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Vins de Beaujolais

Le Syndicat des Crus veut faire sécession de l'Union des Vignerons

Mercredi 24 décembre 2014 par DB (La Vigne-Vitisphere)

Vins de Beaujolais : le Syndicat des Crus veut faire sécession de l'Union des Vignerons

L’Organisme de Défense et de Gestion des crus du Beaujolais vient d’annoncer sa volonté de rompre avec l’Union des Vignerons du Beaujolais (UVB) qui regroupe l’ensemble des instances la région. Un conseil d’administration explosif se profile le 30 décembre, sans que l’on puisse encore déterminer l’ensemble des conséquences de cette décision. « Lors de notre conseil d’administration du 18 décembre, nous avons, sans équivoque, décidé de reprendre l’entière gestion administrative et financière de notre organisme » annonce dans un communiqué Audrey Charton, viticultrice à Fleurie et présidente de l’ODG regroupant les dix crus du Beaujolais*. Une phrase qui a provoqué un véritable séisme.

Jusqu’ici, l’UVB assurait la gestion quotidienne pour les deux familles : l’ODG beaujolais/beaujolais-villages d’une part et l’ODG des crus d’autre part. C’est cet équilibre qui est mis à mal par ce communiqué incendiaire où sont évoquées « des instances issues du passé, lourdes et souvent opaques ». Dans le détail, la responsable pointe « des objectifs, des préoccupations, des attentes, des organisations de plus en plus différentes entre les deux familles ». Notamment sur « la caractérisation des terroirs, la renaissance de nos " climats ", la restructuration technique de nos vignes sur des itinéraires techniques propres aux crus. »

Selon nos informations, les crus se laissent jusqu’au 31 mars 2015 pour préciser la forme de cette prise d’indépendance qui pourrait voir la création d’une « Union des crus du Beaujolais », avec embauche de personnel dédié sur un lieu différent de l’UVB, basée à Villefranche-sur-Saône (Rhône). Le temps pour toute la filière d’évaluer les conséquences de cette décision. « Jusqu’où comptent-ils aller ?, s’étrangle Sébastien Coquard, viticulteur à Bully et président de l’ODG Beaujolais / Beaujolais villages. L’UVB actuelle peut difficilement fonctionner avec le seul soutien financier de notre organisme. Ensuite, si on crée plusieurs « unions », comment les vignerons vont-ils s’y retrouver ? Et puis il faudra revoir les statuts d’Inter-Beaujolais, étant donné que c’est l’UVB qui désigne ses représentants. » L’élu, dépité, assure qu’il n’a senti « aucune tension perceptible entre les deux familles. L’UVB s’apprêtait même à recruter un technicien pour suivre le dossier des climats ».

Même incompréhension chez le secrétaire général de l’UVB, Denis Chilliet, qui déplore « qu’aucune information préalable n’ait été transmise à l’UVB». « Les vignerons des beaujolais et beaujolais villages doivent être amers, eux qui ont largement soutenu la stratégie de mise en avant des crus du Beaujolais dans le cadre des budgets alloués à l’interprofession au détriment de leurs propres appellations. » Et Denis Chilliet d’évoquer la grande crainte périodique qui traverse le Beaujolais : « Les crus veulent prendre leur indépendance avant de rejoindre la Bourgogne. » Un serpent de mer que le communiqué des crus a tenté de déminer en réaffirmant « sa pleine appartenance au Beaujolais ». Dans ce contexte, le conseil d’administration extraordinaire de l’UVB prévu le 30 décembre s’annonce tendu, alors que de nombreuses voix laissent déjà entendre « que la confiance est rompue ».

 

 

* : ces crus sont Brouilly, Chénas, Chiroubles, Côte de Brouilly, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié et Saint-Amour.

 

 

[Photo : travaux d'hiver en Beaujolais, InterBeaujolais]

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craoux Le 25 décembre 2014 à 12:58:13
Je suis prêt à parier que cette décision est la partie non immergée de l'iceberg. En clair, j'y vois les prémisses d'une stratégie de reconquête de l'image (et de la notoriété passée) des Crus. Ce qui en passe évidemment par cet acte chirurgical porteur de sens, à savoir qu'il faut rompre avec la branche siamoise (productions génériques Beaujolais et Beaujolais-Villages) qui tire la renommée vers le bas. J'imagine qu'il restera à régler la douloureuse question du redimensionnement des outils de gestion (ODG, interpro ?). Mais en tant que consommateur, je me demande si l'inverse d'une mutualisation des moyens a un sens tant au plan économique (impact sur les coûts, notamment du contrôle des CDC) qu'au plan des garanties apportées au consommateur (la pression de contrôle interne peu vite devenir inversement proportionnelle aux "possibilités" de l'ODG - les organismes de contrôle sont alors contraints de tangenter les limites acceptables au plan de leur éthique pour garantir l'observance du plan de contrôle ou d'inspection).
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