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Vignoble

Méa-culpa de Bernard Farges au sujet de l'exposition aux phytos

Mercredi 21 janvier 2015 par Alexandre Abellan

Vignoble : méa-culpa de Bernard Farges au sujet de l'exposition aux phytos

C'est en tant que « viticulteur et utilisateur de phytosanitaires que je dois faire mon mea-culpa. Il y a une 15 ans nous travaillions très différemment... » a répondu Bernard Farges, président du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB), à son interpellation par Marie-Lys Bibeyran, lors du Forum du développement durable des vins de Bordeaux (ce 20 janvier). Surprenante comme l'éléphant déboulant dans le magasin de porcelaines, l'intervention de cette salariée viticole (et membre de l'association Phyto-Victimes) aura déclenché des rires aussi surpris que nerveux dans l'audience. Sa demande ? « Un mea-culpa au nom du CIVB pour reconnaître l'existence de victimes de l'utilisation de produits phytosanitaires ». Rejetant une repentance collective et sans se départir de son flegme, Bernard Farges a surtout confirmé s'être approprié le sujet des risques phytopharmaceutiques.

Dès son discours d'inauguration, il a souligné qu'en 1999, « en viticulture, nous utilisions encore l’arsénite de soude, nous traitions le plus souvent sans cabine climatisée, sans gants, sans masques, les effluents viticoles étaient traités seulement dans quelques grands chais ». Le développement girondin des certifications environnementales (35 % des entreprises viticoles sont engagées dans une démarche individuelle : AB, Agriculture raisonnée...), des pratiques alternatives (zones enherbées, confusion sexuelle...) et de la protection des salariés (équipements, Certiphyto...) n'est pas arrivé à convaincre Marie-Lys Bibeyran. Selon elle, ces avancées annoncées ne se concrétisent pas sur le terrain, notamment en terme de protection des riverains. « Ce qui est arrivé à Villeneuve-sur-Blaye est un coup règle sur les doigts de la profession, mais ça ne veut pas dire que l'ensemble de la profession agit comme ça » a tempéré le journaliste de France Inter, Denis Cheissoux (animateur de ce colloque du 20 janvier).

S'il n'est plus tabou, le sujet de l'exposition aux phytos sera au coeur de l'actualité viticole du début 2015 avec la relance nationale du plan Ecophyto qui s'annonce. Bernard Farges a d'ailleurs appelé l'Etat à la prudence dans l'annonce de ses objectifs de réduction des phytos, soulignant que l'état sanitaire des vignobles fluctue autant que les aléas climatiques. Il a également rappelé que si le ministère de l'Agriculture attend un engagement de la viticulture, la filière attend la mobilisation de « la recherche sur les cépages résistants aux maladies et sur de nouveaux matériels de pulvérisation (aujourd'hui, l'offre de confinement n'est pas aboutie) » ainsi qu'une « modification réglementaire pour les vignes en friche (pour les éradiquer plus vite et limiter les traitements) ».

 

 

[Photo : Bernard Farges ce 20 janvier, sur la scène du Centre des Congrès de Bordeaux Lac]

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