LE FIL

2014 dans le rétroviseur

Millésime de patience et de malchance

Mardi 30 décembre 2014 par Alexandre Abellan

2014 dans le rétroviseur : millésime de patience et de malchance

Parti comme le lièvre de la fable, le millésime 2014 français est finalement arrivé comme la tortue. Le vignoble alsacien peut en témoigner, lui qui a enregistré un débourrement et une floraison globalement précoces, jusqu'à ce que cette mécanique s'enraye. Dès lors que l'été s'est gâté, août étant aussi frais que pluvieux. « On fait face à un millésime précoce avec une maturité tardive » résumait l'œnologue Thierry Fritsch (Conseil Interprofessionnel des Vins d'Alsace). Pour les vignerons, l'enjeu était alors de prendre patience pour atteindre les meilleures maturités. « On s'oriente vers une vendange parfaite si chacun cueille à point » annonçait ainsi en Champagne le vigneron Jean-Louis Normand (président de l'Association Viticole Champenoise). Une patience assortie de persévérance, pour les régions où la pression phytosanitaire a été particulièrement forte : le mildiou mosaïque n'ayant pas laissé de répit en Sud-Ouest, l'oïdium aura pesé sur les vendanges corses, le botrytis aura inquiété en Val de Loire... « Il ne faut tronquer la fin du millésime parce qu'il aura été particulièrement long » exhortait le consultant David Pernet (cabinet Sovivins), qui voit dans le millésime bordelais un véritable « marathon ». « La campagne aura été longue et difficile, à peu près toutes les maladies nous ont attaqués ! » résumait Carine Delacroix (conseillère viticole à l'ADAR de Grézillac) lors de la réunion de vendanges de Saint-Emilion.

Après un départ sur les chapeaux de roue, ce train de sénateur pour le moins inattendu témoigne, s'il en était besoin, du poids sur la production viticole des aléas climatiques. Quand ces derniers ne réduisent pas les espoirs de récolte à néant. La grêle a encore frappé en Bourgogne (« à quand une récolte normale ? »), sans épargner le Médoc, le Cognac, le Minervois... Et à l'heure de la taille, la question de la production 2015 se pose avec d'autant plus de force qu'aucune règle ne peut s'appliquer à tous les cas. « Toutes les parcelles ne se ressemblent pas, il faut se poser les bonnes questions et faire des essais : tailler long si les rameaux sont beaux et peuvent se plier, ou pourquoi pas partir sur un cordon pour se reconstruire l'année prochaine » avance Jean-Christophe Gérardin (Chambre d'Agriculture de Charente). Même si les hétérogénéités y ont été criantes (relire l'avis d'expert du laboratoire Natoli à ce sujet), le vignoble le plus malmené par ce millésime semble bien être le Languedoc-Roussillon. De la forte sécheresse qui a pesé sur le développement de la végétation (entre l'Aude et l'Hérault) aux épisodes cévenols qui ont rythmé la fin des vendanges (ajoutant à l'incertitude sur la production 2014), le millésime 2014 aura été particulièrement éprouvant pour de nombreux vignerons languedociens. Une série de caprices qui n'aura pas empêcher les réussites, comme en témoigne la plate-forme Millésime Languedoc (reconduite par l'interprofession régionale).

Mais la cerise sur le gâteau du millésime 2014 aura été une invitée surprise : la désormais célèbre Drosophila suzuki. En un battement d'ailes, cette espèce invasive est devenue l'inquiétude des vendanges, les cas de pourriture acide se multipliant dans le vignoble français. Maintenant que les vendanges sont passées, les raisons de cette explosion des cas de piqûres acétiques sont à l'étude. « Il faut arriver à comprendre pourquoi une parcelle a 30 ou 50% de dégâts et celle d’à côté, rien » explique Benoit Bazerolle, conseiller viticole à la chambre d’agriculture de Côte d’Or. Des questions se posent également sur l'impact réel de la pourriture acide sur les vendanges 2014 (au-delà de l'impact médiatique, « seulement 5 % des surfaces champenoises »), ainsi que sur la part de responsabilité de cette mouche asiatique très rapidement accusée de tous les maux (« on oublie qu'il y a de la pourriture acide depuis que l'on plante de la vigne... » temporisait le chercheur suisse Christian Linder).

La France aurait produit 46,45 millions hl de vins en 2014 et serait redevenue le premier producteur mondial de vins. Du moins si l'on prend pour argent comptant les dernières prévisions de FranceAgriMer, qui a cette année fait une nouvelle démonstration de l'inexactitude associée à de telles prédictions (cliquer ici pour en savoir plus).

 

 

[Illustration : dessin de Jules Renard pour ses Histoires Naturelles, BnF]

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