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Salon de l’agriculture

Les coulisses de la dégustation des vins servis aux politiques

Samedi 28 février 2015 par Marion Ivaldi

Salon de l’agriculture : les coulisses de la dégustation des vins servis aux politiques

Qu’ont dégusté les politiques sur le Pavillon du vin ? La chose n’est pas laissée au hasard et est mise entre les mains d’Etienne Laporte, œnologue et spécialisé dans le marketing (il coordonne la mise en place du stand vin pour le CNIV). « Lorsque je choisis les vins, je le fais en fonction d’un message économique ou politique que la filière veut délivrer» explique celui qui joue le rôle de chef de protocole dans l’espace institutionnel, où les responsables viticoles sont reçus à l’abri des regards.

 

Pour François Hollande, un peu d’humour

Quatre vins ont été servis au président. Le Côte de Provence rosé était là pour rappeler au président de la République ses vacances qu’il ne passera plus au Fort de Brégançon. Le Montravel rouge lui a été présenté comme une « petite bombe »… Expression qu’il a reprise à son compte pour le plus grand plaisir du Château de Saint-Antoine-de-Breuilh. Il a également goûté à un Pays d’Oc blanc, moyen de souligner le succès économique de cette indication. Enfin, un vin de Savoie, cépage Altesse, a été servi en soulignant son équilibre entre onctuosité et acidité. « Un bel exercice de synthèse, cet équilibre entre vivacité et rondeur. Vous qui maîtrisez l’art de la synthèse, vous devez savoir ce que cela veut dire » lui a glissé Etienne Laporte.

 

Pour Manuel Valls, des vins de caractère et de terroir

Le Premier ministre a été accueilli avec un Collioure blanc en hommage à son origine catalane. « C’est un vin de terroir qui nous a permis de souligner que le terroir est non délocalisable » explique Etienne Laporte. Manuel Valls a également goûté un Chinon Rosé, pour évoquer le succès économique de cette couleur ainsi que son entrée dans la gastronomie. Un Pommard 1er Cru Rugiens a été offert pour son « caractère bien trempé » ainsi qu’un Pays d’oc en monocépage mourvèdre. Ce dernier a permis de souligner les compétences technologiques de la filière qui permet de valoriser ce cépage tardif.

 

Pour Alain Juppé, hommage au sauvignon bordelais

Le maire de Bordeaux a dégusté un Graves de Vayre blanc. « L’homme connaît bien la filière bordelaise. L’angle de la dégustation était de montrer le savoir-faire bordelais pour révéler la complexité aromatique du sauvignon » explique Etienne Laporte.

 

Pour Phil Hogan, les charmes du chardonnay

Le Commissaire européen à l’Agriculture est le seul à qui la filière a proposé un vin selon ses goûts. Grand amateur de vins de chardonnay, Phil Hogan a trempé ses lèvres dans un Meursault 1er Cru Les Charmes. « Ce fut l’occasion de lui rappeler que le terroir n’est pas délocalisable » ajoute Etienne Laporte qui a souligné ce que « charme » veut dire, un écho à peine voilé à la volonté de la filière de convaincre le Commissaire sur les nombreux dossiers européens qui se profilent (réforme de la Qualité, étiquetage…)

 

Pour Nicolas Sarkozy, l’effervescence

L’ancien président de la République s’est vu proposer un Crémant d’Alsace. « Il s’agit de souligner les bons résultats à l’export de ces vins effervescents » précise Etienne Laporte. C’est aussi parce qu’il est facile à boire, en matinée, que ces bulles ont été choisies. Il était aussi prévu un Mercurey, mais Nicolas Sarkozy, visiblement pressé, n'y a pas goûté.

 

Pour Marine Le Pen, le succès du rosé

La présidente du Front National a pu déguster un rosé d'Anjou, appellation qui connaît un succès économique, permettant de souligner « le dynamisme de cette couleur » explique Etienne Laporte. Les mauvais esprits y verront peut-être un écho à la défense choisie par les anti-CVO de la région Val de Loire...

 

 

Crédit photo : François Hollande

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