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Bordeaux

Lettre ouverte des vins bio, cris d'orfraies pour cours en baisse ?

Vendredi 27 février 2015 par Alexandre Abellan

Bordeaux : lettre ouverte des vins bio, cris d'orfraies pour cours en baisse ?

« Quand vous achetez un vin biologique, vous n’achetez pas que du vin » c'est ainsi que s'ouvre la lettre « électrochoc » du vigneron bordelais Patrick Boudon (président du Syndicat des Vignerons Bio d’Aquitaine), qui s'adresse à tous les acheteurs de vins bio (professionnels comme consommateurs). Rappelant que la production de vin bio repose sur des engagements aussi durables que coûteux (environnementaux, économiques et sociétaux), Patrick Boudon s'alarme de contrats signés à des cours ne dépassant pas les 1 300 € le tonneau de Bordeaux rouge (contre 1 600 € l'an dernier). Dénonçant une vente à perte, il s'appuie sur une récente étude de la Chambre d’agriculture de la Gironde qui estime à 1 934 € le prix de production d'un tel tonneau*. Pour rétablir une juste répartition des marges, il demande aux opérateurs de croire en l'avenir du bio. Et il prend directement à partie « une petite poignée d’acheteurs [ayant] décidé que les vignerons Bio travailleront désormais pour rien », leur assénant que « rien ne justifie, sur le plan économique, des offres aussi faibles ».

Se disant sensible à ces arguments, le négociant Allan Sichel (président de la Fédération des Négociants de Bordeaux et Libourne) n'en reste pas moins pragmatique. Voire sur la défensive quand il juge que « le marché des vins est beaucoup trop ouvert et les acteurs trop nombreux pour pouvoir organiser une spéculation concertée à la baisse ». Avec une logique a priori impartiale, il fixe les prix sous l'équilibre du marché, l'offre et de la demande n'étant pas connectée au coût de revient. Cette approche implacable ne convainc pas Patrick Boudon, persuadé que le consommateur serait près à payer la différence, du moins si le négoce la répercutait sur le prix de vente. Craignant des déconversions après trois millésimes difficile, il reconnaît, cependant, que les cours des vins conventionnels sont tout aussi mal lotis, si ce n'est plus.

Ramenée à la place de Bordeaux, la baisse des cours des vins bio s'inscrit, en effet, dans la tendance de la campagne 2014-2015. En Bordeaux rouge conventionnel, le prix moyen à 1 300 € du tonneau millésimé 2013 n'est plus d'actualité. Le prix moyen du 2014 se situe à « 1 200 € le tonneau, avec une base de premier prix à 1 100 € » rapporte Stéphane Héraud (président de la cave de Tutiac). Relativisant le fléchissement du cours des vins de Bordeaux prévisible (avec une production annoncée à 5,3 millions hl), il s'estime au contraire « satisfait par ces prix. Avec notre rendement en 2014, la viticulture va réaliser son meilleur chiffre d'affaires depuis 15 ans ! » Ce réalisme ne fait pas l'unanimité dans le vignoble, Pierre-Etienne Garzaro (président de la Fédération des Vignerons Indépendants de Gironde) estimait encore il y a une dizaine de jours que « les cours des vins de Bordeaux sont, et restent, insuffisants pour pouvoir dignement vivre de son travail » .

Si « le manque de rentabilité n'est malheureusement pas l'apanage exclusif des vins bios », Allan Sichel garde foi dans le plan Bordeaux Demain, et prêche pour son pilotage collectif afin de « développer la demande (publicité, communication, promotion, formation), avec l'objectif de repositionner le curseur d'équilibre entre l'offre et la demande à un niveau plus rémunérateur. Mais l'incantation ne suffira pas. »

 

Pour lire la lettre ouverte de Patrick Boudon, cliquer ici.

 

 

* : dans le cadre d'une exploitation de 15 hectares en AOC Bordeaux rouge, avec un rendement de 48 hl/ha

 

 

[Photo de Patrick Boudon : SVBA]

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VOS RÉACTIONS
vigneronderions Le 01 mars 2015 à 08:50:10
Ce qui est triste c'est qu'il s'agit de la filière entière de Bordeaux (et d'ailleur) pas uniquement BIO. Si vous ne maitrisez pas un minimum la commercialisation, le négoce vous enfonce. Je crois dans ce que je vois, pas dans ce que l'on me raconte et les consommateurs en grande majorité achètent en fonction de ce qu'ils peuvent dépenser à part quelques uns qui ont plus de "moyen"... Concernant le plan Bordeaux, il faudra m'expliquer comment il peut y avoir un pilotage collectif... Pas un seul représentant des producteurs au conseil d'administration du CIVB (la vision du Collectif d'Allan Sichel en dit long). Car les viticulteurs qui siègent représentent des ODG (donc le PRODUIT) pas la production et un minimum ses intérets économiques, soyez étonné que nous soyons dans l'impasse. Le CAVB lutte contre ce fait depuis longtemps, pas assez surement, avec des moyens limités, mais au moins il le fait. Bien à vous
taureau30200 Le 27 février 2015 à 19:24:40
C'est scandaleux... On a poussé les vignerons à faire des vins Bio dont les coûts de production sont plus élevés que les vins conventionnels et le négoce ne reconnaît pas la valeur de ces vins Bio. Cela fait deux mois que j'essaye de vendre 280 hl de Côtes du Rhône Bio et je ne trouve pas d'acheteur, on me propose de le vendre au tarif du conventionnel. Mon exploitation va vers la faillite. Merci au négoce
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