LE FIL

Traitements phytos

"une mise en danger" des viticulteurs dénoncée par une action judiciaire

Mercredi 07 janvier 2015 par Alexandre Abellan

Traitements phytos :

En décembre dernier, Jacky Ferrand a saisi la Commission d'Indemnisation des Victimes d'Infractions, pour mise en danger de la vie d'autrui avec la mise en marché de produits phytopharmaceutiques cancérigènes. Particulièrement pugnace, cet ancien technicien à la station viticole du Bureau National Interprofessionnel de Cognac se bat de nouveau en justice pour la mémoire de son fils, Frédéric Ferrand. Ce dernier, viticulteur charentais, est décédé en 2011, laissant derrière lui une famille particulièrement éplorée, mais on ne peut plus combative (comme on peut le voir dans le documentaire La Mort est dans le Pré). En 2012, Jacky Ferrand a fait reconnaître, par la justice, l'origine professionnelle de la leucémie foudroyante de son fils. La demande d'indemnisation qu'il a posé fin 2014 vise directement les services de l'Etat ayant agréé la mise en marché de produits phytos.

« L'esprit de cette procédure civile, c'est que Frédéric soit officiellement reconnu comme mort de l'utilisation de pesticides (les délais de procédure de la MSA ne permettent pas cette reconnaissance). Il s'agit de produits dangereux. A partir de 30 ans de factures une toxicologue a démontré que Frédéric utilisait au moins un produit cancérigène par année » précise Jacky Ferrand. Il fait de son combat juridique un cri d'alarme, pour porter les risques inhérents aux phytos sur la place publique et conduire la filière viticole (et ses membres) à en prendre conscience : « quand Frédéric allait se faire soigner en oncologie à Bordeaux, il se trouvait dans un groupe de huit, tous viticulteurs, tous âgés d'une quarantaine d'années » confiait-il récemment au quotidien Sud-Ouest.

« Jusqu'à présent, si l'on n'était pas touché directement (ou que l'on n'y était pas sensibilisé), il était très difficile d'avoir conscience du danger des pesticides » confirme Valérie Murat, elle-même fille d'un vigneron décédé d'un cancer diagnostiqué maladie professionnelle (James-Bernard Murat) et membre du conseil d'administration de PhytoVictimes (association dont Jacky Ferrand est un membre fondateur). « Dans le bordelais, nombre de paysans préfèrent se mettre en danger plutôt que de remettre en cause des pratiques. On nie les victimes, et on ajoute de la confusion au travail de sape des firmes et de la MSA. Comme quand on voit qu'une députée, Michèle Delaunay, qui plus est girondine et cancérologue, en arrive à dire que pour un viticulteur qui ne fume et ne boit pas, son cancer serait dû au soleil... Et d'ajouter que "Les produits de la culture de la vigne ne sont plus cancérigènes !" * »

« Il y a des attentes sociétales qui émanent non seulement des non-agriculteurs mais également des agriculteurs » reconnaissait récemment Bernard Farges, président de la Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux de vie de vin à Appellations d'Origine Contrôlées (CNAOC). Après une année marquée par l'intoxication des élèves de Villeneuve-sur-Blaye (Gironde) et le procès du vigneron Emmanuel Giboulot (Côte d'Or), Bernard Farges prédit que « l'année 2015 sera marquée par les questions environnementales. Nous agissons déjà même s'il reste encore du chemin à parcourir. » Se tenant la matinée du 20 janvier, le septième forum environnemental sur le développement durable du vignoble bordelais ne pourra qu'aborder ce sujet.

 

 

* : propos tenus sur Twitter ce 20 décembre par la députée, notamment en réponse à Marie-lys Bibeyran, qui sera ce 5 mars au tribunal pour faire reconnaître l'origine professionnelle du décès de son frère Denis. Cliquer ici pour lire ce fil de discussion.

 

 

[Illustration : MSA]

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