 à 40 %. « Nous n’avons pas atteint les 50 % de réduction mais c’est déjà pas mal » ajoute-t-il.

Les résultats de cette expérimentation seront détaillés dans le prochain numéro de La Vigne (n° 274, avril 2015).


 

 


 

* : En détail, les trois modalités étudiées :

Conventionnel : Traitements phytosanitaires appliqués selon un calendrier pré-établi. Désherbage chimique en plein ;

Raisonné : Application du cahier des charges Terra Vitis. En 2010, introduction de la règle de décision Pod Mildium pour le mildiou et l’oïdium. Désherbage chimique en plein au départ, puis mise en place d’un enherbement spontané tous les inter-rangs en 2008 et un rang sur deux en 2012.

Bio : Désherbage mécanique. A partir de 2009, augmentation des doses de soufre pour maîtrise l’oïdium et introduction d’un traitement antibotrytis à base de bacillus subtilis.

 

[Photo de Jean-Yves Cahurel : Christelle Stef (La Vigne - Vitisphere)]

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