LE FIL

2014 dans le rétroviseur

Innovez et expérimentez, il en restera toujours quelque chose !

Mercredi 31 décembre 2014 par Alexandre Abellan

2014 dans le rétroviseur : innovez et expérimentez, il en restera toujours quelque chose !

« La filière vin est consommatrice de technologies qui lui sont transposées, elle propose peu d'innovations de produit, mais surtout des innovations liées aux process »estime  Gilles Brianceau (directeur du cluster aquitain Inno'Vin). Une remise en perspective nécessaire en amont de la dernière édition du salon Vinitech-Sifel, dont le leitmotiv le plus frappant était justement l'innovation (cliquer ici pour vous en convaincre avec le fil d'actualités du salon). Si 2014 aura vu les drones décoller en viticulture, l'enjeu de l'acquisition de données numériques semble désormais bien moins limitant que leur mise en application. « L'essentiel, ce n'est pas d'avoir des informations, c'est de les comprendre » estimait Francisco Rovira (directeur du laboratoire de robotique à l'Université de Valence et responsable du projet Vinerobot) lors de la présentation à Buzet du programme VineRobot. Ce projet européen implique notamment Christophe Millot, dont le dernier modèle du robot de taille WallYE serait en phase d'expérimentation. En attendant que cette arlésienne de la viticulture de précision se concrétise, les enjeux de pénibilité et de débit des chantiers viticoles se font de plus en plus pressants : « le travail viticole est un travail de main d'œuvre, on cherche forcément à le substituer... » reconnaissait au printemps l'œnologue conseil Michel Gaillard (vignobles André Lurton).

En 2014, l'innovation viti-vinicole s'est trouvée confrontée aux mêmes enjeux que les années passées. Enjeux parfois exacerbés avec l'actualité. Se fut le cas en mai, suite à l'intoxication d'écoliers de Villeneuve-sur-Blaye, causée par des traitements au cuivre réalisés malgré un fort vent (la législation interdisant tout épandage avec un vent supérieur à 19 km/h). Si cet accident a posé à nouveau l'enjeu global de la baisse des intrants phytosanitaires*, il a surtout souligné la nécessité d'améliorer la cohabitation entre populations rurales et activités viticoles. Le matériel peut y aider, que ce soit avec de nouveaux matériels (panneaux récupérateurs...), ou avec un meilleur réglage de ceux existants pour réduire la dérive (l'Institut Français de la Vigne et du Vin vient de publier un guide sur le sujet). Le dossier des cépages résistants a de nouveau alimenté les débats, la question de résistances polygéniques ou monogéniques semblant être une source intarissable de discordes entre le vignoble et la recherche française (menée par l'Institut Nationale de la Recherche Agronomique). En attendant l'inscription des premiers cépages Resdur au catalogue hexagonal, on voit les lignes bouger pour se préparer à les accepter. Ainsi, l'Institut National de l'Origine et de la Qualité (INAO) ne cache pas sa possible ouverture à leur utilisation en appellation : « tout n'est pas écrit dans le marbre. Il y a les usages mais le plus important, c'est le respect des caractéristiques du produit » entendait-on lors d'une conférence Vinitech. Une telle prédisposition se retrouve également face aux enjeux du changement climatique, l'INAO venant d'ouvrir aux aires d'appellation d'origine contrôlée les essais de cépages non inscrits dans leurs cahiers des charges (Bordeaux milite pour la mise à l'essai de cépages complémentaires, ou annexes).

Au vignoble, la flavescence dorée continue de se propager (les Bouches-du-Rhône seraient touchées cette année), et de pousser à l'innovation (drones, modèle de prévision des vols de la cicadelle...). Autre fléau viticole, les maladies du bois exaspèrent les professionnels, qui s'impatientent devant les difficultés de la recherche (en témoignent les récents dépôts de ceps morts devant les permanences de députés de Saône-et Loire). Alors président du Comité National des Interprofessions des Vins d'Appellation (CNIV), Jean-Louis Salies s'emportait : « nous ne pouvons plus continuer, chaque année, à compter les pieds de vigne morts de maladies du bois et tenter de les remplacer ». En attendant une plate-forme de recherche nationale (portée actuellement par les interprofessions de Bordeaux et de Bourgogne) et la mise en œuvre du réseau européen sur le dépérissement (piloté par l'IFV), la recherche en est revenue à se pencher sur les modalités d'action de l'arsénite de sodium. Face à l'ampleur de « l'escatastrophe », des entreprises s'emparent du sujet, comme la maison Hennessy qui vient de lancer un appel à projet sur les maladies du bois à Cognac (débloquant 600 000 euros sur trois ans).

A la cave, la levure d'altération Brettanomyces aura fait les frais de deux logiciels de prévention des risques : Brett'Less (chambre d'agriculture de Gironde) et Brett Scoring (laboratoire bordelais Excell). Connu pour ses recherches sur les modalités de désinfection des barriques, le chercheur Nicolas Richard (InterRhône) est, quant à lui, sur le point de finaliser un protocole de PCR quantitative permettant de mesurer finement les populations de Brettanomyces sur barriques (jusqu'à présent la matrice bois inhibait la polymérase). Une approche non-destructive qui permettrait notamment de révéler la présence de levures Viables Non Cultivables (forme résistante indétectable sur une boîte de Petri). A noter qu'InterRhône vient de voir autoriser par l'Organisation Internationale de la Vigne et du Vin sa technique réduisant les concentrations de phénols volatils (nanofiltration et passage sur une colonne de charbon actif). Une solution qui sera commercialisée par Bucher-Vaslin (sous la forme d'un osmoseur inverse Flavy ML monté avec un kit Flavy EP).

 

 

* : à noter que le programme Ecophyto pourrait connaître un nouvel élan en 2015, son objectif de réduction de 50 % des doses de pesticides venant tout juste d'être rappelé par un rapport parlementaire (cliquer ici pour en savoir plus).

 

 

[Illustration : Filament, l'assistant de recherche de Géo Trouvetou (Carls Barks / Studios Disney)]

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