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Economie mondiale des vins basiques
Taille, productivité et organisation en question

Par Céline Zambujo Le 31 mars 2010
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Taille, productivité et organisation en question
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#192; l’occasion d’Euroviti, en décembre dernier, Patrick Aigrain (FranceAgriMer/OIV) s’est prêté à établir un état des lieux mondial, présentant les facteurs d’évolution, de performance et de rentabilité économique des exploitations viticoles. Cet état des lieux met surtout en lumière trois facteurs de différentiel de compétitivité : la taille moyenne des exploitations, la productivité moyenne des vignobles et l’organisation de la filière.

Les comparaisons internationales permettent une mise à jour, plus ou moins directe ou complète, de plusieurs facteurs effectifs de compétitivité, en particulier sur le segment hyperconcurrentiel des vins d’entrée de gamme.
Toutefois, pour que l’analyse soit fiable, il faut que les données comparées le soient.
« Le système d’informations actuel existant est essentiellement celui de l’OIV, complété d’une collaboration avec la FAO. Ce système porte encore aujourd’hui sur le suivi du potentiel de production et la quantification en volume des productions et des flux, sans distinction suffisamment systématique des segments de marché », expliquait le 2 décembre dernier à Montpellier Patrick Aigrain, chef du service ‘Évaluation, prospective et analyses transversales’ à FranceAgriMer.

L’accent mis sur le suivi des flux

Toutefois, les choses sont en train de changer au sein de l’OIV puisque l’organisation commence aujourd’hui à mettre l’accent sur le développement du suivi des flux en valeur, « et donc sur l’abord des problématiques ‘couts’ et ‘prix’ dans une optique de comparabilité à l’international ».

« Le nouveau monde est très réactif mais également
plus financiarisé. En cas de crise, les investisseurs peuvent
donc rapidement aller voir ailleurs. Dans l’ancien monde,
la réactivité n’est pas notre fort, mais à l’inverse,
nous avons certainement une résistance plus forte aux crises »,
résumait Patrick Aigrain (FranceAgriMer),
le 2 décembre dernier à l’occasion d’Euroviti,
à Montpellier. (© CZ)
Cela ne veut évidemment pas dire qu’il n’existe pas d’autres critères de comparaison, mais les informations sont en général plus difficiles à obtenir et à vérifier.
« Pour caricaturer, on considère que le segment des vins basiques correspond aux stratégies de type coûts-volume, mises en œuvre par les opérateurs et éventuellement complétées par des marques commerciales », poursuivait Patrick Aigrain.

6 ha en moyenne pour l’ancien monde

À s’attarder sur des facteurs quantifiables, on se rend compte que le premier facteur de compétitivité mesurable, à savoir la taille d’exploitation viticole, est déjà une première explication du différentiel perçu entre les pays producteurs : « on peut constater que les pays dits du nouveau monde sont en situation plus favorable que les pays traditionnel » puisque la taille de leur atelier viticole est supérieure à celle des pays traditionnels, avec 25 ha/exploitation en moyenne pour les premiers contre 6 ha/exploitation pour les seconds.
« Cette taille implique soit de disposer d’un modèle technique de mise en culture garantissant une forte productivité du travail par individu, avec en particulier un fort degré de mécanisation ; soit de disposer d’un main d’œuvre à un prix très compétitif qui entraine dès lors un facteur de réduction des charges de structure par unité produite. »

Le changement climatique entre dans la danse

Le différentiel de productivité moyenne des vignobles de cuve amène une seconde explication au profit, là encore, des vins du nouveau monde (Tableau).
Evolution du rendement par pays Pays Moyenne 1997-2007 Moyenne 2005-2007 Rendement 2007 Australie 86,4 87 71 Nouvelle-Zélande 60,3 59,7 63 Afrique du sud 106,6 110,3 114,1 USA 143,3 141 137,4 Argentine 95,9 112,2 113,4 Chili 65,6 74,6 73,9 Brésil 107,8 90,7 92 Chine 87,8 95 107

Nouveau monde

100,1

106,8

106

Allemagne 97,7 95,8 104 Espagne 34,1 36,9 35,8 Italie 67,3 71,7 68,4 Portugal 27,4 28 24,4 Bulgarie 18,2 20,3 22,4 Hongrie 44,8 37 42,9 France 62,6 60,5 56,6

Ancien monde

57,1

58

56,1


« Le développement de la machine à vendanger a en quelque sorte créé une production quasi à coût fixe où le diviseur essentiel des coûts est donc la productivité du vignoble », résumait Patrick Aigrain (encadré ci-dessous).
L'expert a toutefois précisé qu’il fallait « rester prudent » sur les chiffres : en effet, les vignobles comparés n’ont pas toujours la même densité et ne produisent pas toujours les mêmes vins, certains ont recours à l’irrigation, d’autre pas. « Le changement climatique vient d’ailleurs progressivement bousculer la hiérarchie car se pose déjà dans certain cas le problème de l’accès à l’eau et sa pérennité sur le long terme. »

Plus de résistance aux crises

Enfin, l’organisation des filières vitivinicoles dans les pays producteurs vient parachever le tableau et expliquer les différences de performances rencontrées au niveau des vins basiques (Schéma).

« Il s’agit de caricatures, l’organisation réelle des filière dans le monde étant en quelque sort un dosage, dans des proportions variables, de ces deux archétypes », précisait Patrick Aigrain.
Dans ce schéma volontairement simplifié, on a d’un côté, dans les pays traditionnels viticoles, un producteur qui n’est pas maître de la commercialisation de ses produits, et de l’autre, des pays se basant sur un modèle agroindustriel intégrant une partie de la production de raisin.
« Conséquence, le nouveau monde est très réactif mais également plus financiarisé. En cas de crise, les investisseurs peuvent donc rapidement aller voir ailleurs. Dans l’ancien monde, la réactivité n’est pas notre fort, mais à l’inverse, nous avons certainement une résistance plus forte aux crises », concluait-il.

Economie : Toujours ces excédents mondiaux qui pèsent dans la balance Depuis 1986, l’Union européenne a perdu quelque 20% de parts de marché. En face, le rendement moyen a cru assez vite, avec une rupture nette au début des années 90, lorsque la production du vignoble irrigué est arrivée sur les marchés. « En 2008, le rendement moyen global était de 87 quintaux par hectare en moyenne », soulignait Patrick Aigrain. « Aujourd’hui, malgré deux années de faibles récoltes au niveau mondial, nous ne sommes toujours pas sortis des excédents mondiaux accumulés dès 2004. »
Ainsi, la production moyenne 2005/2007 était d’environ 107 hl/ha dans le nouveau monde, contre 58 hl/ha en moyenne dans l’Ancien. « À partir du moment où avec le développement des machines à vendanger on a remplacé un coût variable, l’homme, par un coût fixe, la machine, le seul facteur de réduction des coûts devient la productivité ! »


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