LE FIL

2014 dans le rétroviseur

Le vin, entre cible économique et outil diplomatique

Vendredi 02 janvier 2015 par Alexandre Abellan

2014 dans le rétroviseur : le vin, entre cible économique et outil diplomatique

Les grandes batailles diplomatiques se jouent souvent au niveau économique et le vin en a fait les frais en 2014. A commencer par le soulagement du printemps 2014 ressenti après la levée des enquêtes chinoises anti-dumping et anti-subventions pesant sur les vins européens. La bataille aura nécessité une forte mobilisation des représentants de la filière et des entreprises exportatrices* avant de se traduire par le soutien des services diplomatiques. Ouvertes l'été 2013 sous les auspices d'une mesure de rétorsion pour protéger l'accès des panneaux solaires chinois au marché commun, ces enquêtes s'étaient rapidement enlisées faute de soutiens politiques affirmés (si l'on en croit les témoignages d'opérateurs du vignoble). Ce n'est qu'après de nombreuses sollicitations (notamment une prise à partie du président de la République lors de l'inauguration du salon de l'Agriculture) que la « deuxième filière française exportatrice » a vu son dossier devenir réellement une priorité. Et c'est juste avant la venue du président chinois Xi Jinping (pour le cinquantenaire de la reconnaissance de la République Populaire de Chine par le général de Gaulle) que s'est soudainement débloquée la situation, témoignant du poids dernièrement pris par le vin dans la diplomatie française. Les services gouvernementaux du Commerce Extérieur ayant déménagé de Bercy pour rejoindre le quai d'Orsay, le vin a un nouveau poids dans le porte-feuille des affaires étrangères, le ministre Laurent Fabius souhaitant même voir « fructifier le patrimoine gastronomique et oenologique français ».

Un intérêt renouvelé qui passe notamment par la protection des indications géographiques françaises, comme le montre l'implication du gouvernement dans le dossier épineux de la délégation des nouveaux sites internet en .vin et .wine. Au départ le sujet ne semblait pourtant inquiéter que la filière européenne, soucieuse d'éviter une mise aux enchères de ses indications géographiques, il est désormais devenu un symbole des enjeux de la gouvernance de l'internet mondial. Alors que l'organisme intergouvernemental de gestion des noms de domaines web (l'ICANN) ne se privait pas de faire la sourde oreille aux exigences européennes de protection, la mobilisation du vignoble américain (annoncée cet été et confirmée à la rentrée) a poussé à un changement de braquet. Aujourd'hui des discussions sont ouvertes une liste d'indications protégées.

En 2015, les vins et spiritueux français pourraient de nouveau être au cœur de négociations diplomatiques, que ce soit avec la Russie (un boycott serait une sanction probable pour les uns, ou menace improbable pour les autres) ou avec les Etats-Unis (le traité de libre-échange transatlantique étant toujours en discussion). Si le vin français a dernièrement été laissé en pâture aux mesures de rétorsions (étant une cible de choix à cause de son poids culturel, mais aussi économique), on peut souhaiter que son lustre diplomatique l'en protège désormais. Mais de là à espérer que les politiques hexagonales aillent jusqu'à tirer au clair les nombreux flous de la loi Evin... Il faut d'abord se contenter d'un classement au patrimonial national !

 

 

* : dont la coopération s'est vue gratifiée par des frais de procédures des plus salés.

 

 

[Illustration : détail de la planche 7 de Quai d'Orsay, chroniques diplomatiques (tome 2), album de Christophe Blain et Abel Lanzac]

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