LE FIL

Millésime Bio 2015

Les vins bio rassurés par 3 jours au cœur de leurs marchés

Jeudi 29 janvier 2015 par Alexandre Abellan

Millésime Bio 2015 : les vins bio rassurés par 3 jours au cœur de leurs marchés

Tout le long de la vingt-deuxième édition de Millésime Bio, on pouvait sentir un soulagement souffler sur les allées du salon des vins bio : si les exposants sont toujours plus nombreux (notamment en faisant tables communes), les visiteurs professionnels le sont encore plus (4 800 visiteurs, +13 % par rapport à l'édition 2013). Sans présumer de l'issue de ces trois jours de rencontres commerciales, l'offre des vins bio a pu se rassurer, pouvant s'estimer taillée à la mesure de ses marchés. Née des taux de conversion massifs à la viticulture biologique (+129 % en France entre 2008 et 2013), la crainte de voir les ventes décrocher a fait place au constat d'une demande tout aussi florissante. Faisant déguster en primeur son premier millésime certifié bio, le vigneron girondin Guillaume Guérin (château Moulin de Rioucreux, AOC Côtes de Bourg) a ressenti ce « regain d'intérêt pour le bio, de la part des négociants comme des cavistes, qui veulent répondre à la demande de leurs consommateurs... Et aux croissances à deux chiffres de la bio en grande distribution. »

L'extension du marché bio s'est accompagnée d'une maturation : « avant il arrivait que certains lots de bio réussissent à être vendus malgré des qualités médiocres, par défaut, l'offre n'étant pas assez fournie » se souvient le vigneron languedocien Virgile Joly (domaine Virgile Joly, AOC Saint-Saturnin), « on réussissait même à valoriser des vins en conversion, ça ne se voit plus maintenant ! » Avec le développement de la production de vins bio, les exigences qualitatives se sont accentuées et ont été encouragées par le concept même de Millésime Bio : « c'est d'abord un salon du vin avant d'être un salon du bio » témoigne le vigneron languedocien François Robelin (domaine de l'Escattes, AOC Sommières), « le bio est ici la norme et les acheteurs posent peu de questions sur nos pratiques, c'est bien la dégustation du vin qui est au centre ».

Sujet qui suspend le temps des dégustations, le tarif des vins bio nécessite toujours tact et pédagogie. Pourtant rompu à l'excercie, le vigneron champenois Pierre Lamandier (champagnes Larmandier-Bernier, à Vertus) constate toujours que « beaucoup de clients s'imaginent que le bio est hors de prix. Alors qu'il faut replacer le rapport qualité/prix dans l'ensemble du marché, notamment en Champagne. » Le bio étant de moins en moins une niche, l'enjeu du maintien de sa valorisation n'inquiète pas Virgile Joly, qui constate que « les prix du vrac se sont tassés à un niveau raisonnable, de 30 à 40 % plus cher que le conventionnel. Ce qui est globalement le surcoût de production en bio. » Et de réitérer un conseil : « si tu as du mal à vendre tes vins bio, déclasse les en conventionnel et préserve le marché du bio : il ne faut pas détruire ce que l'on a créé ».

A noter que cette vision tactico-économique des marchés reste étrangère à de nombreux vignerons bio, qui ne se casent dans aucune stratégie, mais dans une philosophie. Comme la vigneronne alsacienne Claudine Rominger (domaine Eric Rominger, à Westhalten), qui soutient que « l'on ne fait pas du bio pour suivre des objectifs commerciaux : ce n'est pas un argument marketing ou une mode ». Et si cette militante convaincue regrette d'être « obligée de se démarquer [en biodynamie] pour ne pas être confondue avec du bio industriel », elle reconnaît que « même s'il s'agit de bio à grande échelle, c'est déjà ça pour la planète ! »

 

 

[Photo : Aperçus du salon Millésime Bio 2015]

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