LE FIL

Retour sur la campagne 2014 en Bourgogne

Sur la piste des facteurs favorisant la drosophile suzukii

Mercredi 26 novembre 2014 par Juliette Cassagnes

Retour sur la campagne 2014 en Bourgogne : sur la piste des facteurs favorisant la drosophile suzukii

La pourriture acide en Bourgogne s’est manifestée par une fréquence de parcelles touchées plus importante qu’habituellement, avec des intensités très variables d’une parcelle à l’autre. « De nombreux domaines ont vu de la pourriture acide sur leur exploitation cette année. Mais, le plus souvent lenombre de parcelles concernées est relativement faible, avec des niveaux d’attaques extrêmement variables », explique Benoit Bazerolle, conseiller viticole à la chambre d’agriculture de Côte d’Or, qui tenait une réunion la semaine dernière sur le sujet. Les raisons et la très grande variabilité de la maladie d’une parcelle à l’autre restent pour l’heure, aux yeux des scientifiques, encore bien floues : « Il faut arriver à comprendre pourquoi une parcelle a 30 ou 50% de dégâts et celle d’à côté, rien », poursuit celui-ci. 

La présence des drosophiles suzukii a été « favorisée par le contexte météo depuis un an ».  Les conditions météo de l'automne-hiver 2013-2014 - doux et humide - au printemps – chaud – et pendant l’été – très pluvieux - pourraient par exemple avoir jouer un rôle important et indirect dans le développement de la pourriture acide : « Jusqu’à fin juin, l'effet sécheresse avait généré des grappes et des baies de taille plutôt petites. Avec les précipitations estivales, elles se sont gonflées d’eau rapidement, provoquant des micro-fissures, voire des éclatements de baies », explique le conseiller. Ce qui a eu comme conséquence de créer des portes d’entrée potentielles pour l’insecte.

Si la météo est un facteur explicatif, ce n’est pas le seul pas le seul… « Il y a une combinaison de facteurs à prendre en compte et il reste à mieux déterminer le rôle de celle-ci», poursuit Benoit Bazerolle. La présence de Dropsophile melanogaster, retrouvée elle aussi en proportions importantes sur certaines parcelles, est également à prendre en compte. Dans ce cas, les drosophiles ne joueraient alors qu’un rôle « d’opportunistes », sur des baies déjà percées, en véhiculant la levure responsable de la pourriture acide dans les baies. Elles contribueraient ainsi à accentuer le problème, et ne joueraient simplement qu’un rôle dans sa « propagation ».

L’autre hypothèse émise pourrait être que la suzukii perce, elle-même, la baie en la piquant, ayant alors un rôle de « précurseur » dans le développement de la maladie. La suzukii laisserait ensuite la place à d’autres insectes, comme sa consœur « melanogaster ». Dans un cas comme dans l’autre, « La drosophile suzukii ne doit certainement pas être responsable à 100%, conclut Benoit Bazerolle. Qui intervient alors et à quel moment ? Cela reste à déterminer… ».

 

Pour essayer de mieux comprendre les facteurs qui ont pu favoriser le développement de la pourriture acide en Bourgogne, une enquête terrain a été conduite auprès des vignerons ayant eu des parcelles touchées, dans le cadre du réseau « BSV ». « Les premiers résultats montrent qu’il y a pas un seul et unique paramètre qui domine les autres pour expliquer ces taux élevés de pourriture acide », résume le conseiller.

 

De grandes tendances ont cependant pu être dégagées. La première est que les parcelles affectées sont en grande partie situées en Côte de Nuit et Côte chalonnaise, des secteurs plantés exclusivement en Pinot noir. « La drosophile aime particulièrement les fruits de couleur foncée…», rappelle le conseiller. Un autre constat est que les vignes touchées sont localisées en mi-coteaux, qui sont des secteurs plus précoces, et en bas de coteaux ou en plaine, correspondants à des zones où les charges sont plus importantes. Ces deux paramètres sont  des facteurs favorisants pour la pourriture acide.

 

Il ressort , par ailleurs, que les parcelles les plus protégées ou confinées –  par des habitations, un parc, des murs - sont aussi celles qui ont les plus fortes attaques. Enfin, la présence d’arbres fruitiers à proximité des vignes endommagées est un facteur favorisant la maladie : « Il y a eu aussi de gros soucis de drosophile en arboriculture, sur cerisier, pruniers, fraisiersconjugués à une abondance de fruits cette année, rappelle Benoit Bazerolle. En septembre, dans nos secteurs, il ne restait aux drosophiles plus que le raisin comme proie, tous les autres fruits ayant été cueillis...Ce qui peut expliquer aussi les niveaux de populations à ce moment- là dans les vignes…». L’enquête ne fait, en revanche, pas ressortir de corrélation entre les traitements anti-botrytis et vers de la grappe et le développement de pourriture acide.

 

« De nombreux paramètres restent donc à étudier à partir de cette enquête, qui n'est qu'au début de sa phase d'interprétation, en conclut le conseiller. L’enjeu pour les années futures est de trouver ceux qui sont prépondérants et qui permettront ensuite de limiter le développement de la pourriture acide dans le vignoble ».

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